KIVU : LES CAMPS, LE CHOLERA, LA GUERRE (1994 - 1996 )  
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 17 juil. 1994 15 juil. 1994   11 juil. 1994  1er juil. 1994  juin 1994 mai 1994 
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oct.1996 20 oct. 1996 28 oct. 1996  31 oct. 1996   15 nov. 1996  19 nov. 1996
Montage infographique sur base d'une photographie de Sebastiao Salgado 
choléra et travail humanitaire 
les huiles du génocide font leur beurre 
guerre du Kivu 

Mai - juin 1994: l'exode des populations rwandaises du nord-est et du sud-est s'achève après la fermeture de la frontière entre le Rwanda et la Tanzanie par le FPR. 250.000 personnes ont eu le temps de passer le pont de Rusumo avant le 30 avril, jour de la fermeture. Une petite partie des fuyards prendra le chemin du sud, vers le Burundi. Les autres n'ont plus désormais, d'autre issue que l'ouest du pays, et s'il faut encore fuir plus avant, la région du Kivu, au Zaïre, de l'autre côté du lac Kivu.

Pendant ce temps à Goma... "La veille, ils ont commencé par boire. Puis sont sortis dans une boîte avec des noceurs zaïrois. Les nuits ne sont pas sûres ici. Et ils ont bu encore. Alors ce soir, ils repoussent du vin. Ou pas plus d'une bouteille. Ils ont mal à la tête. On ne dansera pas cette fois. Simplement, on se racontera la veille, en dïnant au "Nyira", hôtel-restaurant dirigé par un égyptien et tenu par une belge. A leur table, dressée dans un coin de terrasse, ils sont entre officiers et représentants ministériels français, encadrés de jolies filles. Membres des organisations humanitaires internationales, elles portent des téléphones cellulaires à la ceinture et des fanions sur leur voiture...." ("On a deux yeux de trop" de Florence Aubenas. éd. Actes Sud . 1995)

Début juillet 1994: Les populations du centre et du nord-ouest du Rwanda commencent elles aussi à fuir l'avancée des troupes du FPR qui ont commencé l'encerclement de Kigali par le Bugesera et ont lancé plusieurs offensives dans le nord, sur Gitarama et Kabgayi au centre, puis Nyanza un peu plus au sud, et Butare. Au nord, des villages entiers prennent la route de l'exode après avoir achevé le nettoyage ethnique "sur leur pas de porte". Des miliciens ivres les encadrent. Des dizaines de milliers de personnes, des soldats sur des camions, des gens aisés dans leurs voitures, d'autres à vélo, à pied, sont observés fuyant la capitale rwandaise et poussant vaches et basses-cours devant eux. Et toujours les milices déjantées poussant à la roue. Kigali tombe le 4 juillet tandis que les troupes françaises de l'opération Turquoise établissent le 5, une ZHS, "Zône Humanitaire Sûre" englobant les préfectures du sud-ouest, de Kibuye, Gikongoro et Cyangugu.

"A Butare, l'ambiance est extrêmement tendue. Les gens ont peur des massacres en cas de percée du FPR, et veulent se réfugier dans la zône française. Mais il y a des difficultés de transport, les distances sont importantes et beaucoup de barrages où, de plus, les miliciens et les soldats sont ivres et agressifs. Les radios hutu entretiennent la terreur et incitent la population à se réfugier le plus vite possible au Zaïre. (...)

Ici, à Goma, les gens ne parlent que de l'éruption des volcans. Ils accusent les Français d'en être à l'origine, avec "leurs avions qui font trembler la terre". L'affaire est sérieuse. Ces volcans sont situés à environ 40 kilomètres de Goma et on dit que le bétail refuse de manger l'herbe couverte de poussière volcanique." ("Nouvel Obs" N°1551. 28 juil-3 août 94. p.26 rapport de Samantha Bolton pour MSF. 7 juillet 94 ) 

