rapport de la commission d'enquête citoyenne
TAP : premières plaintes contre X visant Turquoise devant le Tribunal des Armées à Paris
TAP suite : lampistes complices de génocide ?
La France mise en accusation de complicité par une commission d'enquête rwandaise sur le génocide
TAP suite : Déclassification de 105 notes de la DGSE à la demande du magistrat instructeur
Paris met des conditions à l'audition d'officiers français par le TPIR à Arusha
La France contre-attaque : Le Juge Bruguière émet des mandats
un peu de décence pour les rescapés et les victimes...
Attentat: seuls les français savent ce qui s'est passé...
TAP suite : les archives de l'Elysée laissent peu de place à l'innocence de la France...
Le dossier d'accusation du Juge Bruguière perd peu à peu de sa substance...
la note interne de non interposition de l'Armée Française face au massacre
Boîte noire ou coquille vide ?
Le rapport rwandais sur l'attentat, dit rapport Mutsinzi
Rapport balistique sur le crash de l'avion présidentiel diligenté par le juge Trevidic
La France avait fourni des missiles Sol-Air "Mistral" à l'armée rwandaise avant le génocide !
Premier procès sur le sol français, d'une figure emblématique de l'Akazu

 

 

Il faudra beaucoup de temps pour donner du corps à cette page. Les preuves rares avec les années écoulées, et le négationisme viscéral d'une grande partie de la classe politique française ne faciliteront pas les choses, bien que l'implication directe de la France dans l'accomplissement du génocide des Tutsi ne fasse plus beaucoup de doûte. Les massacres de Bisesero perpétrés "sous Turquoise" en sont un exemple criant.
« L’horreur qui nous prend au visage »
L’État français et le génocide au Rwanda  coordonné par Laure Coret et François-Xavier Verschave 
Rapport de la Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 (22-26 mars 2004).
 
Introduction    Le 10 mai 1994, un mois après le début du  génocide d’environ un million de Tutsi rwandais, le président  François Mitterrand cherchait déjà, dans une intervention  solennelle sur TF1 et France 2, à en exonérer la France :  « Nous n’avons pas envoyé une armée pour combattre, nous  n’étions pas là-bas pour faire la guerre. Nous ne sommes pas  destinés à faire la guerre partout, même lorsque c’est l’horreur  qui nous prend au visage. » Le présent rapport montrera  d’abondance le déni de réalité contenu dans ce propos : au  Rwanda, nos dirigeants n’ont pas cessé de « faire la guerre »  avant, pendant et après le génocide, alors que nul destin ne les  y astreignait – « une vraie guerre, totale et très cruelle » a  même déclaré le général Quesnot, chef d’état-major de  Mitterrand. Mais une chose au moins est juste dans la  vaticination présidentielle : l’ampleur des complicités  françaises au côté des concepteurs et organisateurs du  génocide est telle que, depuis, « l’horreur nous prend au  visage ». Et elle prendra indistinctement au visage tous les  Français, tant qu’il n’aura pas été possible, pour les rescapés,  les parents des victimes, tous les êtres humains que le  génocide de 1994 a bouleversés, de percevoir à la fois la  réalité de ces complicités et les ruses par lesquelles un petit  nombre de décideurs hexagonaux ont entraîné la France dans  ce qui constitue l’une des pires ignominies de son histoire.   Dès 1994, certaines de ces complicités avaient été  exposées et dénoncées. Le dossier n’a ensuite cessé de  s’étoffer de quantité d’articles, rapports, ouvrages,  documentaires télévisés, en France et surtout à l’étranger. Car  aussitôt s’est abattue chez nous la chape de la négation : le  cercle des responsables de l’engagement français dans le  camp génocidaire a su convaincre la quasi-totalité des  décideurs civils et militaires d’une nécessaire solidarité dans  le déniEn 1998, pour le centenaire du "J’accuse" de Zola,  une série de quatre articles de Patrick de Saint-Exupéry dans  Le Figaro a brisé le silence médiatique et apporté de  nouveaux éléments, provoquant la création d’une Mission  d’information parlementaire. Au sein de cette Mission, une  minorité de députés curieux et de bonne volonté, parfois  isolés, a contribué à épaissir le dossier. Mais son président,  l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès, a conclu au rejet  de toute complicité, en dépit des preuves contenues dans le  rapport lui-même. Il a seulement admis une « erreur ».   Les historiens le savent, la mémoire d’un génocide  résiste fortement à la négation. Un an avant le dixième  anniversaire du génocide des Tutsi, des associations et  citoyens français ont résolu de reprendre le dossier des  complicités françaises là où les députés l’avaient laissé,  réagissant ainsi à une défaillance de nos institutions  démocratiques. Puisqu’il est permis au citoyen d’une  commune de porter plainte au lieu du maire quand celui-ci ne  dénonce pas un détournement de l’argent municipal, il doit  bien être possible à des citoyens français de s’inquiéter d’une  présomption de crimes infiniment plus graves.   C’est ainsi qu’est né le projet d’une « Commission  d’enquête citoyenne sur le rôle de la France durant le  génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 » (CEC), qui tiendrait  cinq jours de session plénière du 22 au 26 mars 2004. Quatre associations ont porté ce projet : l’Association internationale de  recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides  (Aircrige), la Cimade, l’Observatoire des transferts d’armement  et Survie. S’y sont joints des juristes, historiens, témoins et  militants [...].   La préparation a été difficile, tant à cause de la  faiblesse des moyens financiers obtenus (investir dans la  recherche de vérités déplaisantes n’est pas un geste courant) que  de la pression ressentie par certains témoins potentiels, ou de  l’autocensure de nombreux autres. La CEC a pu cependant  envoyer Georges Kapler recueillir durant un mois des  témoignages au Rwanda – une mission difficile et réussie. Et la  sortie en mars 2004 de l’ouvrage de Patrick de Saint-Exupéry,  "L’inavouable", a créé un effet de synergie, amenant des éléments  nouveaux jusqu’au dernier jour de session de la CEC.   Le programme des séances publiques a été réparti en  six thèmes : présomptions de complicités militaires ;  financières ; diplomatiques ; rôle des médias et présomptions de  complicités idéologiques ; opération Turquoise ; hiérarchie des  responsabilités. Chaque thème a fait l’objet d’un rapport  préalable, apportant à la CEC les éléments disponibles  (documents, études, retranscriptions de propos antérieurs). La  Commission a entendu le rapporteur, discuté son rapport et les  pièces proposées, tout en auditionnant des experts et témoins.  Les témoignages de Rwandais ont été visionnés en fin de  journée. Faute de pouvoir se déplacer fin mars à Paris,  l’historienne Alison des Forges, auteur du rapport de référence  sur le génocide (Aucun témoin ne doit survivre, Karthala, 1999),  a accepté de s’exprimer dans un long témoignage filmé.   La Commission a essayé d’entendre les tenants de la  thèse officielle de la non-complicité. Elle a invité quasiment  tous les acteurs français majeurs de la relation franco-rwandaise  à cette époque. Elle n’a obtenu, pratiquement, que des non-réponses ou des refus. Cela peut se comprendre. Seule la justice  pourra exiger des explications de ceux, parmi ces acteurs, qui se  sont apparemment rendus complices de faits aussi graves.   Le rapport (de la CEC ndlr) est une retranscription presque  intégrale des cinq journées de session de la CEC – qui ont par  ailleurs été filmées. [...] Le lecteur pourra donc suivre dans son  déroulement cette « enquête publique » d’une semaine. Elle a  été vécue par les participants comme un moment intense, un  combat singulier entre la recherche de la vérité et sa négation :  oui, pendant cinq jours, « l’horreur nous a pris au visage ». Les  membres de la CEC étaient déjà informés sur le sujet, mais ce  qu’ils ont découvert ou entrevu a relevé parfois de  l’inimaginable : l’indifférence au génocide de hauts  responsables français a conduit à accepter et même promouvoir  l’instrumentalisation de milices déshumanisées au service d’une  guerre totale “racialisée”– sur la base, semble-t-il, d’une  doctrine militaire directement héritée des guerres d’Indochine et  d’Algérie.   Du coup, la Commission ne s’est pas contentée de  délivrer des conclusions provisoires. Elle a décidé de poursuivre  sa collecte et sa recherche d’informations, tout en travaillant sur  de possibles incriminations judiciaires. Le dernier mot n’est pas  dit sur l’implication française dans le génocide des Tutsi. Il faut  que les Français se préparent à l’idée que leur pays n’a pas agi  comme on veut le leur faire croire.

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16 février 2005: Un pas important a juridiquement été franchi dans le processus d'implication de la France : des victimes rwandaises du génocide ont saisi la justice française de plaintes contre X visant des militaires français pour complicité dans le génocide...

Communiqué de presse de la Commission d’Enquête Citoyenne
sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsi au Rwanda  en 1994
Paris le 16 février 2005
La justice est saisie de l’implication française
dans le génocide des Tutsi au Rwanda.
Le 16 février, des victimes rwandaises du génocide perpétré en 1994 ont saisi la justice française de plaintes contre X, visant en réalité des militaires français.La Commission d’enquête citoyenne (CEC) rappelle à cette occasion que les informations recueillies au cours de ses auditions font peser sur des agents français, militaires et civils, un soupçon de complicité de génocide.Constituée de simples citoyens, la CEC entend rappeler aux Français que, dans une démocratie, les décisions du pouvoir politique sont prises au nom des citoyens. Éprise de justice, la CEC doit cependant souligner que ses objectifs propres ne sont pas essentiellement judiciaires mais qu’il s’agit :

- D’une part d’informer le public sur la co-belligérance établie de 1990 à 1994 entre la République française et le régime rwandais  génocidaire,

- D’autre part d’amener les responsables politiques de cette co-belligérance à rendre des comptes à leurs concitoyens.

Dans cette perspective, les procédures consécutives aux plaintes doivent permettre de vérifier les informations réunies par la CEC, informations qu’elle tient à la disposition de la justice. Les procédures doivent également identifier au-dessus des simples exécutants les véritables responsables d’éventuelles complicités de génocide.

Il faut savoir à cet égard que les crimes commis dans le contexte du génocide sont imprescriptibles et que, par conséquent, les personnes suspectées peuvent être indéfiniment l’objet de poursuites.

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Passent les mois, passent les années. La France dort d'un sommeil profond, celui du juste diront les plus gonflés. Ces commissions citoyennes ne sont que mouches au plafond, ronfle-t-elle...

Commission d’enquête citoyenne
sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda
Communiqué, le 7 juillet 2006
À PROPOS DE L'IMPLICATION FRANÇAISE
DANS LE GÉNOCIDE DES TUTSI DU RWANDA EN 1994
Des victimes rwandaises du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ont saisi le 16 février 2005 la Justice française de plaintes pour complicité dans ce génocide.
Elles affirment que des militaires français auraient directement participé aux crimes dont elles ont souffert. La Chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris vient, pour la seconde fois en moins de deux mois, de déjouer les manoeuvres retardatrices du Procureur militaire. En effet, après avoir soutenu que les constitutions de partie civile étaient fantaisistes et avoir demandé au Juge d'instruction de se rendre à Kigali pour s'assurer de leur solidité ; après avoir fait appel de l'Ordonnance du Juge d’instruction qui déclarait, contre ses réquisitions, les six plaintes recevables ; le Procureur du Tribunal aux Armées de Paris avait requis l'annulation des auditions auxquelles le Juge d'instruction avait procédé sur sa propre demande à Kigali. Le 29 mai 2006, la Cour d'appel avait confirmé la recevabilité de toutes les constitutions de partie civile.
Le 3 juillet 2006, elle a confirmé la validité des auditions faites à Kigali par le Juge d’instruction. Désormais, on peut espérer que l'instruction des six plaintes contre x pour complicité de génocide, pourra enfin être menée sereinement.
Toutefois, l'éventuelle constatation par la Justice de viols, de sévices, voire de meurtres commis sur le terrain du génocide par certains militaires français, peut constituer un leurre. En effet, dans leur grande majorité, les militaires présents sur le terrain n'ont pas commis d'actes de ce genre. Ils ont exécuté, pour la plupart en toute bonne foi, les instructions qui leur avaient été données. Or, dans la mesure où ces instructions enjoignaient en réalité aux troupes de porter assistance aux autorités locales alors que ces autorités perpétraient un génocide, il faut considérer qu'elles sont à l'origine de la complicité reprochée aux Français. En effet, l'assistance ainsi fournie était une complicité de génocide - même lorsqu'elle ne s'accompagnait pas de viols, de sévices et de meurtres. Mais il est évident que la responsabilité première de cette assistance - comme des viols, sévices et meurtres qui l'auraient, parfois, accompagnée ; donc l'ultime complicité de génocide, incombe aux auteurs des instructions et, par conséquent, aux pouvoirs civils qui coiffent la hiérarchie militaire.
Dans ces conditions, la Commission d’enquête citoyenne (CEC) considère qu'il serait trop facile de dédouaner les véritables responsables au détriment de quelques lampistes.
Elle considère également que la question des responsabilités essentielles resterait posée même si l'instruction n'établissait pas la matérialité des méfaits évoqués par les plaignants.
Enfin, elle suggère qu'en ces temps de débats préélectoraux, les différents candidates et candidats à la candidature soient appelés à prendre clairement position sur les responsabilités des dirigeants de l'État dans l'assistance accordée en 1994 aux auteurs du génocide des Tutsi du Rwanda.

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...Douze ans et six mois après le génocide, est-ce que le pays de la gastronomie va enfin se mettre à table ?...

