titre independance

le manifeste des Bahutu

  historique 1957-1962

 les 4 partis créés

 mort du Mwami Mutara

 la "dé-tutsisation"

 les belges sont tétus

 coup d'état de Gitarama

 1964, premier génocide

 1ere République: fin

  • autres pages consultables traîtant d'histoire coloniale et de la montée de l'ethnisme: 

 MILLE COLLINES
UN PEU PLUS DE

Après 1953, les colons Belges avec le résident général Jean Paul Harroy ainsi que les missions catholiques avec Mgr Perraudin, nouveau vicaire apostolique du Rwanda, vont retourner une situation qui risquait de leur échapper en encourageant l'émancipation du "menu peuple" hutu opprimé depuis tant de siècles par les "Ethiopoïdes"/ féodaux / envahisseurs / "arrogants" Tutsi...

C'est au séminaire de Kabgayi qu'avec le concours de deux pères blancs belges, Grégoire Kayibanda écrit le "Manifeste des Bahutus", jetant les bases du Parmehutu, parti créé pour la promotion du peuple hutu. Ce manifeste sortira le 4 mai 1958 des presses des Pères Blancs, fixant les fondements de la "révolution sociale" rwandaise dont le fer de lance sera le racisme sans fard à l'encontre de "tous les Tutsi du monde"... Ce document avait été présenté en mars 1957 au vice-gouverneur général, et portait pour titre: "Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Rwanda". Neuf signataires revendiquaient la paternité du texte, tous séminaristes ou proches de l'Eglise Catholique, originaires de Gitarama pour sept d'entre eux, et de Butare pour les deux derniers, pratiquement voisins. Ils seront le noyau de la première République du Rwanda, se montrant auparavant très doués dans le "brossage des Belges dans le sens du poil"(ne leur demandant que l'égalité des droits pour les peuples du Rwanda, et de se poser en médiateur entre les Hutu et les Tutsi) et dans le double langage révolutionnaire et anticolonialiste qu'ils pratiqueront avec bonheur jusque dans l'enceinte de l'ONU, par exemple ce 8 mai 1960...

 

 "Appel du "Parmehutu" nouvellement dénommé: "Mouvement Démocratique Républicain" à tous les anti-colonialistes du monde.

APPEL PATHETIQUE DU RUANDA

Les populations du Ruanda-Urundi veulent leur indépendance; mais elles la veulent totale et bien préparée; elles veulent une indépendance qui lève les deux colonialismes que l'histoire a superposés sur les populations: le colonialisme des Tutsi et la tutelle européenne. Le premier colonialisme au Ruanda est la féodalité de caractère colonialiste: les populations hutu, 85% du pays, ont été soumises par les Tutsi à un régime féodo-colonial inhumain; les coloniaux Tutsi, de race éthiopoïde, ne représentent à peine que 14% de la population: quand ils disent représenter le Ruanda, ce n'est que comme les Français représentaient leur colonie avant l'indépendance...

Le Ruanda ne sera plus le fief des Tutsi

...Anticolonialistes du monde, dites aux Tutsi qui sont à Dar-es-Salam, qu'ils peuvent continuer leur chemin pour se réinstaller chez leurs pères en Abyssinie.

La lutte hutu est une lutte anticolonialiste

Anticolonialistes du monde, libérateurs de l'Afrique, ne vous laissez pas prendre dans le filet féodo-colonialiste des Tutsi. Vous agiriez en faveur d'un féodo-colonialisme qui fait la honte de l'Afrique....." (CRISP, Centre de Recherche et d'Information Socio-politique. Bruxelles)

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Ainsi, l'histoire falsifiée avait fait son ouvrage, et conditionnait déjà les atrocités de l'histoire à venir, cette fois-ci bien réelle. La propagande ferait le reste. Rappel des faits marquants...

février 1957  Un mois avant la publication officieuse du "Manifeste des Bahutu", Mgr Perraudin et trois vicaires apostoliques du Ruanda-Urundi éditent un mandement de carême, "Lettre sur la justice", qui fustige les abus et injustices du régime tutsi (Le Mwami venait de demander aux Belges, la création d'écoles laïques et non plus seulement religieuses. Il avait passé les bornes). Très vite, ils reconnaîtront la légitimité des revendications du Parmehutu qu'ils appuieront pour se venger des visées indépendantistes des alliés du Mwami.