"De l'autre côté du lac, au Rwanda, il y a de plus en plus de "déplacés", environ 700.000, et d'autres mouvements sont prévus dans les prochains jours. La cellule de "coordination" française passe toujours ses nerfs sur les ONG. Et les miliciens ivres et les soldats des FAR se prélassent encore dans la zône de sécurité de Turquoise. (...) Le langage des militaires français est toujours aussi musclé à l'encontre du FPR (collectivisme dans les camps qu'ils contrôlent à l'intérieur du pays, lavage de cerveaux, cours obligatoires, "khmers noirs", allégations que les observateurs démentent tous les jours, ndlr) (...) La radio hutu clame sur tous les tons qu'il faut fuir, que le FPR va massacrer tout le monde. Si les Français s'y mettent aussi, les gens vont vraiment tous s'enfuir. On aura l'air malin quand ils déferleront tous ici, à Goma... (idem "Nouvel Obs". 8 juillet 94)

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11 juillet 1994: des flux massifs de réfugiés arrivent dans les faubourgs de Gisenyi, dernière ville du Rwanda, en face de Goma, première agglomération Zaïroise. A Goma, on ne s'inquiète pas encore...

 "...On dit tant de choses sur tout le monde. Des journalistes s'accoudent, un genre de consul s'invite, les serveurs zaïrois s'inclinent bas. Goma, à la frontière du Zaïre, a des plaisirs de ville de garnison. Depuis deux mois, juste de l'autre côté du Lac Kivu, la guerre civile a remplacé le bourg en base logistique pour tous les intervenants et observateurs du conflit. Ici, on est loin des combats mais près d'un réseau téléphonique qui fonctionne. On traduit le son des canons en communiqués diplomatiques, on ausculte les massacres pour ce grand rapport international qui décidera s'il faut les baptiser "faits de guerre" ou "génocide". Vie de bureau, tracas d'intendance, engourdissement administratif que fait parfois frémir une visite officielle." ("On a deux yeux de trop". déjà cité)

Les déplacés sont estimés à l'extrême-ouest du Rwanda, à environ 700 ou 800.000 personnes et leur situation est jugée "raisonnable" mais avec le risque d'une détérioration rapide en cas de non intervention... "Le vrai danger, c'est le manque d'eau qui risque de favoriser les dysenteries... Les toubibs procèdent à des prélèvements. Ils sont inquiets des risques de choléra qui est endémique dans la région. (...) Le mois dernier, le HCR qui travaille sur l'hypothèse d'un afflux de 50.000 réfugiés a vainement demandé aux autorités locales de prévoir des sites d'accueil. Personne n'envisage que ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui peuvent à tout moment atteindre Goma." (idem "NouvelObs" 11 juillet 94)

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13 - 15 juillet 1994: 500.000 réfugiés rwandais ont traversé la frontière de Gisenyi à Goma. Il en arrive toujours...

 "L'odeur. C'est l'odeur qui a réveillé Adamo. "L'air lui-même avait changé. Il était devenu piquant au nez. Cela sentait le feu qui s'allume mal, le matelas qui ne sèche pas, le caca et d'autres choses encore mais celles-là étaient les principales." Adamo, qui change de l'argent au noir dans la principale artère de Goma, s'est penché à la fenêtre. Il a vu des réfugiés partout. C'était le 14 juillet 1994 juste avant l'aube. Adamo s'est recouché et ne s'est pas relevé de la journée. "Il n'y avait aucune chance de mener des affaires avec tous ces gens dans la rue. Le lendemain, cela n'allait pas mieux. Cela sentait le cadavre. Le troisième jour était encore pire. Puis on s'est habitué et le business a repris." En trois jours, au rythme effarant de quinze mille personnes toutes les heures, plus d'un million de Rwandais vont entrer dans Goma, ville de trois cent mille habitants, au bord de la disette et du manque d'eau potable." ("On a deux yeux de trop")

14 juillet 1994: Goma est submergée par une déferlante de gens, d'enfants, de vaches, de poules, spectacle sans précédent selon les témoins...

"250.000 personnes sont arrivées hier à Goma en seulement huit heures. Il s'agit vraisemblablement de la première vague. 500.000 autres seraient en chemin. La population normale de Gisenyi et Ruhengeri est d'environ 900.000 personnes. Le CICR estime qu'il y a aussi 800.000 déplacés de la région de Kigali. Espérons qu'ils ne viennent pas tous ici..." (idem "Nouvel Obs" 15 juillet 94)

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17 - 21 juillet 1994: Gisenyi, dernière ville du Rwanda, est prise par le FPR qui oblige une suspension du pont aérien humanitaire de l'ONU en bombardant l'aéroport de Goma.