Génocide rwandais : la France au banc des accusés
La commission d'enquête rwandaise a débuté une série d'auditions sur le rôle trouble des Français avant, pendant et après les tueries de 1994.
(Christophe AYAD, LIBERATION : Mercredi 25 octobre 2006)
Le bras de fer judiciaire se poursuit entre la France et le Rwanda. La commission d'enquête rwandaise sur le rôle de la France avant, pendant et après le génocide de 1994 au Rwanda a engagé, hier à Kigali, une série d'auditions publiques. Cette commission d'enquête, qui a entamé ses travaux en avril, est «chargée de rassembler les preuves de l'implication de la France dans le génocide» qui a causé la mort de 800 000 Tutsis et opposants hutus. Composée de juristes et d'historiens, elle doit auditionner au total vingt-cinq témoins d'ici à la fin octobre et rendre ses conclusions dans les six mois. «Le rapport déterminera s'il faut ou non engager une procédure judiciaire devant la Cour internationale de justice [de La Haye]», selon le président de la commission, Jean de Dieu Mucyo, ex-ministre de la Justice et ex-procureur général.
Pour la première journée d'auditions, diffusées en direct à la radio, Jacques Bihozagara, ex-ambassadeur du Rwanda à Paris, a dénoncé le rôle de la France et vilipendé l'opération militaro-humanitaire Turquoise, qui «ne visait qu'à protéger les génocidaires parce que le génocide s'est poursuivi dans la zone Turquoise». 
Polémique. Cette initiative ainsi que la plainte déposée l'an dernier par six rescapés du génocide devant le tribunal aux armées de Paris, visant des exactions présumées commises pendant Turquoise, n'ont pas contribué à apaiser les tensions entre la France et le Rwanda. Loin de s'éteindre, la polémique sur le rôle de la France ne cesse d'enfler, à mesure que les nombreux procès, notamment au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), arrivent à leur terme. Ainsi, deux militaires français vont témoigner à Arusha, en Tanzanie, dans le cadre du procès dit «des militaires», actuellement en cours. Il s'agit de Jean-Jacques Maurin, qui était en 1994 adjoint à l'attaché de défense de l'ambassade de France à Kigali, et de Grégoire de Saint-Quentin, coopérant militaire présent au moment du génocide et l'un des premiers à se rendre sur le site du crash de l'avion présidentiel abattu le 6 avril 1994, attentat qui avait donné le signal du génocide.
Paris a négocié pied à pied pour que Saint-Quentin témoigne sous pseudonyme, à huis clos, en présence d'un représentant du gouvernement français qui pourra «demander que le témoin soit dégagé de l'obligation de répondre à certaines questions pour préserver la sécurité nationale». En outre, sa déposition ne sera pas communiquée à d'autres parties que celles du procès, contrairement à d'autres officiers, canadiens ou belges, de l'ONU, amenés à témoigner dans le passé.
Promesse. Par ailleurs, Paris a accepté, la semaine dernière, de juger des personnes soupçonnées par le TPIR de participation au génocide et résidant sur son territoire. Une promesse étonnante, sachant qu'aucune des instructions ouvertes en France parfois depuis plus de dix ans relativement au génocide rwandais n'a pour l'instant abouti à un procès. Dans le cas du père Wenceslas Munyeshyaka, qui vit librement en France, la justice française a même été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour sa lenteur. La cour militaire de Kigali, qui juge le prêtre par contumace, a requis, jeudi, la prison à vie.

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Rwanda : des audiences publiques sur le rôle de la France dans le génocide
La commission d’enquête rwandaise « déterminera s’il faut ou non engager une procédure judiciaire devant la Cour internationale de justice »
(mercredi 25 octobre 2006, Habibou Bangré, AFRIK.COM)
La Commission d’enquête rwandaise sur le rôle présumé de la France dans le génocide de 1994 a commencé, mardi, ses premières audiences publiques. Pour certaines victimes, c’est l’occasion de faire éclater la vérité. Mais, d’après des associations françaises, les conclusions de la structure seront à prendre avec des pincettes et ne déboucheront pas forcément sur des plaintes.
« Le rôle des Français dans ce qui s’est passé au Rwanda est évident : ils ont formé et armé en connaissance de cause les soldats et [les] milices pro-gouvernementales venus pour commettre le génocide, ils savaient qu’ils venaient pour commettre ce génocide », déclarait en 2004, lors du dixième anniversaire des massacres, le Président Paul Kagamé. Pour lui, le rôle de l’Hexagone dans le meurtre de quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés ne fait aucun doute. La commission d’enquête « chargée de rassembler les preuves de l’implication de la France dans le génocide » dira s’il a raison. Créée en avril dernier, elle a commencé le cycle des auditions publiques, mardi à Kigali. Parmi les 25 témoins qui doivent être interrogés jusqu’au 31 octobre figure Jacques Bihozagara, l’un des fondateurs du Front patriotique rwandais (au pouvoir).
« Parler pour faire connaître la vérité »
Cet ancien ambassadeur du Rwanda en France ne s’est d’ailleurs pas privé d’épingler la France. En kinyarwanda, il a estimé que son opération militaro-humanitaire « Turquoise » « ne visait qu’à protéger les génocidaires parce que le génocide s’est poursuivi dans la zone "Turquoise" ». Soulignant que Paris « a continué de protéger des suspects de génocide », il a dénoncé que « la France n’a pas exprimé de remords, elle a prêché l’existence d’un double génocide » des Hutus et Tutsis. Seront également entendues des femmes affectées par le génocide. « Nous avons appris des choses nouvelles hier (mardi, ndlr). Mais ce qui nous intéresse c’est la semaine prochaine, où des victimes des Français témoigneront », indique Auréa Kayiganwa, secrétaire exécutive de l’Association des veuves du génocide (Avega).
Cette association avait mis un point d’honneur à orienter vers la commission les femmes qui ont vécu dans le triangle Cyangugu-Kibuye-Gikongoro (Sud-Ouest), devant être protégé par les soldats de l’opération « Turquoise ». Pour ces Rwandaises, « parler est une façon de faire connaître la vérité, c’est une sorte de thérapie. Certaines ont été violées et ont le sida, d’autres ont des blessures ont niveau des organes génitaux... Elles disparaissent les unes après les autres. Alors elles veulent saisir cette opportunité de parler », poursuit Auréa Kayiganwa.
« Considérer toute initiative avec prudence et circonspection »
Parler, et voir leur souffrance reconnue. « Leur combat est comme celui des anciens combattants algériens, qui ont eu l’occasion d’avoir la reconnaissance de ce qu’a fait la France. Ils meurent, mais ils ont été entendus. C’est pour cela que c’est très important de parler. Au moins la France a vu que l’on s’est organisés », précise la responsable associative d’Avega. Attend-t-elle d’éventuelles poursuites de militaires ou responsables français ? « Ça dépendra des Français et de la France », explique-t-elle, sur un ton qui révèle peu d’optimisme.
Les enquêtes de la commission pourraient la mener à l’étranger. Elle devrait rendre ses conclusions dans six mois et « le rapport déterminera s’il faut ou non engager une procédure judiciaire devant la Cour internationale de justice », a expliqué Jean de Dieu Mucyo, président de la commission. Pour Patrick Baudouin, président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), les travaux de la commission n’auront de valeur que s’ils sont impartiaux.
« Toute initiative prise ou action menée par les autorités rwandaises doit être considérée avec prudence et circonspection, met-t-il en garde. Il y a un certain froid entre elles et la France par rapport à une instruction en cours chez le juge français Jean-Louis Bruguière, qui tend à mettre en cause le Président Kagame dans le crash de l’avion qui transportait Habyarimana Juvénal, l’ancien chef de l’Etat, accident qui a marqué le début officiel du génocide. La tension entre les deux pays est assez vive et il y a donc un bras de fer qui peut dénaturer les actions des uns et des autres. »
D’autres procédures judiciaires à prévoir ?
Patrick Baudouin souligne que « si la commission d’enquête rwandaise est crédible, si le travail est sérieux et impartial et met en cause des militaires français, il faudra le prendre en compte et en tirer les conséquences ». Il estime alors que, parmi ces conséquences, il peut y avoir de nouvelles procédures judiciaires, du même type que celles que six Rwandais viennent d’intenter auprès du Tribunal aux armées de Paris. Partie civile pour la FIHD et la Ligue des droits de l’Homme dans cette affaire, Patrick Baudouin rappelle qu’ils accusent la France de s’être compromise avec l’ancienne armée rwandaise pendant le génocide.
« On peut toujours espérer que, si des responsabilités françaises ressortent, elles déboucheront sur des plaintes », ajoute Sharon Courtoux, déléguée du président de l’association Survie, qui sensibilise notamment les citoyens et des élus à une réforme de la politique de la France en Afrique. Cependant, elle conclut : « Encore faut-il que les deux pays dépassent ce qui les sépare, ce qui est encore loin d’être le cas. D’un côté la France nie toute culpabilité et, de l’autre, le Rwanda l’accuse de son implication aux côtés d’un régime coupable de génocide. J’espère vraiment que les investigations contribueront à montrer ce qui s’est passé et éclairciront ce que Paris et Kigali se reprochent mutuellement. Surtout, il faut espérer que les éléments de ce bras de fer ne s’annulent finalement au détriment de la vérité ».

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Génocide rwandais: Michèle Alliot-Marie déclassifie 105 notes de la DGSE
(20Minutes.fr avec AFP | 02.11.06 | 20h12)
La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie a décidé de déclassifier totalement 105 notes de la DGSE à la demande du magistrat qui instruit à Paris quatre plaintes de rescapés du génocide de 1994 au Rwanda visant le rôle de l'armée française, a-t-on appris jeudi au ministère de la Défense.
Mme Alliot-Marie, précise-t-on, a suivi l'avis de déclassification de ces documents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, services secrets) rendu par la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) et qui sera publié prochainement au journal officiel.
La ministre rend ainsi ces documents accessibles à Florence Michon, seul magistrat instructeur au tribunal des armées de Paris (TAP) qui juge les infractions commises hors du territoire par les militaires français.
Les avis de la CCSDN ont toujours été suivis, à une exception près, par le Premier ministre ou les ministres concernés. La CCSDN ne précise jamais le contenu des notes dont elle suggère la déclassification.
Le 22 juin 1994, l'Onu avait donné son feu vert à la France pour une opération militaire à but humanitaire baptisée "Turquoise" qui a duré jusqu'au 21 août 1994.
En février 2005, six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour "complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l'humanité" devant le tribunal aux armées de Paris (TAP).
Les six plaignants avaient été entendus fin novembre 2005 au Rwanda par la juge Brigitte Raynaud, prédécesseur de Mme Michon. Ils accusent des militaires français d'avoir, lors du génocide de 1994, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection. L'armée française a vivement rejeté ces accusations.
En décembre 2005, le parquet du TAP a ouvert une information judiciaire contre X pour complicité de génocide. Le ministère public avait alors écarté quatre des six plaignants considérant qu'ils n'avaient pas subi de "dommages directs et personnels résultant des infractions dénoncées".
En mai, la cour d'appel de Paris est allée à l'encontre du parquet du TAP confirmant la recevabilité de quatre des six plaintes.
© 2006 AFP

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Agence Hirondelle d'information, de documentation et de formation, Arusha (Tanzanie):

TPIR/MILITAIRES I - D’IMPORTANTS TEMOINS ATTENDUS POUR LA DEFENSE DES ANCIENS RESPONSABLES MILITAIRES RWANDAIS

Arusha 5 octobre 2006 (FH) - Le général Marcel Gatsinzi, ministre rwandais de la défense, ainsi que des officiers français présents au Rwanda au début du génocide, sont attendus pour témoigner en faveur d’anciens responsables militaires rwandais jugés devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Les derniers détails du témoignage du général Gatsinzi ont été réglés lors d’un entretien à Kigali entre le procureur général Martin Ngoga et le greffier adjoint Everard O’Donnell, a expliqué ce dernier à la presse jeudi midi. Les conditions de ce témoignage, qui devrait se passer par video conférence, n’ont pas été précisées. Selon un membre de l’équipe de défense tous les détails n’ont pas encore été réglés.

Le général Gatsinzi était chef d’état major de l’ancienne armée rwandaise. Poste qu’il a quitté lors du génocide pour rejoindre les rangs des rebelles du front patriotique rwandais (FPR) dont il est devenu l’un des chefs militaires, puis ministre.

Il a été cité il y a quelques mois devant une gacaca, les tribunaux semi-traditionnels mis en place dans tous le pays, et y a témoigné pour son rôle lors du génocide. Il a été innocenté, mais certains avaient vu dans ce témoignage un début de mise à l’écart.

L’audition des militaires français dans le procès Militaires I qui doit se finir d’ici la fin de l’année fait depuis de longs mois l’objet de nombreuses tractations entre les équipes de défense de Theoneste Bagosora et d’Aloys Ntabakuze, le TPIR et les ministères français de la défense et des affaires étrangères.

La défense de Bagosora voudrait faire témoigner M. Jean Jacques Maurin qui était lieutenant-colonel en 1994 et occupait le poste d’adjoint à l’attaché de défense de l’ambassade de France à Kigali. Dans ce but le défenseur principal de Bagosora, Me Raphael Constant, a déjà rencontré M. Maurin à Paris en présence d’un représentant du ministère de la défense et du ministère des affaires étrangères.

Pour Aloys Ntabakuze, son avocat, Me André Tremblay, a cité M. Gregoire de St Quentin, qui était lieutenant-colonel lors des faits et aidait à la formation du bataillon de para commando que dirigeait Ntabakuze. Son témoignage était prévu dans les prochains jours, la présente session de ce procès devant se terminer mi octobre mais il semble que des difficultés de dernières minutes l’ai retardé. Dans une décision rendue le 20 septembre, la chambre a fixé les modalités de cette comparution, la première d’un officier français devant le TPIR.

M. de St Quentin, officier d’active qui a maintenant le grade de colonel et dont le nom est cité dans la décision, témoignera sous un pseudonyme, à huis clos, en présence d’un représentant du gouvernement français qui pourra «demander que le témoin soit dégagé de l’obligation de répondre à certaines questions pour préserver la sécurité nationale». En outre sa déposition ne sera pas communiquée à d’autres parties que celles du procès. D’autres officiers canadiens, belges ou d'autres nationalités servant au titre des Nations Unies ont déjà témoigné à plusieurs reprises lors de procès devant le TPIR, sans que la moindre limite soit imposée à leurs interrogatoires.

PB/GF

Omerta à la française.

Paris met des « conditions » à l’audition d’officiers français par le Tribunal international pour le Rwanda. (Jean Chatain -L'Humanité, 23/10/2006)

Chargé de juger les organisateurs du génocide de 1994, le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) installé à Arusha (Tanzanie) fonctionne avec une lenteur qui lui vaut maintes critiques de Kigali. Il est vrai qu’il se heurte parfois à des obstacles inédits dans le domaine de la justice. Exemple récent, la convocation comme témoins de deux officiers supérieurs français.

Lieutenant-colonel en 1994, Jean-Jacques Maurin occupait le poste d’adjoint à l’attaché de défense de l’ambassade de France à Kigali. La défense de Théoneste Bagosora - lequel début 93 avait claqué la porte des négociations ouvertes à Arusha, prévenant : « Je rentre au pays préparer l’apocalypse » -, voudrait le faire témoigner. Dans ce but, l’avocat Me Raphaël Constant l’a déjà rencontré à Paris. Fait inhabituel, les entretiens se sont déroulés en présence d’un représentant des ministères de la Défense et des Affaires étrangères.