9  juin 1958

 Devant le CSP, Conseil Supérieur du Pays, le Mwami Mutara déclare: "Il en coûtera cher à quiconque s'insurge contre le Ruanda ou cherche sa désunion.". Pour lui, tout acte remettant en question l'organisation du pays, les traditions, les lois sociales, est un acte de subversion qu'il faut combattre. Autant dire qu'après cela, aucun dialogue n'est plus possible et le programme des Hutu passe de la revendication sociale au manifeste "racialiste". Désormais, le vocabulaire de la révolution hutu va s'enrichir de nouvelles références et noms d'oiseaux tels que "peuple bantou des Hutu" et "colonialisme des Hamites-Tutsi".

1959

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 La Belgique autorise la création de partis politiques:
 L'Aprosoma  Association pour la Promotion Sociale de la Masse. Influent dans le sud. Inventeur de la rupture politico-raciale de la société rwandaise, voyant le pays comme une colonie d'"Ethiopides tutsi" ayant réduit à l'esclavage les "indigènes hutu".
 Le Parmehutu  Parti du Mouvement de l'Emancipation hutu. Fondé par Grégoire Kayibanda, futur premier président de la République rwandaise. Influent dans le centre. Pour l'instauration dans un premier temps, d'une monarchie constitutionnelle sous tutelle belge durant 5 ans, suivie d'un référendum sur l'indépendance. Véritables enfants chéris des Belges et de l'Eglise catholique.
 L'Unar  Union Nationale Rwandaise. Emanation des classes dirigeantes de l'aristocratie dominante. Parti multi-ethnique. Pour l'obtention de l'autonomie en 1960, puis l'indépendance en 1962. Laïc et anti-colonialiste, ce parti veut restaurer l'authenticité rwandaise dans une démocratie "égalitaire" de type monarchie constitutionnelle. Pour lui, la question Hutu/Tutsi est artificielle.
 Le Rader  Rassemblement Démocratique Rwandais. Ces "libéraux" apparurent vite comme un parti créé de toutes pièces par l'administration belge dans le seul but de diviser les Tutsi.

 janvier 1959

 Le Parmehutu demande à la Belgique de l'aider à créer des sections Muhutu dans chaque territoire avant qu'une épreuve de force dite inévitable ne permette aux "seigneurs batutsi" de les massacrer.

 mai 1959

 Lors d'une conférence au "Cercle catholique africain" à Bruxelles, le ministre belge De Schrijver, président du groupe de travail sur la question du Rwanda, déclare: "...Si l'autorité belge se retire, disent-ils (les leaders hutu et les Tutsi progressistes), il ne faut pas 24 heures pour que ce soit le massacre et que nos têtes tombent. C'est une transformation miracle qu'ils nous demandent d'opérer: faire la démocratie chez eux, pour eux, contre leurs chefs, obliger le Mwami à devenir chef uniquement constitutionnel."

 25 juillet 1959

 Mort du Mwami Mutara à Bujumbura d'une "congestion cérébrale".

 28 juillet 1959

 

 

 

 

 

 

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 Nyanza, colline Mwima: Obsèques du roi dans un climat très tendu (le bruit courait que le roi avait été empoisonné par les blancs car il gênait l'émancipation hutu). Le nom du nouveau roi y est proclamé, Kigeri V, selon la coutume et pour la première fois depuis plus de 30 ans, sans l'assentiment de la tutelle belge qui ne pardonne pas et en parle alors comme du "coup d'état de Mwima". la guerre civile devient dès lors inéluctable entre le bloc Hutu-Missions-Administration belge et le Mwami et les Tutsi. De plus, le Mwami n'est plus désormais un arbitre ou un interlocuteur politique puisqu'il ne doit le pouvoir qu'au courant traditionaliste tutsi. La rupture entre le Mwami et la Belgique sera irréversible dès octobre 59 après les sanctions prises contre les trois chefs Tutsi les plus influents politiquement (l'un d'eux était le chef du conseil coutumier des Biru qui avait désigné Kigeri V comme nouveau roi), et leur mutation par l'administration belge. Quant à la rupture avec l'Eglise, elle était déjà consommée puisque Mgr Perraudin condamnait à chaque occasion, la "domination ethnico-raciale" tutsi, ou encore les collusions de leur parti Unar avec le bloc soviétique et avec les mouvements anti-colonialistes dans le monde, ou enfin leur "national-socialisme", leur islamisme, leur athéisme...etc.