"La nuit dernière, l'aéroport et la ville ont été bombardés: une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. La panique. Il y a eu des tirs dans la ville toute la nuit, et ce matin il n'était vraiment pas possible de circuler dans les rues." (idem "Nouvel Obs" 18 juillet 94)

"Quelques 10.000 soldats des FAR, mêlés aux réfugiés, ont franchi la frontière. Dans un premier temps, la plupart ont été désarmés par les militaires zaïrois; la nuit cependant, des colonnes entières sont entrées avec armes, véhicules, canons tractés, auto-mitrailleuses légères Panhard... Rejoints par le chef d'état-major, les membres du gouvernement intérimaire (dit gouvernement du génocide, ndlr) se réfugient au Zaïre avec les personnels de la radio nationale en menaçant de mort tous les Rwandais qui ne les suivraient pas dans leur exil. Ils emmènent avec eux les réserves de la Banque Centrale." ("Maudits soient les yeux fermés" déjà cité, d'après "Crises politiques au Burundi et au Rwanda 1993-1994" sous la direction d'André Guichaoua. éd.Karthala)

La déshydratation et la dysenterie gagnent les populations. L'exode et la marche forcée ont marqué les organismes. Déjà, MSF recense les victimes et organise les distributions d'eau avec OXFAM, une ONG britannique présente sur tous les terrains depuis la tragédie du Biafra, plus de vingt ans déjà. Les réfugiés sont répartis sur cinq camps au nord de Goma: Munigi, Mugunga, Sake, Katale et Kibumba. Un million de réfugiés pour l'instant (au sud du Lac Kivu, à 100 kilomètres à vol d'oiseau humanitaire, 500.000 Hutu seront aussi recensés autour de la ville zaïroise de Bukavu, en face de Cyangugu, au Rwanda). Des milliers d'entre eux sont dores et déjà promis à une mort certaine à cause du trop grand nombre de bouches à nourrir, et de personnes à abriter et soigner. Pour les problèmes d'eau, les sources d'approvisionnement sont le lac Kivu, ainsi qu'une rivière au nord de Katale. Des camions sont indispensables pour transporter cette eau jusqu'aux cinq camps de Goma, beaucoup de camions. Le "cauchemar logistique" est total...

 "Il y a un million de réfugiés, chacun a au minimum besoin de 5 litres d'eau pour l'hygiène de base: il faut par conséquent acheminer 5 millions de litres d'eau purifiée par jour ! Toutes les conditions sont réunies pour favoriser une épidémie de choléra, la maladie des pauvres..." (idem "Nouvel Obs" 18 juillet 94)

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Le HCR qui n'avait prévu que l'afflux probable de 50.000 réfugiés (d'où tiennent-ils donc cette faculté d'estimation ?), estime pour ne plus prendre de risques, que pour acheminer l'aide internationale nécessaire, il faudrait un avion-cargo atterrissant toutes les deux minutes sur le petit aérodrome de Goma dépourvu de réel contrôle aérien, de piste en bon état et de capacités logistiques de déchargement. Dix vols par jour seulement sont assurés durant cette période de fébrilité finalement plus contagieuse au sol que dans les hautes sphères...

"A Goma et dans toute la région, on ne peut pas creuser: c'est de la roche volcanique. Il faut un outillage lourd, simplement pour pouvoir enterrer les morts ou construire des latrines. C'est pour cela qu'on voit tant de cadavres dont personne ne s'occupe. Les familles ne savent pas quoi en faire. De plus, cette roche n'est pas perméable aux déchets (diarrhées, vomissements), ce qui favorise les épidémies. (...) Hier, en 20 mètres, de la route au dispensaire, j'ai enjambé huit cadavres. L'un d'entre eux était nu, et ils avaient recouvert son visage de feuilles pour qu'on sache qu'il s'agissait d'un mort. Les derniers prélèvements le confirment: EPIDEMIE DE CHOLERA. Cela va être l'hécatombe !" (idem "Nouvel Obs" 21 juillet 94)  
 

Il n'est pas d'épidémie qui se propage plus vite que le choléra. Il faut administrer du sérum aux victimes mais il en manque rapidement. Il faut distribuer de l'eau purifiée à ceux qui ne sont pas contaminés quand ceux-ci ne peuvent être séparés des porteurs du germe ravageur, mais la logistique ne peut pas toujours suivre. Le choléra se transmet instantanément dans de telles conditions de promiscuité et d'hygiène relative. Il suffit de toucher des mains qui elles-mêmes, ont touché...etc.