Grégoire de Saint-Quentin avait le même grade et était chargé de la formation du bataillon de commandos parachutistes commandés par Aloys Ntabazuke, lui aussi inculpé à Arusha. Son témoignage est prévu ces jours prochains. On n’en connaîtra sans doute pas grand-chose si l’on en croit les conditions mises à sa comparution par Paris. Sa déposition devrait se faire sous pseudonyme, à huis clos, et ne pas être communiquée à d’autres parties que celles du procès. Plus grave, ce sera en présence d’un représentant du gouvernement français, lequel pourra « demander que le témoin soit dégagé de l’obligation de répondre à certaines questions pour préserver la sécurité nationale »... La loi du silence mise en pratique par l’armée française concernant son implication dans le drame rwandais a visiblement encore de beaux jours devant elle. Rappelons à ce propos que des officiers belges ou canadiens (casques bleus) ont déjà témoigné à plusieurs reprises devant le TPIR et qu’aucune limite n’avait été opposée à leurs interrogatoires.

Rwanda : Paris a négocié l'audition d'officiers français à Arusha (Patrick de Saint-Exupery - figaro.fr le 14 octobre 2006)

« La sécurité nationale » française pourrait être en jeu dans le dossier rwandais. C'est, en tout cas, ce qui ressort d'une lettre officielle adressée par Paris au Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR). Cité dans une décision judiciaire en date du 20 septembre 2006, ce courrier pose cinq conditions à l'audition d'officiers français présents au Rwanda dans les années 1990-1994. Au nombre de ces conditions, extrêmement restrictives, celle-ci : afin de « préserver la sécurité nationale », un représentant du gouvernement français pourra « demander à ce que le témoin soit dégagé de l'obligation de répondre à certaines questions ».

Deux officiers, dont l'un d'active, pourraient être entendus, dès la semaine prochaine, par le tribunal. Le colonel Grégoire de Saint-Quentin est cité comme témoin par l'avocat de la défense du major Aloys Ntabakuze accusé de « génocide », « crimes contre l'humanité » et « crimes de guerre ». Présent en 1994 à Kigali et premier étranger à s'être rendu sur les lieux du crash de l'avion présidentiel, Grégoire de Saint-Quentin, alors lieutenant-colonel, a participé à la formation d'un bataillon paracommando et était chargé de l'instruction d'un peloton CRAP.

Le second officier, le colonel à la retraite Jean-Jacques Maurin est cité par la défense de Théoneste Bagosora, tenu pour le « cerveau du génocide ». Lieutenant-colonel en 1994, Jean-Jacques Maurin occupait alors le poste d'adjoint à l'attaché de défense de l'ambassade de France à Kigali.

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La véritable enquête sur l'assassinat du président rwandais Habyarimana reste à faire (Patrick de Saint-Exupéry - figaro.fr - 25 novembre 2006)

«Enfin la vérité ! », telle fut la réaction de Jacques Hogard, ancien officier français passé par le Rwanda, à la suite de l'ordonnance rendue par le juge Bruguière, chargé depuis 1998 d'une instruction sur l'attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana du 6 avril 1994.

Dans son ordonnance, transmise au parquet le 17 novembre, le juge antiterroriste a livré le résultat de ses investigations. Paul Kagamé , actuel président du Rwanda et ancien chef d'une rébellion opposée à un régime soutenu par Paris, serait l'instigateur de cet attentat. « Le général (Paul Kagamé), affirme Jean-Louis Bruguière, avait délibérément opté pour un modus operandi qui, dans le contexte particulièrement tendu du Rwanda (...) ne pouvait qu'entraîner en réaction des représailles sanglantes. »

Au terme de près de 50 auditions recueillies en huit ans d'enquête, le magistrat conclut donc « à la participation présumée » de Paul Kagamé. Telle est la « vérité » qui fut immédiatement saluée.

Celle-ci était attendue, espérée et souhaitée depuis longtemps par de nombreuses parties du dossier rwandais. Dès l'an 2000, l'essentiel de l'instruction était publié dans la presse. En 2004, dix ans après le génocide, les « conclusions » du magistrat s'étalaient à nouveau dans les colonnes de journaux qui annonçaient alors la clôture imminente de l'instruction. Il fallut toutefois attendre encore deux ans et demi - sans que soit réalisée la moindre audition - avant que la prophétie ne se réalise.

En réalité, le tour de l'instruction menée par le juge Bruguière était écrit dès le départ. En témoignent la chronologie des auditions et l'identité des personnes entendues. La première, le 29 septembre 1999, fut le sulfureux Paul Barril. Acteur du dossier rwandais où, tour à tour, il endossa d'innombrables casquettes, l'ancien gendarme de l'Élysée hante de 1990 à 1994 les couloirs de l'Élysée comme ceux de l'ancien régime de Kigali. Dès juin 1994, il assènera de pseudo-révélations - démenties ultérieurement - qui lui permettent de pointer du doigt les Tutsis et le FPR.

À sa suite, le magistrat entend d'anciens responsables des forces armées rwandaises (FAR), dont plusieurs sont aujourd'hui inculpés par le Tribunal pénal international d'Arusha (TPIR) en charge de juger le génocide. Les accusations des officiers des FAR sont connues. Elles ont été examinées par la mission parlementaire d'information constituée à Paris en 1998 qui a conclu, dans son rapport final, à une « tentative de désinformation ».

Dans le même temps, Jean-Louis Bruguière procède à l'audition de plusieurs officiers français présents entre 1990 et 1994 au Rwanda au titre de la coopération militaire. Le colonel Grégoire de Saint-Quentin en est. Curieuse coïncidence, lorsque l'ordonnance du juge Bruguière est rendue publique, le 27 novembre, le colonel de Saint-Quentin, cité par la défense de l'un des accusés de génocide, est à la veille de déposer au Tribunal international d'Arusha. Paris a imposé au recueil de son témoignage des conditions jamais vues : afin de protéger l'officier, un représentant du gouvernement pourra invoquer la « sécurité nationale ». Prenant prétexte de l'ordonnance du juge Bruguière, l'audition est annulée in extremis par Paris, puis reportée à la condition qu'elle se déroule en visioconférence.

Après avoir entendu Paul Barril, les anciens officiers de l'armée rwandaise, les officiers français, le juge Bruguière poursuit ses investigations en recueillant le témoignage de « défecteurs » de la rébellion menée par Paul Kagamé. Il en entend une dizaine, les deux principaux en juillet 2003 et en mars 2004. À compter de cette date, le magistrat interrompt ses auditions. Toutes les personnes entendues l'ont conforté. Aucun contact n'a été pris avec les actuelles autorités de Kigali, mises en cause.

Tel est le cheminement suivi par le juge Bruguière. Dans les premières pages de son ordonnance, il s'en explique. Il a initialement étudié « cinq hypothèses », mais s'est très vite trouvé dans l'obligation, affirme-t-il, de n'en retenir qu'une.

D'un trait de plume, il explique avoir balayé l'éventualité d'un attentat réalisé par des Hutus appuyés par l'ancienne armée rwandaise (FAR) : « S'agissant des FAR, écrit-il, il a pu être établi qu'elles étaient mal équipées et peu entraînées (...) qu'au surplus, elles ne disposaient que de faibles moyens anti-aériens et n'avaient pas de missiles. » Ce point est déterminant : l'attentat du 6 avril 1994 aurait été réalisé avec deux missiles Sam 16.

Le problème, et il est de taille, est que l'affirmation du magistrat a été contredite. Jean-Louis Bruguière paraît écarter d'emblée des pistes ouvertes par les parlementaires français. Dans leur rapport, publié à la fin de la mission d'information, ils notent que l'armée rwandaise dispose en 1994 de 40 à 50 missiles Sam 7 et de 15 Mistral. Ils précisent : « Il est peu vraisemblable qu'une armée dispose d'un tel arsenal sans en maîtriser parfaitement les conditions d'utilisation, même si de nombreux observateurs se sont plu à souligner l'état d'impréparation et l'inefficacité au combat des FAR. »

Lors de son témoignage face à la cour d'Arusha, le colonel Théoneste Bagosora, accusé d'avoir été « le cerveau du génocide », avait également contredit l'affirmation du juge Bruguière. Sur la base de pièces à conviction, l'ancien commandant du bataillon antiaérien à Kigali en 1992 avait admis que les autorités rwandaises de l'époque s'étaient portées acquéreurs de missiles Sam 16. L'hypothèse sur laquelle a travaillé le juge Bruguière n'est pas à écarter. Mais d'autres restent à explorer. Le travail du magistrat, loin d'être « enfin la vérité », est parcellaire et fragmentaire.La véritable investigation reste à faire.

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Il est souvent salutaire de prendre du recul, et par exemple de mesurer les effets de manche français au travers du prisme pertinent de la presse belge. Rappelons que le journal "Le soir", et en particulier sa journaliste Colette Braeckman, ont l'élégance arrogante de ne pas être dans les petits papiers de Pierre Péan, ni par voie d'affinités électives, du Juge Bruguière... (Dans son livre "Noires fureurs, blancs menteurs", en novembre 2005, Péan mettait en cause Colette Braeckman, auteur de livres majeurs sur le Rwanda, et lui reprochait d'avoir "concentré toutes ses accusations sur la France". Un chapitre entier était consacré aux "Services rendus" de Colette Braeckman, où Péan expliquait comment elle aurait "crédibilisé les thèmes de la guerre idéologique menée par le FPR et accompagné, voire amplifié les attaques du FPR contre l'Eglise catholique et contre la France.") Transportons-nous donc une fois "outre-Quiévrain" pour en apprendre de belles sur cette enquête magistrale inspirée par Pierre Péan et menée par le juge Bruguière...

Le carnet de Colette Braeckman (Lundi 27 novembre 2006)

L’enquête du juge Bruguière suscite plus de questions que de réponses

L’ordonnance publiée le 17 novembre dernier par le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, qui se conclut par la délivrance de neuf mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de proches collaborateurs  du président  rwandais Paul Kagame suscite plus de questions qu’elle n’apporte de réponses à l’énigme de l’attentat qui, le 6 avril 2004, coûta la vie au président Habyarimana ainsi qu’au président du Burundi et aux trois membres de l’équipage français.

1.   Cette ordonnance peut-elle réellement avoir un effet déstabilisateur sur le régime en place ? Les poursuites sont peut-être moins gênantes que l’affirmation selon laquelle le FPR, désireux de conquérir le pouvoir à tout prix aurait, en « liquidant » le président Habyarimana, délibérément sacrifié les Tutsis vivant à l’intérieur du Rwanda. En effet, nul n’ignorait que des massacres étaient programmés par les extrémistes hutus et le FPR a toujours déclaré que si, malgré sa supériorité militaire, il avait accepté la négociation et les accords d’Arusha, c’était précisément pour épargner ces compatriotes tutsis pratiquement tenus en otages.

2.   Pourquoi publier aujourd’hui cette enquête bouclée depuis deux ans ? Kigali estime que cette ordonnance est un coupe-feu destiné à détourner l’attention sur l’enquête menée au Rwanda à propos des  responsabilités de la France  et à rendre impossible les investigations du Tribunal aux armées de Paris, saisi de plaintes à propos du comportement de militaires français durant l’Opération Turquoise.  A deux reprises, le Parquet avait déjà tenté de bloquer cette démarche. Il est de notoriété publique que le juge anti-terroriste dépend directement du pouvoir politique  et la « sortie » de Bruguière peut difficilement être considérée comme un hasard, même si le juge clôture en ce moment ses dossiers avant de se porter candidat sur les listes de l’UMP.

3.   S’il s’agît d’une attaque contre le Rwanda, a-t-elle des implications régionales ? Probablement, car contrairement à ce que l’on aurait pu supposer, le nouveau régime en place au Burundi, qualifié de « hutu » a noué d’excellentes relations avec Kigali, tandis qu’à Kinshasa, le président Joseph Kabila  s’entretient directement de questions de sécurité avec son voisin Paul Kagame. Ces deux pays ne peuvent donc plus autoriser d’infiltrations de miliciens hutus en direction du Rwanda. Est-ce un hasard si, depuis la « réconciliation » entre Kagame et Kabila, l’attitude de la France s’est durcie à l’égard du président congolais et si son rival Bemba a reçu le soutien de plusieurs pays africains francophones, dont le Congo Brazzaville ?

4.   Pourquoi des témoins aussi sujets à caution ? Enquêtant depuis son bureau parisien, le juge n’a écouté que des témoins de deuxième catégorie, n’appartenant pas au « premier cercle » entourant le président Kagame, soit parce qu’ils étaient hutus, soit parce qu’ils étaient francophones. Plusieurs d’entre eux sont des transfuges, parfois poursuivis pour malversations.  Quant au témoin-clé, le major Abdul Ruzibiza, il s’agît en réalité d’un infirmier qui, au moment des faits, se trouvait à Byumba, dans le nord du Rwanda. En 2003, il fut exfiltré depuis l’Ouganda par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), au moment où l’Opération Artemis se déployait en Ituri.   Ruzibiza affirma à l’époque avoir fait partie du groupe qui abattit l’avion, mais contrairement aux autres membres du « commando network » il n’a pas, lui, été inculpé.

5.   Pourquoi le juge ne s’est il pas rendu sur le terrain ? Une descente sur les lieux aurait permis d’éviter quelques  invraisemblances :  la colline de Massaka,  d’où partit le tir, était à l’époque étroitement contrôlée par la Garde présidentielle. Une seule route y conduisait, longeant des marécages. Pas moins de sept barrages y étaient érigés. Le lieu dit «la Ferme » où se seraient postés les tireurs du FPR, était un domaine appartenant à Mme Habyarimana, gardé par …des militaires français, à côté de l’ orphelinat Sainte Agathe, soutenu par l’épouse du président.  Comment des militaires du FPR (physiquement très reconnaissables) auraient ils pu quitter l’enceinte du Parlement rwandais, gardée par les Casques bleus, gagner… en taxi ( !) le lieu choisi pour perpétrer l’attentat puis regagner leur base une fois terminée l’opération, dans une ville hérissée de barrières, où les tueries avaient commencé?

6.   La provenance des missiles est elle établie ? Bruguière assure que des paysans auraient découvert, sur la colline de Massaka, deux tubes lance-missiles abandonnés par des tireurs (décidément bien négligents), permettant d’identifier un lot de 40 missiles fabriqués en URSS et livrés à l’Ouganda, et il assure que, selon le professeur Reyntjens, ces missiles auraient été remis au FPR par le président Museveni. Le problème c’est qu’en 1998, devant la mission d’information parlementaire sur le Rwanda, l’universitaire anversois avait assuré que ces missiles Sam 16 Gimlet faisaient partie…d’un lot saisi en février 1991 par l’armée française en Irak, lors de la guerre du Golfe !  Par ailleurs, comparaissant à Arusha devant le Tribunal international pénal pour le Rwanda, le colonel Bagosora a reconnu que les forces gouvernementales rwandaises s’étaient portées acquéreurs de missiles Sam 16 et les parlementaires français avaient également noté que l’armée rwandaise, en 1994, disposait bien de missiles.  Le juge insistant sur le fait que les forces armées rwandaises n’avaient pas été entraînées au maniement de missiles sol- air, on ne peut que s’interroger sur la présence éventuelle de tireurs étrangers  et sur le fait que, le 6 avril, des « Blancs » avaient été vus à Massaka.