 novembre 1959

 Flambée de violence dans le Rwanda central dès le 1er novembre. Attaques contre les Tutsi, destruction de leurs biens. Contre-offensive tutsi dès le 3 novembre, après le meurtre de deux sous-chefs Tutsi à Gitarama. Le roi nomme Nkurunga chef de guerre, geste symbolique de réactivation des traditions puisqu'il est le fils du dernier des anciens chefs des armées tutsi. L'intervention systématique des forces belges sonnera le glas de cette réaction tutsi face à laquelle les Hutu seuls auraient été impuissants. L'Unar en accusera la puissance tutélaire qui reconnaitra avoir pris résolument le parti des Hutu contre les Tutsi. La révolution hutu est dès lors, mise sur ses rails: plus question de monarchie constitutionnelle, mais simplement de "pouvoir hutu", de remplacement d'une ethnie par une autre.

 1960

 Les partis modérés Rader et Aprosoma sont peu à peu évincés du jeu politique. L'engagement belge aux cotés du Parmehutu devient officiel. La "dé-tutsisation" de l'administration commence. Le colon s'affirme partisan de l'abolition de la monarchie et de l'instauration d'une république hutu. Suppression des rites royaux et du tambour emblême "Kalinga", privilèges suspendus, des pâturages des Tutsi sur les jachères agricoles hutu. Confiscations de terres tutsi et placement des familles dépossédées dans des "zônes rurales pilotes" où elles sont plus faciles à contrôler...

 8 mai 1960

 "Appel pathétique" du Parmehutu à l'ONU afin de se rallier les faveurs des pays "non alignés" favorables au Mwami qui a la clarté, lui, d'être indépendantiste et anti-colonialiste de la même façon que son prédécesseur.

 juillet 1960

 

 

 

 

 

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 Elections communales. Boycott de l'Unar. Victoire écrasante du Parmehutu qui s'était rebaptisé "Parmehutu-MDR" (Mouvement Démocratique Républicain) pour marquer son opposition récente à la monarchie. En janvier, les sous-chefferies avaient été remplacées par des communes, les chefferies supprimées, et les territoires remplacés par 10 préfectures. Les Belges avaient déjà, après les émeutes de 1959, destitué ou "démissionné" 50% des chefs (23 sur 48) et 30% des sous-chefs (158 sur 89) Tutsi du pays. Le 19 juillet, l'Unar et le Rader signent un télégramme commun: "Présentes élections Ruanda être antidémocratiques. Terrorisme parmehutu avec complicité administration belge être inadmissible. Insistons remplacer milices belges par milices ONU sinon extrêmes risques guerre civile". Le Mwami demande à L'ONU, la levée immédiate de la tutelle belge sur le Rwanda. Ces protestations et argumentaires tutsi devant la commission des tutelles de l'ONU auront des échos qui amèneront les Belges à changer de "stratégie", enfin presque...

 août 1960

 A Bruxelles, le gouvernement belge décide qu'il demandera la présence au Rwanda, d'un délégué permanent de l'ONU accompagné de casques bleus pour maintenir l'ordre avec les forces belges sur place, dans la plus stricte neutralité. Il précise aussi qu'il n'est pas pour la tenue immédiate d'élections législatives qui donneraient alors une victoire écrasante aux Hutu. La voie à suivre ne devrait plus être le remplacement de la minorité tutsi par la majorité hutu, mais l'équilibre politico- ethnique et le partage du pouvoir. Ces voeux s'avèreront pieux...

 29 août 1960

A Kigali, le gouverneur Harroy et le résident militaire Logiest, amis des Hutu, n'en restent pas là, et s'adressent à Bruxelles dans des termes qui ne manqueront pas de faire mouche et d'inquiéter le gouvernement belge déjà empêtré dans la crise du Katanga, au Congo belge: plan de l'Unar pour formation d'armée de mercenaires au Congo, terrorisme, chantage politique par ONU interposé, fuite des belges, massacres des leaders Hutu, réinstallation du régime féodal. Sans oublier l'entrée dès lors favorisée, des communistes au Rwanda. Dans la foulée, Harroy et Logiest demandent la destitution du Mwami et l'installation d'un gouvernement provisoire.