 "Epuisés par des dizaines de kilomètres d'exode forcé, leurs corps n'ont pas résisté bien longtemps. En moins de trois jours, la peau se dessèche et s'écaille comme celle d'un lézard. L'organisme se vide avant de s'éteindre. (...) Devant le nombre sans cesse croissant des victimes, et l'impossibilité de soigner faute de moyens et de logistique, les ONG sont réduites, le plus souvent, au constat d'impuissance. On parle de 15.000 morts en une semaine (puis très vite, de 80.000 personnes contaminées, ndlr). Les cadavres s'amoncellent. Les autorités pensent les brûler mais cette solution peut heurter les coutumes religieuses locales. Et puis, les cendres risqueraient de contaminer un peu plus les sous-sols et les nappes phréatiques." (même "Nouvel Obs", article de Laurent Bijard, envoyé spécial à Goma. p.29)

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Assistance alimentaire et soins seront prodigués dans les camps du Zaïre, par une aide internationale évaluée pour la période de juillet 1994 à novembre 1996, à un million de dollars par jour. De l'argent jeté parfois par palette entières par les fenêtres des avions-cargos américains quand les dites palettes se perdent dans les caféiers et qu'il faut vite rectifier les tirs suivants, ou bien quand elles sont détournées et revendues au marché noir par des militaires zaïrois ou encore par les notables de l'ancien régime rwandais prompts à réorganiser les camps en communes et préfectures comme au bon vieux temps d' il y a quelques jours à peine...

"En novembre 1994, les Nations Unies estimaient, très discrètement, que près d'un quart des 10.000 tonnes de nourriture remises chaque mois "pour distribution" aux responsables politiques des camps de Goma était détourné de sa destination finale. A la même époque, MSF constatait que dans le camp de Katale, au Zaïre, la nourriture distribuée était prévue pour 220.000 personnes alors que le nombre réel de bénéficiaires ne dépassait pas les 120.000 ! Une enquête nutritionnelle démontrait pourtant que près de la moitié de la population recevait moins de 50% de la ration ordinaire et que la malnutrition des groupes les plus vulnérables devenait particulièrement inquiétante. Autrement dit, l'aide humanitaire alimentait le trésor de guerre des dirigeants. (...) Dans les camps, les "blindés", ces huttes de branchages dans lesquelles s'abritaient les familles, furent répartis par "communes", par "secteurs", par "cellules". La structure administrative était la même qu'au Rwanda, les responsables aussi. Cédant à la facilité, le HCR choisit de collaborer avec les leaders..." ("Terreur africaine" de Colette Braeckman)
 

Ce rapport tardif lu par le Secrétaire général au Conseil de Sécurité de l'ONU en novembre 1994, informe que l'aide aux camps du Zaïre nourrit 50.000 soldats (le nombre semble exagéré, cité par "Les Temps Modernes" et Françoise Bouchet-Saulnier) des anciennes forces armées rwandaises, et aussi la garde présidentielle, que les réfugiés dépendent de 230 leaders de l'ancien régime du génocide, ministres, membres du parlement, préfets et bourgmestres qui arment* et entraînent leurs soldats ainsi que 10.000 miliciens interahamwe dans l'enceinte même des camps dans le but d'une offensive revancharde d'envergure sur le Rwanda afin d'y reprendre le pouvoir et d'y finir le "travail" à l'encontre des opposants Hutu et des rescapés Tutsi du génocide. Dans les camps, les menaces et exactions sont monnaie courante et les Tutsi y sont encore massacrés, ainsi que les familles Hutu qui montrent leur volonté de rentrer au pays. (*une preuve en a été fournie en novembre 1996, lorsque L'APR, l'armée rwandaise, a récupéré les archives du camp de Mugunga au Zaïre. Info de Bernard Lugan. Un rapport de "Human Rights Watch" titré"Rearming with impunity" fait déjà état des achats d'armes et des entraînements en mai 1995)