7.   Pourquoi le juge Bruguière n’évoque-t-il pas la présence à Kigali le 7 avril, du capitaine Paul Barril ? Cet ancien du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), souvent chargé de mission pour le président Mitterrand, a lui-même déclaré par la suite que, travaillant pour Mme Habyarimana, il était retourné au Rwanda en mai 1994 et avait récupéré la (fausse) boîte noire de l’avion.
N’est pas évoquée la confession de l’ancien Premier Ministre Jean Kambanda devant le TPIR, qui assure que le président Mobutu, informé (par des sources françaises) des projets d’attentat, avait renoncé à se rendre à Dar es Salaam et avait tenté d’avertir du danger son collègue et ami Habyarimana. Il n’est pas rappelé non plus qu’à l’aube du 7 avril, quelques heures après l’attentat, le conseiller du président pour les affaires africaines François de Grossouvre, ami de Paul Barril, était retrouvé « suicidé » dans son bureau de l’Elysée.

8.   Comment sortir de la controverse ? A l’instar de l’enquête sur l’assassinat, au Liban, du Premier Ministre Hariri, seule une enquête internationale impartiale pourrait fixer les esprits. Mais aucun pays, et moins que tout autre les autorités de Kigali, n’en a fait la demande.

Lundi 27 novembre 2006 : le dernier diplomate français a quitté Kigali, la capitale rwandaise, après la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda décidée par le président Paul Kagame...

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Nous manquons de décence : faut-il rappeler que nous parlons d'un génocide, et que ce génocide fut mûrement réfléchi et planifié de longue date. Il est peu de gens qui en doûtent encore dans le monde, à part quelques originaux en France...

L'instruction du juge Bruguière sur la mort des pilotes français brouille la réalité.

Non, le génocide rwandais n'a pas commencé le 6 avril 1994

Par Alain NGIRINSHUI ( rescapé du génocide des Tutsis étudiant en droit à Paris.)

jeudi 30 novembre 2006.

Je suis étonné de l'ampleur des réactions et des interprétations que suscite l'instruction du juge Jean-Louis Bruguière sur la responsabilité du FPR dans l'attentat contre l'avion de l'ancien président du Rwanda, Juvénal Habyarimana. Il est tout de même surprenant de constater que l'objet pour lequel l'instruction a été ouverte, c'est-à-dire la mort des pilotes français, est totalement absent des débats. Une telle constatation pousse à s'interroger sur les motivations de l'ouverture de l'enquête : le juge Bruguière mène-t-il son instruction sur la mort des pilotes ou sur l'histoire du génocide ? Dans cette dernière hypothèse, il outrepasserait sa compétence de juge d'instruction issu d'un pays, par ailleurs, accusé de complicité dans le génocide.

Voilà ce qu'on entend ou lit dans les médias français : « l'attentat qui coûta la vie à l'ancien président du Rwanda Juvénal Habyarimana», «élément déclencheur du génocide», «responsabilité présumée du FPR», «responsabilité présumée de la France», «recommandations du juge Bruguière»... De petites phrases toutes faites qui sonnent faux à l'oreille du rescapé que je suis. Elles ne disent rien de la réalité de ce que j'ai vécu et elles entraînent l'opinion française dans la confusion. Dans un raccourci historique trompeur, elles conduisent à penser que le FPR, étant responsable de l'attentat qui a déclenché le génocide, est en conséquence responsable du génocide lui-même. Argutie spécieuse à laquelle d'autres, comme Pierre Péan, ajoutent une troisième proposition selon laquelle le FPR est assimilable à l'ensemble de la population civile tutsi. Ce qui revient à conclure que les victimes sont les artisans de leur propre destruction! De tels syllogismes nauséabonds sont une insulte aux victimes et rescapés de ce génocide.

Les réalités de ce génocide ne se dévoilent pas dans les pages d'un dossier d'instruction portant sur l'attentat du 6 avril. Non, le génocide n'a pas commencé le 6 avril 1994 : mes souvenirs remontent au-delà. Je suis né et j'ai grandi au Rwanda, bien avant l'attaque du FPR d'octobre 1990. Je me suis toujours demandé pourquoi j'étais tutsi. Cette question lancinante ne se posait pas à moi par hasard. J'allais à l'école, comme n'importe quel enfant de mon âge, mais lorsque l'enseignant ordonnait que les Tutsis se lèvent séparément des Hutus, lorsque mes camarades me traitaient de «serpent» ou de «cafard», je me demandais ce que l'on nous reprochait, à nous, les Tutsis. Vous voulez que je vous parle de mon expérience ? Je peux continuer à vous en parler. Je peux vous parler de mes oncles pendus en 1973.

En 1992, j'avais treize ans, un de mes voisins avec lequel je vivais sans problème vint me dire : «Si demain on nous dit de commencer, je commencerai par toi.» Je lui demandai alors de quoi il parlait. Il me répondit que je faisais semblant de ne pas comprendre. J'ai insisté et il a fini par me dire : «Si on nous dit de commencer à tuer les Tutsis, je commencerai par toi.» A l'époque, je n'ai pas pris ces propos au sérieux.

Tout comme je n'ai pas relevé le caractère quasi prophétique des propos de ce paysan hutu. Celui-ci demande à son voisin, également hutu, de lui donner de la viande à crédit et lui promet qu'il le remboursera «le jour où on tuera les Tutsis». Il parlait des vaches qu'il comptait piller aux Tutsis...

Tous les jours, avec ma famille, nous entendions les appels au meurtre contre les Tutsis proférés par la sinistre Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM). Parfois même, les chansons racistes de Simon Bikindi (actuellement en jugement devant le TPIR) nous faisaient rire, chanter et danser, dans l'habitude insouciante de la haine que le gouvernement distillait contre nous.

Certes la situation s'est dégradée après le 6 avril 1994 et le génocide a pris un tournant décisif, mais l'identité des auteurs de l'attentat ne change pas la nature de notre extermination : le 8 avril 1994, je me suis réfugié avec ma famille dans le couvent des frères Joséphites, à Kigali, où deux milles personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards et nourrissons furent assassinés par les extrémistes hutus.

Pour moi, les révélations du juge Bruguière ne peuvent en aucune façon réécrire mon histoire. Elles doivent avant toute chose répondre au désir légitime de justice des familles des victimes françaises de l'attentat, auxquelles je témoigne par ailleurs ma sincère solidarité.

( Liberation.fr )

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25 avril 2007 : Quand certains tournent autour du pot, d'autres noient le poisson... En juin 1994, Paul Barril prétendit détenir la boîte noire du Falcon, "mascarade" très rapidement déjouée. Pourquoi cette mascarade puisque tout porte à croire dès le début que c'est le colonel de Saint-Quentin qui l'aurait récupérée le soir même de l'attentat sur le site de Massaka. Des révélations continuent à se faire jour allant dans ce sens...

« Seuls les Français ont pu arriver sur place »

par COLETTE BRAECKMAN (Le Soir, Bruxelles, mercredi 25 avril 2007)

Récit
Kigali, de notre envoyée spéciale
Alors que je me trouvais au bord de la piscine avec deux cousins, j'ai reconnu le bruit particulier du moteur du Falcon qui devait ramener mon père de Tanzanie. A travers les arbres, j'ai vu passer trois balles traçantes et l'avion s'est transformé en une boule de feu. » Interrogé par une radio libre de Kigali (Contact FM), Jean-Luc Habyarimana, le fils cadet du président assassiné, a la mémoire intacte. Pour lui, comme pour sa mère et sa soeur qui se trouvaient dans la maison, la surprise fut totale, même si, dit-il, « je savais que, le dimanche de Pâques, rendant visite à mon père à Gisenyi, le représentant du secrétaire général de l'Onu, M. Booh Booh, avait déclaré à mon père que Kagame songeait à l'éliminer ».
La surprise... C'est également ce que confirme le général Rwarakabije. Aujourd'hui chargé de la démobilisation et de la réinsertion des anciens militaires rentrés du Congo, il participait à l'époque au « comité de crise » mis sur pied par le colonel Bagosora dans les heures qui suivirent l'attentat : « Dans la nuit même, les officiers supérieurs se sont réunis à l'Ecole supérieure militaire. Nous avions tous été pris par surprise, y compris le colonel Bagosora, et nos opinions divergeaient sur la conduite à tenir : les trois quarts des officiers refusaient que l'armée prenne le pouvoir et voulaient s'en tenir à la Constitution, mais d'autres, comme Bagosora, avaient d'autres projets. »
Evoquant les premières minutes qui suivent la chute de l'avion, le général rappelle que « si la Mission des Nations unies au Rwanda gardait l'aéroport, toute la zone était protégée par le bataillon d'artillerie anti-aérien. Nos meilleures unités se trouvaient là et je ne vois pas comment une équipe de tireurs inconnus aurait pu s'infiltrer sur les lieux. Dès la chute de l'avion, la garde présidentielle s'est précipitée dans le jardin de la villa, et elle en a interdit l'accès à la Minuar. Seule une petite équipe de militaires français, dirigée par le colonel Grégoire de Saint Quentin, qui se trouvait tout près, a pu arriver sur place. Eux seuls pourraient dire ce qui s'est passé, parce que le colonel français a tout de suite ramassé des débris encore brûlants. Par la suite, les Forces armées rwandaises ont collecté plusieurs pièces, dont des douilles, et en mai, lorsque le lieutenant-colonel Rwabalinda s'est rendu en mission à Paris, il a remis tous ces objets au général Huchon, chef de la coopération militaire à l'Elysée ».
Autrement dit, si une boîte noire a jamais existé, c'est à Paris qu'elle se trouve encore. Rwarakabije insiste : « Le colonel de Saint Quentin doit s'expliquer et les Belges doivent dire pourquoi ils n'ont pas pu accéder à l'épave de l'avion. » Le colonel français ne risque pas de s'exprimer de sitôt: convoqué au tribunal pénal international d'Arusha, il est couvert par le « secret-défense » et protégé par l'Etat français...
Aujourd'hui vide, nettoyée, la résidence de l'ancien président attend d'être transformée en musée. La carcasse de l'avion a été hissée au dessus des murs et jetée dans un champ, négligemment surveillée par des militaires. Les morceaux du Falcon rouillent dans les herbes hautes, comme si jamais les débris de l'appareil n'avaient été examinés par des enquêteurs indépendants. Deux demandes ont cependant été formulées auprès de l'Organisation de l'aviation civile internationale, l'une par la Belgique, en réponse aux accusations portées contre les Casques bleus, et l'autre par le gouvernement rwandais, représenté par le ministre des Transports de l'époque Charles Murigande, mais elles avaient été classées sans suite. Aujourd'hui enfin, le gouvernement rwandais a décidé de nommer sa propre commission d'enquête, après que le juge Bruguière ait lancé des mandats d'arrêt internationaux contre le président Kagame et neuf de ses proches...
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2 juillet 2007 : le quotidien Le Monde publie une partie des archives de l'Elysée transmises au TAP, Tribunal des Armées, dans le cadre de 6 plaintes contre X (X désignant des soldats de l'armée française ayant participé à l'opération Turquoise entre juin et août 1994), déposées en février 2005 par des rescapés rwandais, plaintes pour complicité de génocide. Où sont donc passés les honorables correspondants de la DGSE au sein de la rédaction du Monde, qui maniaient la désinformation sans complexe, plumes dociles d'une pseudo-raison d'Etat ? François-Xavier Verschave et Jean-Paul Gouteux, s'ils étaient encore parmi nous, auraient peine à croire à cette "dé-colombanisation"...
Des archives de l'Elysée sur l'intervention au Rwanda ont été transmises à la justice

LE MONDE • Mis à jour le 02.07.07 | 11h11

Florence Michon, la juge d'instruction du Tribunal aux armées de Paris (TAP), a reçu par courrier un cédérom passionnant, mercredi 27 juin. Son contenu est une page d'histoire : il s'agit d'une grande partie des archives de l'Elysée sur le Rwanda.

Ces centaines de documents divers – télégrammes diplomatiques, notes des conseillers du président, procès-verbaux des conseils des ministres, etc. – avaient été entreposés à l'Institut François-Mitterrand.

Certains avaient été exploités en 1998 par la mission d'information parlementaire dirigée par Paul Quilès, d'autres, de façon partielle, par Pierre Péan dans son livre Noires fureurs, blancs menteurs (Mille et une nuits, 2005) qui visait à réhabiliter l'action de la France au Rwanda.

Ces documents – dont certains n'avaient encore jamais été rendus publics – ont été envoyés à Me Antoine Comte, l'un des avocats des rescapés tutsis du génocide qui ont déposé plainte au TAP contre l'armée française, en février 2005.

Une information judiciaire pour "complicité de crimes contre l'humanité" et "complicité de génocide", visant le rôle de l'armée lors de l'opération humanitaire Turquoise, entre le 22 juin et le 22 août 1994, a été ouverte en décembre 2005.

Remise en cause

Aujourd'hui, à la lumière des documents qu'il a transmis à la juge, Me Comte réclame les auditions des principaux responsables politiques et militaires qui y apparaissent.

Sont notamment cités dans la lettre que l'avocat a transmise au juge : Pierre Joxe, ministre de la défense, qui exprima des réserves sur l'engagement français en 1993, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères en 1994, et les principaux conseillers de François Mitterrand à l'Elysée : le spécialiste de l'Afrique Bruno Delaye, le chef d'état-major particulier, le général Christian Quesnot, le chargé de mission Dominique Pin, et le secrétaire général de l'Elysée, Hubert Védrine. L'avocat souhaite que soient aussi entendus Georges Martres, ambassadeur à Kigali (1989-1993), et son successeur Jean-Michel Marlaud (mai 1993-avril 1994).

Ces archives remettent en cause la version officielle de la France sur sa présence au Rwanda, déjà ébréchée par la mission d'information parlementaire. Cette version stipulait que la France avait eu pour seul objectif de pousser le gouvernement rwandais à ouvrir des négociations politiques avec les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), tout en poursuivant une coopération militaire classique.

"Il est patent que, tout au long de la période allant de 1993 jusqu'à l'attentat du 6 avril 1994 [contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana], la préoccupation centrale des autorités françaises est de soutenir inconditionnellement le président Habyarimana, même s'il fallait aller au-delà d'un appui indirect aux forces armées rwandaises", écrit Antoine Comte.