 18 octobre 1960

 Le gouverneur Harroy change de titre et devient résident général. Il installe un Conseil Provisoire de 48 membres nommés par lui en fonction des résultats des partis aux élections communales. Il installe aussi un gouvernement provisoire dont le premier ministre est Grégoire Kayibanda, et qui comprend quelques Belges. La tâche de cette administration à majorité hutu sera d'abord de préparer les élections législatives.

 14 décembre 1960

 La position de l'ONU demeure inchangée et favorable au désir d'indépendance exprimé par Kigeri V (en exil depuis juin) face au colonialisme "insistant" de la Belgique. Une résolution prévoit donc le report des élections législatives prévues initialement au début de 1961, et cela tant que les réfugiés Tutsi ne seront pas rentrés dans leurs régions d'origine et que l'ordre ne sera pas garanti.

 janvier 1961

 

 

 

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 Harroy, pour faire venir tous les partis rwandais à la conférence d'Ostende du 5 au 12 janvier demandée par l'ONU, leur promet sur l'honneur que les élections auront bien lieu le 28 janvier. La conférence aura lieu et les délégués du Rwanda (le Burundi était aussi convié) voteront à 31 voix sur 40 le maintien de la date des élections, avant de rentrer vite pour préparer le scrutin. Mais l'ONU refuse toujours que de telles élections puissent se tenir et Bruxelles cède. Harroy en sera prévenu le 21 janvier. Il est sous le choc. Son "coup de force" va suivre, local ou plutôt "téléguidé" de Bruxelles mais d'apparence locale et individuelle: le 25 janvier 1961, il accorde l'autonomie interne au Rwanda, confiant ainsi les pouvoirs au gouvernement provisoire. Aux yeux des leaders Hutu, ce ne sont que tergiversations pour ne pas tenir la promesse du 28 janvier.

 28 janvier 1961

 Coup d'Etat de Gitarama: étaient convoqués pour ce jour par le ministre de l'intérieur Rwasibo, tous les bourgmestres, conseillers communaux du Rwanda, membres de l'Assemblée provisoire, membres du gouvernement et dirigeants des partis politiques. La République y est proclamée et D.Mbonyumutwa du parti Parmehutu, élu président par 92% des votants qui élisent dans la foulée, les 44 membres appelés à composer l'Assemblée législative (40 du Parmehutu et 4 de l'Aprosoma, tous Hutu). L'ONU demande des comptes à la Belgique qui prétexte des sentiments de défiance des Hutu face à l'ONU et son refus (les moyens lui manquaient aussi) d'utiliser la force contre un mouvement populaire.

 6 fevrier 1961

 La Belgique confère au Rwanda, le statut d'autonomie interne. Des préfets rwandais sont investis dans les préfectures qui remplacent désormais les territoires.

 25 septembre 1961

 Referendum et Elections législatives: 80% des votants rejettent la monarchie et se prononcent pour la république. Aux législatives, le Parmehutu recueille 78% des voix et 35 sièges sur 44, l'Aprosoma 2 sièges et l'Unar 7 sièges. La nouvelle assemblée s'installe à Kigali le 25 octobre et élit Grégoire Kayibanda nouveau Président de la République et chef du gouvernement selon la nouvelle constitution.

 1er juillet 1962

 Le Rwanda accède à l'indépendance.

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 (Résumé conçu avec le support de "Histoire du Rwanda" de Bernard Lugan. Bartillat.1997.)

portrait face profil

LE POINT SUR LES PREMIERS MASSACRES DE TUTSI...

Le "nettoyage ethnique" avait commencé lors des émeutes de 1959. Les forces belges repoussaient les assauts de l'armée du Mwami (à la colline de Save par exemple) puis ils se retiraient tandis que des bandes Hutu investissaient la place et massacraient les villageois Tutsi. A cette époque, les Belges évitèrent le pire et "l'armée belge ne laissa pas la jacquerie se transformer en génocide" (B.Lugan). Puis il y eut la "dé-tutsisation" dans les chefferies, les sous-chefferies, l'armée, l'administration, et enfin l'enseignement, tous chassés pour leur "appartenance ethnique". Les persécutions s'amplifièrent à partir de fin 1963 sous le prêtexte répété de représailles contre l'ennemi intérieur complice des incursions de commandos de réfugiés Tutsi à partir du Burundi ou de l'Ouganda (commandos déjà surnommés à l'époque, "Inienzi" traduction de cafards en Kinyarwanda).