"Militarisés, ces camps constituèrent de l'été 1994 jusqu'aux mois d'octobre-novembre 1996 un souci constant pour les nouvelles autorités rwandaises car les génocideurs ne renoncèrent à aucun moment à leurs actions terroristes et à leurs infiltrations au Rwanda même." ("Histoire du Rwanda" de Bernard Lugan) 

Contrairement aux promesses de la communauté internationale, aucune force de sécurité n'aidera dans les camps, à relayer les invites régulières du gouvernement rwandais faites aux réfugiés pour les encourager à rentrer au pays. L'ONU fera mine de mal contrôler ses notes confidentielles, celle de Robert Gersony par exemple, dont un rapport de septembre 1994 (commandé par le HCR et jamais rendu public), concluera à la responsabilité du FPR dans les massacres de 30.000 personnes dans les région du sud-est et du nord-ouest entre avril et juillet 1994, ce qu'une enquête sommaire démentira aussitôt en "prouvant" que les charniers découverts étaient antérieurs à l'arrivée du FPR dans ces régions (lire à ce propos "Aucun témoin ne doit survivre" ouvrage collectif de Human Rights watch et de la FIDH rédigé par Allison des Forges . Karthala 1999).

La publicité faite autour du rapport conduira le HCR à dissuader les réfugiés de rentrer au Rwanda pour des raisons de sécurité. Les génocideurs restent les maîtres d'un jeu dont le plus grand nombre possible de réfugiés (et de rations) est la règle d'or , et MSF claque bientôt les portes des camps de Tanzanie et du Zaïre...

"En novembre 1994, la section française de Médecins sans frontières décida bruyamment de se retirer des camps. Philippe Biberson, son président, relevant que "l'administration gouvernant les camps avec une efficacité certaine est une reconstitution fidèle de celle qui avait présidé au génocide, que la "police" et la "justice" dans ces camps étaient aux mains de cette même administration pratiquant menaces, exactions, executions sommaires, manipulations de foules". Il constatait également la présence de forces armées sur les sites, ce qui représentait une autre infraction aux conventions régissant le statut des réfugiés, et soulignait l'existence de camps d'entraînement ainsi que les détournements de l'aide. Il concluait au nom de MSF-France: "Travailler dans les camps est une nécessité pour la survie des personnes, mais c'est aussi conforter la logique qui les a créés, c'est renforcer en les isolant, la peur et la haine. C'est alimenter, par la ségrégation totale qui y règne, l'idée de pureté ethnique (...)." ("Terreur africaine" de Colette Braeckman)

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GUERRE DU KIVU, CHRONOLOGIE

En mars 1996, des massacres de Tutsi du Zaïre, les "Banyamulenge", sont constatés dans le nord-Kivu, et attribués sans doûte possible, à l'armée zaïroise et aux miliciens hutu "interahamwe" de l'ancien régime rwandais basés dans les camps de réfugiés. Durant l'été, les mêmes se livrent à une chasse aux Tutsi dans le sud-Kivu, épaulés par les guerilleros hutu burundais de Léonard Nyangoma, les "intagohekas" (ceux qui ne dorment jamais) des FDD, Forces pour la Défense de la Démocratie. La résistance des Banyamulenge s'organise, aidée par le Rwanda qui ne perd pas des yeux cette région explosive où le pire se fomente chaque jour depuis deux ans.

En septembre 1996, l'armée zaïroise et les milices hutu sont mises sur le reculoir par les Banyamulenge, et doivent céder la ville de Fizi au sud d'Uvira, région riche en camps de réfugiés ou les "interahamwe" et les "intagohekas" s'entraînent ensemble avec les anciennes forces armées rwandaises. A la fin du mois, l'AFDLC est fondée, Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre, menée par Laurent-Désiré Kabila.

13 octobre 1996 : après la prise de Fizi, les rebelles Banyamulenge marchent sur Uvira, provoquant la fuite de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés hutu rwandais.