Plusieurs hauts responsables militaires français de l'époque ont été entendus ces derniers mois par la brigade criminelle, à Paris. Le général Jean-Claude Lafourcade, commandant de l'opération Turquoise, le lieutenant-colonel Jacques Hogard, commandant du groupement Ouest, et le colonel Patrice Sartre, chef du groupement Nord, n'ont guère varié dans leurs déclarations, par rapport à celles recueillies en 1998 par la mission d'information parlementaire, indique-t-on de source policière. Selon eux, la France peut s'enorgueillir de son action humanitaire lors de l'opération Turquoise, en 1994.

L'Etat français ne semble pas disposé à favoriser les investigations en cours. Le 13 février 2006, la juge Brigitte Reynaud, qui a précédé Florence Michon au TAP, avait signé une commission rogatoire internationale à destination du Rwanda. Elle demandait aux autorités de Kigali de lui fournir tous documents ou auditions "permettant d'identifier les régiments et services français présents au Rwanda en 1994" et d'autoriser une mission sur place des policiers français.

Pendant six mois, cette commission rogatoire est restée dans un tiroir du Quai d'Orsay, chargé de l'envoi. Le 24 novembre 2006, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France à la suite de l'émission de mandats d'arrêt contre des proches du président Paul Kagamé, dans l'enquête de Jean-Louis Bruguière sur l'attentat contre Juvénal Habyarimana.

Le 13 février, le ministère a retourné la commission rogatoire à la juge Michon, en soulignant que nulle entraide n'était désormais possible entre les deux pays. La magistrate a donc choisi de transmettre directement le document aux autorités rwandaises, mais elle a manifesté sa "plus profonde surprise" au sujet de l'inaction du Quai dans une lettre adressée au procureur du TAP.

Piotr Smolar

Génocide rwandais : ce que savait l'Elysée

LE MONDE • Mis à jour le 02.07.07 | 10h48

Il est question de massacres, de réfugiés et de soldats français en ce 29 juin 1994, dans la salle où se tient un conseil des ministres restreint autour de François Mitterrand. Il est question du Rwanda, où la France vient de lancer l'opération humanitaire "Turquoise". La machine génocidaire, lancée le 6avril et qui fera entre 700 000 et 900 000 morts, tourne encore.

"Historiquement, la situation a toujours été périlleuse, dit François Mitterrand lors de ce conseil. Avant l'assassinat du président Habyarimana [dans l'attentat du 6 avril], on ne m'avait pas signalé de drames à l'intérieur du pays."

C'est faux. A partir de la fin de l'année 1990, plus de trois ans avant le déclenchement du génocide, l'Elysée avait reçu des signaux d'alerte diplomatiques et militaires.

Des signaux aussitôt négligés, au nom d'une vision conservatrice façonnée par l'histoire coloniale de la politique africaine de la France. La preuve en est fournie par plusieurs volumes d'archives de l'Elysée transmis au tribunal aux armées, dont Le Monde a eu connaissance.

Ces archives dessinent bien une France "mithridatisée" à son sommet, c'est-à-dire accoutumée volontairement au poison, selon le mot de la mission parlementaire réunie en 1998.

Elles répondent à deux questions-clés : Que savait la France des préparatifs de l'entreprise génocidaire ? Quelle était la nature de la coopération militaire décidée par l'Elysée ?

13 octobre 1990

"Des groupes d'autodéfense armés d'arcs et de machettes"

La version officielle de l'Etat français a toujours été la suivante : la présence militaire au Rwanda, à partir du dernier trimestre 1990, avait pour but non pas de soutenir unilatéralement le régime d'Habyarimana, mais de le pousser à un partage du pouvoir, tout en empêchant l'avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, soutenu par l'Ouganda.

Le 3 octobre 1990, le régime rwandais sollicite l'appui de la France contre l'offensive conduite par le FPR. François Mitterrand décide de l'envoi d'une compagnie du 2e régiment étranger de parachutistes afin de protéger, voire d'évacuer, les Français sur place. Le détachement Noroit restera trois ans. Ses effectifs monteront jusqu'à 680 hommes, soit quatre compagnies.

Déjà, les prémices du génocide étaient visibles. En ce début octobre 1990, plusieurs milliers de personnes sont arrêtées arbitrairement dans la capitale; elles ont le tort d'être tutsies ou d'avoir des intérêts communs avec des Tutsis. La France fournit néanmoins des munitions en masse à l'armée régulière, les Forces armées rwandaises (FAR).

Le 12 octobre, le colonel Galinié, attaché de défense à Kigali, s'alarme dans un télégramme diplomatique de la multiplication de ces arrestations. "Il est à craindre que ce conflit finisse par dégénérer en guerre ethnique", ajoute-t-il.

Le lendemain, son supérieur, l'ambassadeur Georges Martres, précise : "Les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira." Les paysans, fidèles au régime, "participent de plus en plus à l'action militaire à travers des groupes d'autodéfense armés d'arcs et de machettes".

Février 1991

La France décide de "durcir le dispositif rwandais"

Et à l'Elysée ? On pense stratégie, front contre front. Il faut aider Habyarimana coûte que coûte et endiguer l'influence anglo-saxonne dans la région portée par l'Ouganda qui soutient la rébellion tutsie.

Une assistance militaire technique a été décidée. Ses effectifs seront portés à 80 conseillers, qui jouent un rôle actif dans la formation des forces armées rwandaises. Le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerce même la fonction de conseiller du chef d'état-major.

Le 30 janvier 1991, François Mitterrand suggère par écrit à son homologue rwandais plusieurs conditions à un règlement politique de la crise. Cette approche non contraignante est accompagnée d'un soutien militaire massif.

Le 3 février, l'amiral Jacques Lanxade, chef d'état-major des armées, soumet à François Mitterrand les différentes options envisagées, notamment l'envoi d'un détachement d'assistance militaire et d'instruction (DAMI) qui devrait "renforcer la coopération" et "durcir le dispositif rwandais".

Ces mesures, note le haut gradé, comportent le risque d'être interprétées par les autorités rwandaises comme un "soutien inconditionnel à leur politique". Le 21 mars, le DAMI est envoyé.

Mais la situation se dégrade. Le soutien français au régime n'apporte pas de résultats. "La guerre déstabilise et radicalise de plus en plus" le Rwanda, affirme même Paul Dijoud, le directeur des affaires africaines du Quai, dans une note du 11 mars 1992 qui appelle à un renforcement de l'appui de la France à Kigali. Les livraisons d'armes s'accélèrent.

19 janvier 1993

Le pouvoir de Kigali voudrait "procéder à un génocide systématique", écrit l'ambassadeur

Face à l'avancée de la rébellion, Juvénal Habyarimana est contraint d'envisager des négociations. La position de la France n'est guère aisée. Le 19 janvier 1993, l'ambassadeur Martres envoie un télégramme après sa rencontre avec Jean Carbonare, président du mouvement Survie et membre de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

Celle-ci est sur le point de publier un rapport accablant. Elle dispose, explique M. Martres, du témoignage d'un ancien membre des escadrons de la mort chargés des exactions, du nom de Janvier Afrika.

Selon ce dernier, le président rwandais aurait lui-même donné le signal de départ de massacres après une réunion avec ses collaborateurs. Il aurait intimé "l'ordre de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours de l'armée et en impliquant la population locale dans les assassinats", écrit l'ambassadeur.

Février 1993

"Exactions malheureuses commises par les extrémistes hutus", pour l'Elysée; "programme de purification ethnique ", selon la DGSE

Comme tout l'entourage du président Mitterrand, obsédé par la préservation de l'influence française dans la région, le diplomate Bruno Delaye décèle une autre urgence que ces alertes.

Dans une note du 15 février 1993, le conseiller Afrique de l'Elysée s'alarme du fait que le FPR est "en mesure de prendre Kigali", bénéficiant entre autres de la "complicité bienveillante du monde anglo-saxon" et d'un "excellent système de propagande qui s'appuie sur les exactions malheureuses commises par les extrémistes hutus".

La notion d'"exaction malheureuse" n'est pas développée. "Nous sommes aux limites de la stratégie indirecte d'appui aux forces armées rwandaises", note-t-il. Il faudra évacuer Kigali "à moins de devenir cobelligérants".

Les analyses provenant du terrain sont de plus en plus inquiétantes. Le 18 février, la DGSE signe une note sur les "véritables massacres ethniques" et les 300 morts dénombrés au cours des semaines précédentes. Une des explications avancées par le service extérieur français est glaciale : "Il s'agirait d'un élément d'un vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsis", fomenté au sommet de l'Etat.

Le lendemain, le général Christian Quesnot, chef d'état-major particulier de François Mitterrand, ainsi que le numéro 2 de la cellule Afrique de l'Elysée, Dominique Pin, présentent différentes options au président.

La première consiste à évacuer les Français et à retirer le dispositif Noroit. Les auteurs la rejettent aussitôt : "C'est l'échec de notre présence et de notre politique au Rwanda. Notre crédibilité sur le continent en souffrirait."

Dans une autre note, M. Pin assure que les massacres ethniques s'amplifieront si la rébellion prend Kigali; il faut donc accroître l'effort comme jamais.

La France lance l'opération "Chimère". "Du 20février au 20mars 1993, la présence militaire française au Rwanda a franchi un cap qu'elle n'aurait pas dû dépasser", résumera la mission parlementaire en 1998, qui soulignera les "nouvelles missions" des soldats français : "Les patrouilles, les contrôles de zone autour de la capitale et les vérifications d'identité aux points d'accès" de la capitale.

3 mars 1993

"Exiger une réorientation forte et immédiate des médias"

Cet engagement radical de la cellule de l'Elysée ne fait pas l'unanimité. Le malaise gagne les rangs du gouvernement. Dans une note au président du 26 février, Pierre Joxe, ministre de la défense, se dit "préoccupé" par la position française et estime que l'envoi de deux compagnies supplémentaires ne serait pas "la meilleure façon" d'amener le président rwandais à "faire les concessions nécessaires".

Mais autour de François Mitterrand, dans ce palais hermétique, on veut défendre une autre perspective et justifier, à tout prix, la politique française. Le 3 mars, pour renverser les charges, le général Quesnot propose au président d'incriminer la rébellion en exigeant "une réorientation forte et immédiate de l'information des médias [français] sur notre politique au Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l'homme du FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de population…".

Le 7 mars 1993, un accord est enfin trouvé entre les deux parties en conflit. Il prévoit un cessez-le-feu et le départ des deux compagnies françaises; il ouvre la voie aux négociations politiques, qui aboutiront aux accords d'Arusha, le 4 août.

La France, elle, est entrée en cohabitation. Le 2 avril, un conseil des ministres restreint a pour thème le Rwanda. La droite découvre un dossier sans issue. Le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, est tranchant. "Il y a des risques de massacres si nous partons et un risque de défiance africaine vis-à-vis de la France. Mais par contre, si nous renforçons nous nous enfonçons dans ce dossier. Nous ne pouvons pas partir."

Le premier ministre, Edouard Balladur, envisage d'envoyer 1000 hommes de plus. François Mitterrand est d'accord et théorise : "La règle est qu'il n'y a d'intervention française que s'il y a agression extérieure et non pas s'il y a un conflit tribal. Ici, c'est mélangé, car il y a le problème tutsi."

Après un an de négociations infructueuses, les accords d'Arusha sont enfin signés. Ils prévoient le partage du pouvoir et des élections dans les vingt-deux mois à venir. Une force internationale neutre, sous égide des Nations unies, doit être mise en place. Le 15 décembre 1993, la présence française retrouve son niveau du 1er octobre 1990, soit 24 assistants militaires. Pourtant, rien n'est réglé.

12 janvier 1994

"Eliminer 1000 d'entre eux dès la première heure"

Dans un télégramme diplomatique du 12 janvier, l'ambassadeur à Kigali rapporte les confidences d'un informateur du représentant des Nations unies. Celui-ci a livré les détails "graves et plausibles" d'un plan de déstabilisation radicale du pays. Il commencerait par des provocations contre les troupes du FPR à Kigali, pour susciter une riposte.

"Les victimes rwandaises que ne manqueraient pas de provoquer ces réactions seraient alors le prétexte à l'élimination physique des Tutsis de la capitale, explique le diplomate. Selon l'informateur de la Minuar, 1700 Interhamwe [membres des milices populaires] auraient reçu une formation militaire et des armes pour cela, avec la complicité du chef d'état-major FAR. La localisation précise des éléments tutsis de la population de Kigali devrait en outre permettre d'éliminer 1000 d'entre eux dans la première heure après le déclenchement des troubles."

Trois mois plus tard, le 6 avril, un missile abat l'avion transportant le président Juvénal Habyarimana. En quelques heures, la machine génocidaire se met en marche comme prévu.

"Matignon et le Quai d'Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise, qui risque d'être très meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne", écrit Bruno Delaye à François Mitterrand, le lendemain de l'attentat. La priorité est l'évacuation des Français. Elle s'effectue en quelques jours. La communauté internationale est paralysée et aphone.

L'ambassadeur de France au Rwanda, Jean-Michel Marlaud, lui, à l'instar de la cellule de l'Elysée, refuse d'accabler seulement les Hutus : "Tant qu'ils auront le sentiment que le FPR essaie de prendre le pouvoir, [ils] réagiront par des massacres ethniques", écrit-il le 25 avril.

Le génocide est donc présenté comme une réaction spontanée, et non un plan. Trois jours plus tard, Bruno Delaye reconnaît que les massacres se déroulent "avec une ampleur horrifiante : de l'ordre de 100 000 morts, selon les responsables du CICR (…). Les milices hutues, armées de grenades et de machettes, massacrent les Tutsis qui n'ont pas pu trouver refuge dans la zone FPR ou bénéficier de la protection de la Minuar".

6 mai 1994

Vers "un Tutsiland avec l'aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels"

La ligne française demeure marquée par ses pesanteurs historiques, quitte à nier la réalité. Le 6 mai, le général Quesnot résume le danger d'une victoire militaire éventuelle du FPR, sa hantise. "Le président [ougandais] Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un Tutsiland avec l'aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d'un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d'Etat."

Quatre jours plus tard, à la télévision, François Mitterrand résume la prudence française en une phrase : "Nous ne sommes pas destinés à faire la guerre partout, même lorsque c'est l'horreur qui nous prend au visage." Pourtant, la prise de conscience internationale commence à s'opérer. Le 17 mai, à la demande de la France, une résolution de l'ONU est adoptée, imposant la création de zones humanitaires sûres et un embargo sur les armes. Le lendemain, en conseil des ministres, Alain Juppé brave l'interdit : "Au Rwanda, le mot de génocide n'est pas trop fort."