1964, premier génocide. fin décembre 1963, une de ces incursions faite à partir du Burundi faillit réussir, traversant le Bugesera où se trouvaient une grande partie des réfugiés/déplacés Tutsi, puis provoquant la débacle de l'armée hutu sur la route de Kigali. Sans l'intervention de l'encadrement militaire belge, ces commandos n'auraient pas été repoussés au pont de Kanseze, à 15km seulement de Kigali. Les représailles furent terribles d'abord dans les camps de réfugiés du Bugesera, puis par un plan concerté de massacres appliqué par les autorités hutu et principalement les bourgmestres et préfets qui organisèrent des groupes d'"autodéfense" et quadrillèrent tout le pays sous la houlette des ministres du gouvernement qui supervisaient le "bon déroulement" des tueries. Pour la seule préfecture de Gikongoro, il y eut entre 8000 et 12000 hommes, femmes et enfants massacrés. Le pays totalise à ce moment déjà, 10 préfectures. Les survivants n'eurent d'autre choix que l'exode au Burundi, en Ouganda, au Zaïre et celui-ci toucha entre 200.000 et 300.000 Tutsi qui allèrent rejoindre ceux qui s'étaient exilés à partir de 1959. RadioVatican parle "du plus terrible génocide depuis celui des juifs par Hitler". Sur place, l'Eglise tente d'étouffer l'ampleur des "épurations" perpétrées par ses protégés et Mgr Perraudin proteste contre les propos de Radio Vatican, dénonçant de "graves distorsions" dans les évènements relatés. En Belgique, on fait le sourd et le génocide est occulté. Ailleurs dans le monde, on ne s'en fait pas plus l'écho.

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Cette première République du Rwanda eut pour règle le "Gitaramisme": tous ses cadres ou presque étaient originaires de la préfecture de Gitarama dans le centre du pays. Ceux du sud (Butare) furent peu à peu évincés et ceux du Nord allaient l'être aussi s'ils n'eussent réagi avant. En 1972, le Parmehutu ne souffrait plus aucune contestation et avait brisé toute opposition. Il était parti-état unique depuis 1965, mais cette dictature ne contrôlait plus l'armée dont les cadres étaient nordistes (durant la révolution, le Parmehutu avait eu besoin des voix du nord pour prendre le dessus sur l'Aprosoma du sud, alors majoritaire. En échange, le nord avait hérité de l'encadrement militaire). Les troubles au Burundi voisin vont lui permettre de reculer pour mieux sauter...

Au Burundi, à la suite de massacres de milliers de Tutsi, une répression sans borne s'abat sur des dizaines de milliers de Hutu. Les missionnaires avancent 100.000 morts touchant d'abord les élites économiques, politiques et intellectuelles. Au Rwanda, agitant le spectre du terrorisme tutsi, les dirigeants lancent alors la chasse aux Tutsi dès la première semaine de février 1973. Des listes sont placardées, de cadres, d'enseignants, d'employés Tutsi à qui le "déguerpissement" est imposé. Ceux qui ne s'exécutent pas très rapidement sont exterminés. Aucun chiffre ne pourra être donné, ni pour les morts, ni pour les nouveaux exilés en majorité étudiants du supérieur et cadres administratifs. Dans la nuit du 15 au 16 fevrier 1973, l'Université du Rwanda perdra ainsi, la moitié de ses étudiants, privant le Rwanda d'une relève compétente pour les années à venir et gonflant par là-même la diaspora tutsi, d'un encadrement politique et économique pour les années à venir.

Ces pogroms anti-Tutsi seront les derniers atermoiements de la première République rwandaise. Le coup d'Etat du 5 juillet 1973 la renversera, initié par le général-major Juvenal Habyarimana. A la suite de la première République dite de Gitarama sera instaurée la deuxième République dite de Ruhengeri (préfecture du nord du Rwanda) dont les élites seront Hutu mais avant tout nordistes...

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UNE COLLINE

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