20 octobre 1996 : on estime déjà à 250.000, le nombre de réfugiés jetés sur les routes à cause des combats du sud-Kivu.

28 octobre 1996 : ils sont désormais 500.000 réfugiés à marcher sans autre but encore une fois, que de fuir "la mort qui est derrière".

30-31 octobre, 1er novembre 1996 : Bukavu tombe aussi, et les "intagohekas" burundais du FDD sont piégés par les Banyamulenge. Leurs bases arrières sont détruites. Bien plus au nord, près de Goma, 300.000 réfugiés prennent la fuite vers le nord-ouest. L'armée tutsi rwandaise prend le contrôle de Goma. L'armée zaïroise s'est volatilisée et fuit en pillant les villages qu'elle traverse. Les FAR, anciennes forces armées rwandaises, et les miliciens "interahamwe" se replient sur le camp de Mugunga, le plus grand au nord de Goma, se servant des réfugiés terrorisés comme boucliers humains et continuant de tuer les "traîtres" qui tentent de fuir.

12-15 novembre 1996 : par une tactique de tirs "ponctuels" de mortier sur le camp de Mugunga, l'APR, la nouvelle armée rwandaise, provoque la séparation entre, d'un côté, les ex-FAR et les "interahamwe", et de l'autre les réfugiés-otages (ce que le HCR et l'ONU prônaient fin 1994 et qu'ils n'ont jamais pris la peine de mettre en oeuvre, montrant par là, que certains pays pourvu d'un veto ne souhaitaient peut-être pas le retour réel des réfugiés au Rwanda). Les uns fuient vers la forêt et pourraient bien passer leur colère sur les gorilles, et les autres se ruent vers la frontière rwandaise. Pendant ce temps, les Etats Unis donnent enfin leur accord pour participer à une opération humanitaire internationale de 4000 ou 5000 hommes dont le Canada prendrait le commandement, force constituée en majeure partie, "de Britanniques, de Français et de dix-sept autres pays européens et africains" (Bernard Lugan). Peine perdue: cette fois, l'APR ne sera pas d'une nouvelle humeur "Turquoise". Le 15, ils investissent le camp de Mugunga et prennent en chasse les "interahamwe" et les ex-FAR en débandade dans la brousse, libérant du même coup, la majeure partie des réfugiés rwandais sans l'aide d'aucune "bonne volonté" internationale.

16-19 novembre 1996 : comme à la mi-juillet 1994, mais cette fois dans l'autre sens, c'est au rythme de 12000 à 15000 par heure, que les réfugiés des deux camps de Mugunga repassent la frontière du Rwanda à Gisenyi, grossissant l'un après l'autre, une vague lente et régulière de plus de 600.000 hommes, femmes et enfants. Quant aux 500.000 de Bukavu, au sud du lac Kivu, la contre-offensive des Banyamulenge les aura fait fuir pour la plupart vers le nord et Goma, et il faudra plusieurs mois d'errance à 230.000 d'entre eux pour regagner le Rwanda par petites troupes désemparées et à bout de forces. Certains de ces "candidats" au retour, trop terrorisés par les représailles imaginées, auraient même été littéralement poussés vers le Rwanda par les forces rebelles de l'AFDL, selon "Human Rights Watch/Africa" (rapport d'octobre 1997 titré "What Kabila is hiding").

Décembre 1996 : dans cette folie de mouvements contraires, les ex-FAR et les "interahamwe" ont récupéré des otages dans les quelques 270.OOO réfugiés qui n'ont pas trouvé ou choisi le chemin de la frontière. Ceux-là vont vivre un calvaire sans nom, par longues colonnes "relativement organisées" ou par petits groupes tapis dans la forêt, marchant plus de 1500 kilomètres vers l'ouest ou le sud-ouest par peur des massacres. La chose est déjà prévisible en décembre 1996. Pour preuve d'un certain "cynisme", c'est d'ailleurs le moment que choisit la "communauté internationale" pour annuler l'envoi de sa force de sécurité de 4000 ou 5000 hommes, ne l'estimant "plus d'actualité".

Juillet 1997 : à cette époque, le HCR, Haut Commissariat aux Réfugiés, fait état dans son bulletin périodique de :

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