Mais à l'Elysée, l'entourage de François Mitterrand s'accroche à ses présupposés. Le 24mai, le général Quesnot s'alarme une nouvelle fois des ambitions du FPR. "L'arrivée au pouvoir dans la région d'une minorité dont les buts et l'organisation ne sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage d'instabilité régionale." Dans les conversations informelles à l'Elysée, le général parle des "Khmers noirs" de Kagamé.

21 juin 1994

"Le passé est le passé"

La pression diplomatique monte, face à l'ampleur des massacres. Les ONG mettent en cause la France. Le 19 juin, l'Elysée publie même un communiqué exceptionnel, pour dénoncer les "procès sommaires" qui lui sont faits. Les médias n'auraient rien compris : la France serait au contraire à louer pour son engagement.

L'opération humanitaire "Turquoise" est lancée; elle va durer jusqu'au 22 août. "Toute cette mission doit être présentée comme une étape nouvelle de notre politique : le passé est le passé ", écrit Bruno Delaye le 21juin.

Mais il est difficile d'imposer l'idée d'une virginité en matière de politique africaine, après plus de trois ans d'étroite coopération avec Kigali. Au cours d'une réunion avec des représentants du FPR, le 22 juin, Philippe Baudillon, conseiller à Matignon, assure que le gouvernement de droite a développé une nouvelle approche vis-à-vis du continent.

Il souligne la volonté d'Edouard Balladur d'établir des "relations claires" avec les pays africains, rapporte Bruno Delaye dans une note au président. "Votre interprétation des intentions françaises au Rwanda n'est pas la bonne, aurait dit le conseiller du premier ministre à ses interlocuteurs du FPR. Elle est en contradiction avec ce qui s'est fait depuis un an." François Mitterrand enrage à cette lecture et ajoute à la main : "Inadmissible. Protester à Matignon."

Le 14juillet, le président parle à la télévision à l'occasion de sa dernière fête nationale en pleine lumière. François Mitterrand livre, une nouvelle fois, sa version de l'histoire. "Les Français sont partis plusieurs mois avant le déclenchement de ce génocide qui a suivi l'assassinat des présidents du Rwanda et du Burundi. A ce moment-là, on nous a suppliés de revenir en nous disant : Sauvez les casques bleus, ramenez les Français, les Belges, les étrangers qui se trouvent au Rwanda , ce que nous avons fait. (…) Nous avons sauvé des dizaines, des milliers de gens, de pauvres gens qui avaient déjà supporté beaucoup de souffrances."

Piotr Smolar

Libération, mardi 3 juillet 2007 réagissant aux révélations du Monde…

Le Rwanda revient hanter la France

/…/ «Il n’y a rien de nouveau dans ces documents, réagit le socialiste Paul Quilès, qui a dirigé la mission d’information. C’est la vieille thèse de Mitterrand complice du génocide ! Pourquoi, dans ce cas, la France aurait-elle pesé en faveur des accords d’Arusha?» Selon le chercheur Olivier Lanotte (1), «ces documents prouvent une chose : très tôt, les infos du terrain sont remontées jusqu’à l’Elysée».

(1) Auteur de La France au Rwanda (1990-1994), Éd. P.I.E. Peter Lang (Bruxelles)

Thomas Hofnung

Point de vue du quotidien belge Le SOIR, mardi 03 juillet 2007…

Rwanda, le silence de la France

Silence assourdissant dans la classe politique française après la publication par « Le Monde » de documents éclairants.

Contrairement à ce qu'affirmait François Mitterrand en 1994, la France, qui entretenait une coopération militaire très étroite avec le Rwanda, était bien au courant des dangereuses dérives à tendance génocidaires du régime du président Habyarimana. Des documents publiés ce lundi par Le Monde apportent de nouvelles preuves.

Mais au lendemain de ces révélations, le silence est assez assourdissant, tant sur le plan médiatique que politique. Le Figaro n'a publié qu'une brève sur le sujet, et Libération y consacre un article de longueur moyenne dans lequel le socialiste Paul Quilès, qui avait en 1998 dirigé une mission parlementaire d'information sur ce sujet, ironise : « Il n'y a rien de nouveau dans ces documents. C'est la vieille thèse de Mitterrand complice du génocide ! Pourquoi dans ce cas la France aurait-elle pesé en faveur des accords d'Arusha ? »

A l'origine de la publication de ces archives de l'Elysée, les avocats de survivants du génocide rwandais réclament maintenant que la justice auditionne les anciens ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Alain Juppé et Pierre Joxe, mais aussi l'ancien secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand, Hubert Védrine.

Nous avons tenté d'obtenir leur réaction, en vain. Pas de commentaire. Chez Pierre Joxe, on prend la peine de nous renvoyer à sa communication du 9 juin 1998 devant la mission parlementaire. Et au bureau d'Hubert Védrine, qui vient d'accepter une mission pour le président Sarkozy, on évoque un agenda très chargé. Quant à Pierre Péan, qui dans son récent ouvrage "Noires fureurs, blancs menteurs, Rwanda 1990-1994 ", avait défendu le rôle de la France à cette époque, il nous a répondu « n'avoir aucun commentaire à faire. Je me suis pris assez de tartes sur la figure, je laisse maintenant les politiques répondre... »

Une question a cependant été posée mardi pendant le point de presse quotidien organisé par le Quai d'Orsay. Le porte-parole des Affaires étrangères françaises y a répondu de façon laconique : « Nous avons pris connaissance de l'article du Monde faisant état de documents officiels relatifs à la politique de la France au Rwanda, entre 1990 et 1999. Nous n'avons pas eu accès aux documents auxquels il se réfère. Je n'ai pas de commentaire à faire sur leur contenu ou sur l'interprétation qui a été donnée par le journal. Pour le reste, tout ce qui concerne les procédures judiciaires ne peut faire l'objet de commentaires de notre part. Il y a eu une commission parlementaire présidée par M. Quilès qui a rédigé un rapport. Nous avons donné dans ce cadre l'ensemble des précisions demandées. Je vous invite à consulter ce rapport. » Circulez, y a rien à voir

Kiesel Véronique

Est-il étonnant que lors de ce point presse au Quai d'Orsay, l'actuel Ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner nous ait dispensé de son jugement à propos de la politique française avant et pendant le génocide, lui qui en la matière, eut l'occasion de peser, ou de croire peser, sur les décisions arbitraires de François Mitterrand ?...

…A lire aussi, bien évidemment, le communiqué de la Commission d'Enquête Citoyenne du 5 juillet 2007.

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20 novembre 2008: parmi les 9 mandats d'arrêt internationaux émis par le juge Bruguière en novembre 2006 à l'encontre de proches du Président Kagame pour leur participation présumée à l'attentat du 6 avril 1994, figurait celui de Rose Kabuye, chef du protocole présidentiel rwandais. Arrêtée en Allemagne le 9 novembre, et remise depuis à la justice française, puis entendue et remise en liberté avec assignation à résidence, Rose Kabuye a peu à craindre d'un dossier fragile monté avec entêtement par le Juge Bruguière, et prêt à s'effondrer : le témoin principal Abdul Ruzibiza, ancien membre des FPR ayant prétendu avoir assisté aux réunions préparatoires de l'attentat avec Paul Kagame et ses proches, vient de se rétracter. Procédure oblige, le "sacrifice" de Rose Kabuye permet en fait aux rwandais d'avoir enfin accès au dossier et d'examiner les charges qui pèsent sur elle et ses 8 compatriotes...

"...Par ailleurs, Kigali a contre-attaqué. En août dernier, une commission d'enquête rwandaise a accusé nommément 33 dirigeants politiques et responsables militaires français de l'époque d'avoir "participé" au génocide. Parmi les 13 dirigeants politiques incriminés figurent notamment le président français à l'époque des faits, François Mitterrand, le Premier ministre Edouard Baladur, le Ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé, son directeur de cabinet Dominique de Villepin ou encore le secrétaire général de l'Elysée Hubert Védrine.

Pour compliquer l'affaire, 10 officiers français de haut rang mis en cause dans le rapport rwandais ont porté plainte contre X en diffamation à Paris. Et ils ont reçu l'appui du Ministère de la Défense.

En revanche, la France, qui abrite plusieurs inculpés du génocide rwandais, se hâte très lentement pour les arrêter et les juger. A tel point qu'elle a été condamnée en 2004 par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour la lenteur de sa justice." (Nouvel Observateur 20-26 novembre 2008 - Jean-Baptiste Naudet)

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Mars 2009: Abdul Ruzibiza confirme ses rétractations. Il affirme avoir menti au Juge Bruguière: il n'était pas sur les lieux de l'attentat le 6 avril 1994, mais à une centaine de kilomètres de Kigali. Il n'a participé à aucune réunion préparatoire de l'attentat, ni au supposé commando qui a tiré les 2 missiles sur l'avion du président Habyarimana. Il était simple infirmier dans l'armée rebelle du FPR.

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retour sur Avril 2009: à l'époque, les révélations qui suivent n'avaient pas choqué les membres de la Mission : une note sur les conditions d'execution de l'Opération Amarylis avait été citée en 1998 (source alors non précisée) dans le rapport de la mission d'information parlementaire sur le Rwanda. Elle laissait à penser que l'armée française n'avait rien fait pour arrêter les massacres, et que celle-ci avait sciemment dissimulé aux médias le filtrage limitant aux seuls étrangers l'accès aux centres de regroupement sur le territoire du Rwanda.

OPERATION AMARYLIS. La non interposition face aux massacres. A la critique d’une opération de soutien militaire déguisée en opération humanitaire, s’ajoute celle, diamétralement opposée, d’une opération trop exclusivement humanitaire qui aurait dû être une opération militaire d’interposition. Ce regret a notamment été exprimé devant la Mission par Mme Alison Des Forges, qui a considéré qu’il aurait été possible d’arrêter le génocide dès son commencement car les génocidaires étaient en nombre limité dans une structure très centralisée. Elle a rappelé que le Général Christian Quesnot avait, lui aussi, estimé devant la Mission que la réunion des forces d’évacuation et des forces de la MINUAR aurait permis d’arrêter les tueries. Elle a cependant reconnu que “ le Général Roméo Dallaire n’était pas enthousiaste à l’idée d’une force conjointe avec les forces d’évacuation, estimant que, logistiquement, elle serait difficile à mettre en oeuvre ”. Mme Alison Des Forges a aussi précisé qu’avec 1 800 hommes supplémentaires, le Général Roméo Dallaire pensait pouvoir agir avec la MINUAR. Il faut toutefois se souvenir que le FPR était présent dans Kigali au moment du déclenchement des massacres, avec un bataillon de 600 à 700 hommes, soit largement autant que la totalité des forces d’Amaryllis. La première réaction des représentants du FPR, le 7 avril, fut d’aller demander au Général Roméo Dallaire de quelles instructions il disposait pour intervenir, puis de constater que cette carence des Nations Unies l’autorisait à engager l’action militaire pour sauver les Tutsis des massacres en donnant à ses troupes basées à Mulindi l’ordre de faire mouvement. Cette analyse a été très clairement exposée aux deux rapporteurs lors de leur déplacement à Kigali par M. Jacques Bihozagara. Pour autant, en application des accords d’Arusha, le bataillon du FPR basé à Kigali ne s’est pas non plus interposé entre le 6 et le 10 avril pour neutraliser les auteurs des massacres. Les militaires français ont, quant à eux, exécuté les missions d’évacuation des ressortissants français et étrangers qui leur avaient été assignées, respectant strictement les ordres d’opérations. Les documents recueillis par la Mission concernant les conditions d’exécution de l’opération Amaryllis indiquent, s’agissant des rapports entretenus avec la presse, que les médias ont été très présents dès le deuxième jour de l’opération. Ils précisent que le COMOPS a facilité leur travail en leur faisant deux points de presse quotidiens et en les aidant dans leurs déplacements, mais avec un souci permanent de ne pas leur montrer des soldats français limitant aux seuls étrangers l’accès aux centres de regroupement sur le territoire du Rwanda ou n’intervenant pas pour faire cesser des massacres dont ils étaient les témoins proches (p.279-280 de la version PDF / Rapport de la Mission d'Information Parlementaire sur le Rwanda).

On sait aujourd'hui que cette note datée du 27avril 1994 avait été rédigée par le Colonel Poncet commandant de l'Opération Amarylis, à l'attention du chef d'Etat-Major des Armées, l'Amiral Lanxade. Dans la semaine du jeudi 9 avril 2009, le Nouvel Observateur publie cette note, s'amusant d'une probable bourde de la Direction Centrale du Renseignement intérieur...

La note qui accuse la France

Un document interne montre que l'armée française, loin d'empêcher le génocide de 1994, avait cherché à cacher aux médias sa passivité devant le drame.

Est-ce l'art de se tirer une balle dans le pied ? Ce sont les services secrets français eux-mêmes qui ont donné un large écho et surtout involontairement authentifié un document classé confidentiel-défense qui cache un terrible secret d'Etat. Grâce à l'acharnement de la DCRI (Direction centrale du Renseignement intérieur, issue de la fusion de la DST et des RG) à vouloir faire taire les journalistes et les ONG qui s'intéressent au rôle de la France dans le génocide au Rwanda et qui ont divulgué ce document, on sait désormais que le rapport Poncet, publié depuis quelques mois sur plusieurs sites in ternet, est authentique. Que révèle de si gênant ce texte rédigé le 27 avril 1994, au Rwanda même, par le colonel Henri Poncet, alors commandant de l'opération Amaryllis, à l'attention du chef d'état-major des armées ? Que, lors de cette opération d'évacuation des ressortissants étrangers du Rwanda, le commandement contrôlait les médias «avec un souci permanent de ne pas leur montrer des soldats français limitant l'accès aux centres de regroupement aux seuls étrangers [...] ou n'intervenant pas pour faire cesser les massacres dont ils étaient les témoins proches». Le droit international imposait pourtant de ne pas laisser faire les génocidaires. On ignorait jusqu'ici s'il s'agissait d'un compte rendu d'opération authentique ou d'un faux. Le zèle maladroit de la DCRI vient de trancher.

Le 5 janvier 2009, Serge Farnel, journaliste indépendant qui travaille pour l'Agence rwandaise d'Information (organisme privé), est convoqué au siège de la DCRI, à Levallois-Perret. Il est l'un des premiers à avoir fait état dans un article de l'existence de la «note Poncet». Accusé d'avoir violé le confidentiel-défense, il sera interrogé pendant près de cinq heures sur sa vie privée, son compte en banque, etc. Mais les enquêteurs s'intéressent surtout à ses sources. «Je leur ai répondu que j'avais trouvé le document quelque part sur internet, que je ne me rappelais plus où», raconte Serge Farnel. Il est relâché après avoir promis de détruire la note s'il en possédait une copie.

Le 14 janvier 2009, c'est Emmanuel Cattier qui est convoqué par la DCRI. Animateur du site web de la Commission d'Enquête citoyenne sur le rôle de la France au Rwanda, il a mis en ligne la note Poncet. Il est interrogé près de quatre heures au siège de la police à Strasbourg, où il habite. «Ils m'ont menacé des pires ennuis juridiques, d'une perquisition sauvage si je maintenais ce document sur mon site», raconte-t-il. Quatre policiers le raccompagnent pour vérifier qu'il efface bien le document sur son site et de son disque dur. Raté. Car de nombreux sites internet consacrés au génocide au Rwanda défient la censure et diffusent toujours le document. Réalisant sans doute, mais un peu tard, qu'elle faisait plus de tort que de bien au confidentiel-défense, la DCRI semble avoir renoncé à faire taire ceux qui dénoncent la passivité de la France dans cet épisode du génocide au Rwanda.

Ironie de l'histoire, le contenu de la note Poncet avait été cité dès 1998, sans en préciser la source, dans le rapport de la mission d'information sur le Rwanda. Mais ces informations accablantes étaient passées assez inaperçues. Ce n'est plus le cas.

Jean-Baptiste Naudet / LE NOUVEL OBSERVATEUR

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Avril 2009 encore : à propos de la pseudo-boîte noire baladeuse du Falcon présidentiel abattu le 6 avril 1994 à Kigali...

Le prétendu mystère de la boîte noire du génocide rwandais

Citations d'un article de Patrick de Saint Exupéry paru dans l'édition du 9 avril 2009 du Monde.

C'est l'histoire d'une boîte noire, un coffret orange et métallique de la taille d'une grosse boîte à chaussures. Les avions de ligne commerciaux sont équipés de telles boîtes, identifiées par des numéros rivés au métal. Conçues pour enregistrer données du vol et conversations du cockpit, elles sont utiles en cas d'accident /...

.../ Elle apparaît pour la première fois sur la scène au moment où les troupes françaises engagées dans l'opération « Turquoise » se déploient au Rwanda, alors que le génocide continue. D'un coup, elle est tirée du chapeau par l'ancien gendarme de l'Elysée Paul Barril. Le 28 juin 1994, celui-ci assure être entré en possession de la boîte noire du Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana, abattu trois mois auparavant. Cet attentat avait donné le signal du génocide. Paul Barril déclare tenir « à la disposition des instances internationales » cette boîte noire supposée enfermer une « énigme » à même de livrer les clés du génocide /... .../ Le Monde explique dès le 8 juillet 1994 que la boîte noire présentée par Paul Barril « n'était pas la boîte noire ». Fin du premier chapitre /...

.../ Le 10 mars 2004, Le Monde annonce que « la boîte noire du Falcon aurait été transférée, il y a dix ans, au siège de l'ONU, à New York ». Il précise que « selon le juge Bruguière, les Nations unies font obstruction à l'enquête sur l'attentat du 6 avril 1994 ». La mise en accusation et les sous-entendus sont clairs : l'ONU a conservé par-devers elle une « pièce à conviction » essentielle /... .../ Une fois de plus, la révélation est invalidée une dizaine de jours plus tard. « Un premier examen de la boîte noire retrouvée, la semaine dernière, au siège des Nations unies, à New York, n'a rien révélé qui permettrait d'établir qu'elle provient du Falcon 50 abattu le 6 avril 1994 », doit constater Le Monde. La bande a été écoutée, elle contient des extraits de conversation entre la tour de contrôle et un appareil sur le tarmac de Kigali, et n'a livré aucun élément. On apprendra par la suite qu'il s'agissait d'un montage. Fin de la deuxième vie de la boîte noire.

Reste pourtant un troisième chapitre /.../ Il débute très exactement à la cote 6 798 de l'instruction du juge Bruguière. Le 31 mars 2004, un représentant officiel de Dassault reconnaît que l'avion du président rwandais n'était pas équipé d'une boîte noire. Le 1er juillet suivant, le rapport définitif d'enquête de l'ONU sur la boîte noire découverte à New York est versé à l'instruction. Il y est établi que juste après l'attentat, à 2h45, le 7 avril, la mission militaire française au Rwanda a reçu l'autorisation de Paris de procéder à une enquête sur le crash. Il est également établi que l'accès est refusé à l'ONU jusqu'au 21 mai. Il est précisé que la boîte noire de New York a été trouvée par l'ONU le 27 mai 1994, abandonnée à proximité du crash. En conclusion, l'ONU confirme que la boîte noire n'est pas celle du Falcon. Le juge Bruguière est néanmoins obligé d'aller jusqu'au bout de l'enquête. Le 29 novembre 2004, il interroge un officiel d'Air France. Celui-ci, sur déposition, affirme que la boîte noire découverte dix ans plus tard dans un placard de l'ONU, est celle d'un Concorde ! Plus précisément, le Concorde 209 d'Air France, immatriculé F-BVFC. Une fiche de maintenance établie à la dépose du Concorde d'Air France atteste formellement de son origine. Un mois plus tard, un deuxième responsable d'Air France confirme. Le juge Bruguière interrompt là son investigation. Sans chercher à comprendre cet enchaînement stupéfiant de faits.

Comment la boîte noire d'un Concorde d'Air France, retrouvée « par hasard » en mai 1994 dans l'herbe à Kigali, puis dix ans plus tard sur une étagère new-yorkaise de l'ONU, peut-elle être présentée comme l'élément décisif supposé prétendre résoudre l'énigme posée par un génocide ? /... / Il n'est pas donné à tout le monde de disposer d'une boîte noire de Concorde. Il n'est pas facile de faire un montage quelque peu crédible de la bande sonore de cette boîte. Ni de la déposer dans l'herbe à Kigali après l'attentat du 6 avril 1994, alors que la ville est à feu et à sang. Il est encore plus difficile de suivre dans le détail le parcours de cette boîte jusqu'au siège new-yorkais des Nations unies. Il est enfin très rude de faire fuiter l'information au bon moment, c'est-à-dire au moment du scandale utile, quand il faudra provoquer l'emballement médiatique et une opportune confusion.

L'histoire de la boîte noire du génocide ne dit rien, bien évidemment, sur le génocide. En revanche, elle dit tout de ce qu'on a voulu lui faire raconter. Qui ? Pourquoi ? La réponse à ces questions se trouve à un endroit, un seul : Paris.

Patrick de Saint-Exupéry

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Décembre 2009 - Retour sur un attentat, le dossier qui accuse les extrémistes Hutu. La revue Continental n°87 a pu consulter en exclusivité le rapport du comité d'experts rwandais chargé d'enquêter sur l'attentat du 6 avril 1994. Par le nombre de témoignages recueillis auprès d'anciens militaires du régime Habyarimana, cette enquête contribue à étayer une thèse diamétralement opposée à celle soutenue depuis dix ans par le juge français Jean-Louis Bruguière. Une piste qui ne mène pas à Kigali, mais bien à Arusha [ndlr donc chez les auteurs du génocide].

2010 - Le rapport rwandais sur l'attentat . Depuis 2007 une commission enquête sur l'attentat au Rwanda. La sortie de son rapport est repoussée vraisemblablement à cause de l'arrestation de Rose Kabuye. Après la levée du contrôle judiciaire de Rose Kabuye, les premières informations filtrent en décembre 2009. Ce rapport est disponible sur le site de la commission d'enquête citoyenne dans sa page qui rassemble la quasi totalité des rapports concernant le génocide au Rwanda. On l'appelle désormais, Rapport Mutsinzi...

La vérité sur l’assassinat d’Habyarimana

BRAECKMAN,COLETTE

Jeudi 7 janvier 2010

Qui a abattu l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994? La question ne revêt pas qu’un intérêt historique, puisque cet attentat a déclenché le génocide où périrent 800.000 personnes, principalement des Tutsis, selon les estimations de l’ONU. Par Colette Braeckman

Alors que neuf hauts dirigeants rwandais sont toujours inculpés par le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, l’affaire, qui a longtemps empoisonné les relations entre Paris et Kigali, va connaître de nouveaux développements. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères français et artisan de la normalisation des relations avec le Rwanda, débarque ce jeudi à Kigali pour consolider le réchauffement diplomatique en cours entre les deux pays.

Surtout, les juges d’instruction français qui ont succédé à Jean-Louis Bruguière vont recevoir un rapport de 200 pages contenant les résultats de l’enquête menée depuis 2007, à l’initiative des autorités rwandaises, par sept enquêteurs dirigés par Jean Mutsinzi, président de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et ancien président de la Cour suprême du Rwanda. Ce document devrait, selon les autorités de Kigali, inciter les magistrats français à reprendre l’enquête.

Durant longtemps, le Rwanda s’est montré peu curieux sur les circonstances de l’attentat, tout en réclamant une enquête de l’Organisation internationale de l’aviation civile, tandis que l’ONU assurait n’avoir pas de budget pour réaliser la sienne. Au moment des faits, les témoignages mettaient en cause les extrémistes hutus, auteurs du génocide. Par la suite, les accusations bifurquèrent sur Paul Kagame, le chef du Front patriotique rwandais (FPR). Selon cette thèse, il aurait, tout en sachant les préparatifs du génocide, déclenché cyniquement le processus pour prendre le pouvoir, qu’il détient toujours.

Le caractère explosif de ces accusations a finalement amené les autorités rwandaises à mener leurs propres investigations. Si leur rapport, dont nous avons eu connaissance, est plus sujet à caution qu’une enquête internationale indépendante, il n’en représente pas moins une contribution incontournable. En effet, les enquêteurs ont consulté les archives des différents services de l’Etat et de l’armée et auditionné 557 témoins militaires et civils. Leurs récits, qui n’avaient pas été recueillis jusqu’ici, ont été mis en parallèle avec d’autres informations de première main rassemblées par les Belges au lendemain de l’événement. Le rapport prend le contre-pied de la version française selon laquelle le FPR aurait, lui, été doté de missiles mais ne se prononce pas de manière précise sur les auteurs présumés des tirs.

La version que nous avons lue ne met pas en cause d’éventuels intervenants français. Ignorance réelle ou omission diplomatique? Le document se limite à affirmer que des «hommes blancs» se trouvaient sur la colline de Masaka et que, sur cette route, au km 19, des militaires français étaient en observation. Le document examine encore les hypothèses formulées à propos de l’enregistreur de voix se trouvant dans l’avion. Il apparaît que le Falcon 50 était bien équipé d’une «boîte noire» et que ce sont des officiers français qui la recueillirent sur l’épave immédiatement après le crash, alors même que les officiers belges étaient tenus à distance.

La version rwandaise des faits conclut à la responsabilité du colonel Théoneste Bagosora et des FAR dans l’attentat. Elle relancera certainement controverses et questions mais représente, à ce jour, la synthèse la plus complète des événements.

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11 septembre 2010: une équipe de 17 enquêteurs français, conduite par les juges Trévidic et sa collègue Natahlie Poux, arrivent à Kigali

 Des juges français enquêtent sur le crash au Rwanda de 1994 par Hereward Holland, KIGALI (Reuters) -

Seize ans après l'attentat déclencheur du génocide rwandais, de la mousse et des oiseaux se nichent dans la carcasse du Falcon 50 de l'ancien président rwandais hutu Juvenal Habyarimana. Depuis le 6 avril 1994, les vestiges de l'avion sont restés là où ils étaient retombés après l'attentat qui a cristallisé les tensions entre la France et le Rwanda. Les relations diplomatiques entre Kigali et Paris ont été rompues en 2006 lorsque le juge Jean-Louis Bruguière a lancé des mandats d'arrêt contre neuf proches de Paul Kagame dans le cadre de l'enquête. Kagame, l'actuel président tutsi du Rwanda, a accusé le gouvernement de François Mitterrand d'avoir entraîné et formé les milices hutues qui ont tué 800.000 personnes en 100 jours après l'attaque de l'avion. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rétablies l'année dernière et une équipe d'enquêteurs français se trouve actuellement au Rwanda pour réexaminer une dizaine de témoignages afin de déterminer l'origine exact des tirs. Une enquête du gouvernement rwandais publiée en 2010 accuse des extrémistes évoluant dans le cercle restreint d'Habyarimana d'avoir abattu l'avion afin de saborder un accord sur la répartition du pouvoir. "Nous avons demandé que des experts viennent au Rwanda. C'est important de connaître la vérité de cette histoire", a dit Lef Forster, avocat d'une proche de Kagamé, Rose Kabuye. Kabuye, visée par une mandat d'arrêt d'Interpol, a été arrêtée en Allemagne avant d'être libérée et de revenir au Rwanda. "Depuis des années, tout a été fait pour prouver leur culpabilité et rien n'a été fait pour trouver les vrais responsables de l'accident", a déploré Forster dans une mission catholique située à 14km de Kigali où un témoin des Nations unies affirme avoir vu la trajectoire des missiles.Derrière Forster, l'un des enquêteurs scrute avec des jumelles la piste d'atterrissage de l'aéroport tandis que des experts géomètres utilisent des cartes et du matériel pour confirmer l'origine des missiles.

Enquête indépendante

Selon l'enquête rwandaise, connue sous le nom de rapport Mutsinzi, les Forces armées rwandaises (FAR) hutues se trouvaient dans les baraquements de Kanombe situés à proximité de l'aéroport. "L'assassinat du président rwandais Habyarimana est l'oeuvre des extrémistes hutus conscients que la mort de leur propre leader allait torpiller l'accord de partage de pouvoir connu sous le nom des accords d'Arusha", indique le rapport. Le rapport du juge français Jean-Louis Bruguière de 2006 impute pour sa part la responsabilité de l'attentat à Kagame désireux selon lui de provoquer des représailles entre Tutsis et Hutus.Le ministre de la Justice Tharcisse Karugarama a indiqué que la nouvelle enquête des juges français aurait dû être réalisée beaucoup plus tôt. S'il croit au contenu du rapport Mutsinzi, Karugarama estime qu'une enquête indépendante va apporter de la crédibilité aux découvertes rwandaises."Nous avons maintenant une enquête judiciaire menée par un juge qui n'est pas rwandais donc les résultats devraient avoir plus de poids en terme d'interprétation politique que le rapport Mutsinzi", a-t-il dit à Reuters. Les juges français Marc Trévidic et Nathalie Poux sont accompagnés de cinq experts, d'un magistrat du parquet, de deux policiers, des avocats des neuf proches de Kagame. Selon le procureur de la République Xavier-Rolai présent au Rwanda, le rapport de l'enquête pourrait être terminé d'ici mars 2011. Marine Pennetier pour le service français (Source : reuters.com - 19/09/2010 - 09:31)

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22 septembre 2010: Mort d'Abdul Ruzibiza, apparemment d'une maladie du foie. En juin 2010, Marc Trevidic nouveau juge chargé du dossier, s'était rendu en Norvège pour entendre Ruzibiza.

10 janvier 2012 : Le rapport d'expertise ballistique sur le crash de l'avion présidentiel commandé par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux "fuite" avant l'heure...

INFO OBS. Rwanda : révélations sur l'attentat qui a été le signal du génocide (10/01/2012 à 10h01, mis à jour le 11/01/2012 à 16h41) Par Christophe Boltanski L'attaque de l'avion qui a coûté la vie au président Habyarimana pourrait ne pas avoir été commise par les tutsis.

Quand le président rwandais, Juvénal Habyarimana, décolle de Tanzanie, le 6 avril 1994, il fait déjà nuit. Du fait de l'heure tardive et de l'insécurité qui règne dans son pays, son équipage français a tenté de le convaincre d'attendre le lendemain pour repartir. En vain. Le dirigeant hutu est pressé de quitter le sommet de Dar es-Salaam où, sous la pression, il a dû promettre d'appliquer enfin l'accord de paix prévoyant le partage du pouvoir avec la rébellion tutsie. Il doit aussi ramener chez-lui son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, également présent à la réunion. A 20 heures 21, le Falcon annonce son approche à la tour de contrôle de l'aéroport de Kigali. Il apparaît tout phare allumé dans le ciel d'encre lorsqu'une balle traçante file à sa rencontre, décrit une courbe, puis redescend. Une seconde flamme orange part du sol et, cette fois, atteint sa cible. A 20 heures 25, l'avion explose en vol et s'écrase près de la résidence présidentielle. Le corps déchiqueté de Juvénal Habyarimana sera retrouvé dans ses propres jardins, ainsi que les dépouilles des trois Français membres d'équipage, Jacky Héraud, Jean-Pierre Minaberry et Jean-Michel Perrine.

Une thèse mise à mal D'où le missile est-il parti ? La question peut paraître anecdotique, voire dépassée, dix-huit ans après les faits. Elle est pourtant l'une des clés de l'attentat qui a coûté la vie au dirigeant hutu et donné le signal du génocide de 800.000 Tutsis. Pour le juge Jean-Louis Bruguière, qui a le premier instruit l'affaire, sans jamais se rendre sur place, la roquette a été tirée par des rebelles du Front populaire rwandais, le FPR de Paul Kagamé, depuis Masaka, une colline boisée, située à quelques 4 km de l'aéroport. Le but ? Déclencher un processus de guerre pour faire tomber le régime. Contrairement à leur prédécesseur, les deux magistrats qui ont repris depuis quatre ans l'instruction, Nathalie Poux et Marc Trévidic, sont partis du terrain et non de déclarations recueillies pour l'essentiel auprès d'opposants en exil à Paul Kagamé. Sept experts ont été dépêchés sur place : trois spécialistes en aéronautique, deux géomètres, un balisticien et un acousticien. Leur rapport qui sera remis cet après-midi aux parties fragilise un peu plus les conclusions du juge Bruguière déjà mises à mal par la rétractation de plusieurs témoins. Selon nos informations, ils ont pu établir que l'avion qui volait alors à très basse altitude a été touché sur son flanc gauche à proximité du lieu du crash, soit à plus de trois kilomètres de la "ferme" de Masaka, point de départ présumé du missile. Cela supposerait alors que le tireur a accroché le Falcon alors qu'il arrivait dans sa direction, puis l'a laissé passer et l'a abattu par derrière. Les experts ont également étudié deux témoignages anciens, passés à l'époque inaperçus.

Carte : le crash de l'avion de Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 (Mehdi Benyezzar-Le Nouvel Observateur)

Deux témoignages clés Le premier émane du dr Pasuch Massimo, un médecin militaire belge membre de la MINUAR, la mission des Nations unies, qui résidait dans un camp des Forces armées rwandaises (FAR) à Kanombe, près de la piste d'atterrissage. L'homme a été auditionné par l'auditorat militaire de Bruxelles quelques mois après l'attentat. Le 6 avril au soir, il se trouvait dans son living quand il a "entendu un bruit de souffle", puis a aperçu "un éclairage filant orange" et enfin "une boule de feu qui s'écrasait sur la parcelle du Président ".
Le second témoin est un Français, Grégoire de Saint-Quentin, lieutenant-colonel des troupes de marines. Assistant militaire auprès des FAR, il logeait lui aussi à l'intérieur du camp de Kanombe, dans la dernière ligne de maisons. "Vers 20 h 30, j'ai entendu le départ des coups, puis l'explosion, raconte-t-il sur PV à Jean-Louis Bruguière, le 8 juin 2000. Puis, j'ai vu une boule de feu dans le ciel ". Cet homme devenu depuis général a été auditionné une nouvelle fois par le juge Trévidic, le 7 décembre dernier. Il a confirmé avoir "entendu deux départs de coups" qu'il situe à 500 ou 1000 mètres de sa villa. Et d'ajouter : "C'était suffisamment proche pour que je crois qu'on attaquait le camp".
L'expert en acoustique a étudié avec précision la configuration du lieu, la température, les conditions climatiques, afin de connaître les modalités de propagation du bruit, ce soir-là. Il apparaît hautement improbable que les deux militaires aient pu percevoir le souffle de missiles tirés à 3,750 k de là, au lieu dit de la ferme de Masaka. Et surtout, la vitesse de la lumière étant un million de fois plus rapide que celle du son, les deux hommes auraient dû voir l'avion exploser avant d'entendre les roquettes. Conclusion : les tireurs se trouvaient à proximité, voire à l'intérieur, du camp de Kanombe, tenu par des officiers rwandais pour la plupart hostiles au règlement de paix qui imposait la fusion des rebelles et de l'armée régulière. Cette autre piste n'a jamais véritablement été explorée par le juge Brugière : celle d'un coup d'Etat perpétré par des extrémistes hutus déterminés à empêcher l'application du traité d'Arusha et à en finir une bonne fois pour toute avec lesTutsis.

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31 mai 2012: l'attentat, toujours l'attentat ...Têtus, nous tournions autour de l'existence avérée ou non de missiles sol-air soviétiques ou bien encore saisis en Irak par l'armée française lors de la guerre du Golfe... Voilà qu'il pourrait simplement s'agir de missiles Mistral, au nombre de 15, armes françaises en possession de l'armée rwandaise et répertoriées par la Minuar avant le génocide...

Rwanda : des missiles qui pointent Paris 31 mai 2012 à 22:06

Un document, daté de 1994 et dont «Libération» publie la teneur, révèle la présence d’armes françaises dans l’arsenal rwandais et relance le débat sur les auteurs de l’attentat du 6 avril. Par MARIA MALAGARDIS Une fois de plus, elle ressurgit : l’une des plus grandes énigmes de l’histoire récente n’en finit pas de se rappeler régulièrement à notre mémoire à coups de nouveaux éléments, indices oubliés, pistes négligées. Qui a tué le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, lors d’un attentat spectaculaire resté non revendiqué ? Depuis dix-huit ans, cette question suscite des débats passionnés. Car même si l’attentat est le déclencheur et non la cause du génocide de la minorité tutsie, programmé de longue date, l’identité des commanditaires pèse forcément sur la lecture des événements.

Lynchage. Longtemps, c’est la thèse d’un attentat fomenté par les rebelles tutsis du FPR qui a dominé. Elle s’impose même dans les minutes qui suivent l’explosion de l’avion de Habyarimana dans le ciel de Kigali. Dès l’annonce de l’attentat, les proches du chef de l’Etat assassiné, sa famille et les barons du régime vont mettre en cause les rebelles et «leurs alliés naturels» au sein de la population, ainsi que les Belges, qui constituaient alors le principal contingent de Casques bleus occidentaux présents dans le pays. Résultat : après le lynchage de dix d’entre eux, les Casques bleus belges quittent le pays, livré du coup aux ultras du régime rwandais qui déciment systématiquement les Tutsis du pays. 800 00 morts en trois mois : c’est le plus fulgurant massacre jamais recensé. On comprend dès lors que l’attentat «déclencheur» suscite autant de curiosités. Et de blocages.

Hasard. C’est presque par hasard, dans le cadre d’une recherche historique, que Linda Melvern, journaliste britannique, tombe sur la fameuse liste évoquant la présence de missiles Mistral, dans les archives de l’ONU. Le document avait été adjoint et noyé au milieu d’un autre rapport. Pourquoi est-ce si important ? Parce que, depuis 1994, les anciens officiers rwandais inculpés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda n’ont cessé d’affirmer qu’aucun des leurs ne pouvait être mêlé à cet attentat, car ils ne possédaient pas de missiles. Les autorités françaises, qui les ont trop longtemps soutenus, formés et équipés, ont suivi le même raisonnement : sans arme, pas de crime possible. Mais alors, que viennent faire ces Mistral dans les stocks de l’armée rwandaise ? Et qui savait ? 

Le hasard ferait-il bien les choses ou l'ONU ne serait-il le siège que d'enterrements sans grandes pompes ici, de la boîte noire d'un Falcon 50 qui n'en comportait pas, ou là, de documents essentiels répertoriant des missiles accusant directement la France ?...

Un document compromettant enterré dans les archives de l’ONU 31 mai 2012 à 22:06

La liste des armes de l’armée rwandaise, dans laquelle apparaissent les missiles français, a été établie avant le génocide, puis a été oubliée durant deux décennies. Par LINDA MELVERN C’est une simple liste qui énumère des stocks d’armes, sans aucun commentaire. Depuis près de vingt ans, elle se trouvait dans les archives des Nations unies, à New York. Aujourd’hui, soudain exhumé de l’oubli, ce document relance quelques questions troublantes sur le rôle de la France dans l’attentat qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Ce soir-là, l’avion présidentiel amorce sa descente sur Kigali, lorsqu’il est abattu par deux tirs de missiles sol-air. L’attentat ne sera jamais revendiqué mais, dans les heures qui suivent, une machine de mort se met en marche : le génocide des Tutsis vient de commencer, il va durer trois mois et faire près d’un million de victimes. Le président assassiné était hutu, et c’est au nom d’une prétendue «vengeance spontanée», que les ultras du camp présidentiel vont justifier le massacre systématique de la minorité tutsie, collectivement accusée du meurtre du chef de l’Etat. En réalité, depuis cette époque, deux camps s’opposent : ceux qui croient que Habyarimana a été assassiné par certains de ses proches, inquiets de le voir accepter de partager le pouvoir, et ceux qui pensent qu’il a été tué par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement de guérilla tutsi avec lequel Habyarimana était justement pressé de faire la paix. Or, depuis vingt ans, ceux qui accusent le FPR assènent de manière répétée que l’armée rwandaise ne disposait pas de missiles avant le génocide et ne savait pas s’en servir. Contrairement aux rebelles du FPR.

Démentis. C’est cet argument qui risque d’être mis à mal par le document exhumé des archives de l’ONU. Car la liste qui détaille les stocks d’armement à la veille du génocide révèle que l’armée rwandaise était alors en possession d’une quantité «indéterminée» de «missiles sol-air de type SA-7» et de «15 missiles sol-air Mistral». Des armes d’origine française. Même si rien ne permet à ce jour d’attester que ce sont ces missiles-là qui ont servi à l’attentat, l’information est en contradiction flagrante avec les nombreux démentis et déclarations officielles qui se sont succédé depuis plusieurs années, affirmant que «le camp hutu n’avait pas de missiles», ainsi que l’a encore répété en janvier le socialiste Hubert Védrine, secrétaire général de la présidence de la République au moment du génocide. François Léotard, lui, était ministre de la Défense. Le 7 juillet 1998, lors de son audition par une mission d’information parlementaire sur le rôle joué par la France au Rwanda entre 1990 et 1994, il certifie lui aussi qu’«aucune information n’atteste la présence de lanceurs sol-air dans l’équipement des FAR [Forces armées rwandaises] entre 1991 et 1994». La présence de missiles Mistral dans l’arsenal de l’armée gouvernementale avait pourtant déjà été mentionnée. Mais jamais attestée de source officielle onusienne avant que soit lancé le massacre des Tutsis. Ce sont des observateurs militaires de la Minuar, la mission d’observation de l’ONU envoyée au Rwanda quelques mois avant le génocide, qui ont compulsé la liste des stocks d’armes dans le cadre des inspections qu’ils effectuaient en attendant l’application des accords de paix. Début mai, le général Roméo Dallaire, à l’époque commandant en chef de la Minuar, a confirmé l’authenticité de cette liste qui, après inspection des stocks, a été finalement rédigée… le jour même de l’attentat.

Menace. Mais alors pourquoi l’ONU n’a-t-elle jamais fait mention de cette liste ? Très vite, le document se noie dans d’autres urgences, à une époque où l’origine des missiles n’est pas encore un enjeu. Une copie atterrit bien à New York, quelques semaines après le déclenchement du génocide. La liste est notamment transmise à la délégation américaine auprès de l’Organisation des nations unies. Ensuite, elle se trouve annexée à un autre document : une synthèse de huit pages datée du 1er septembre 1994 et intitulée : «Ancienne armée rwandaise : capacités et intentions». A cette date, le génocide a été arrêté. Les inquiétudes se sont déplacées : le reliquat de l’armée gouvernementale et des miliciens impliqués dans le massacre ont fui le Rwanda et se trouvent en exil dans l’ex-Zaïre (l’actuelle république démocratique du Congo). D’où ils menacent de déclencher une offensive contre le Rwanda, passé sous le contrôle du FPR. A la quatrième page de la synthèse, des missiles en possession de l’armée rwandaise sont à nouveau évoqués, mais cette fois dans le contexte de la menace qu’ils font encore peser sur la région. Le document est transmis à Kofi Annan, alors à la tête du département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, puis au représentant de l’ONU à Kigali. A la suite de quoi, il est enregistré dans les archives. La liste et la synthèse sont apparemment vite oubliées. L’attentat d’avril 1994 n'aura jamais fait l’objet de la moindre enquête internationale. Il aura fallu attendre 1998 pour qu’une information judiciaire soit ouverte en France. Le juge Jean-Louis Bruguière privilégie alors la thèse des missiles appartenant au FPR et accepte d’emblée l’idée que les forces armées rwandaises n’en avaient pas. Puis, à partir de 2007, le dossier est confié aux juges Marc Trévidic et Nathalie Poux (lire page 4). Contrairement à leur prédécesseur, les deux magistrats se rendent, en septembre 2010, sur le site du crash. Mais le rapport d’expertise de cette mission exclut lui aussi dès le début qu’un missile Mistral ait pu être utilisé dans l’attentat, puisque «la première commande à l’export» date de «1996» - avant cette année-là, la France n’était pas autorisée à exporter ces armes. Les missiles qui figurent sur la liste de la Minuar auraient-ils alors été fournis en dépit de l’interdiction officielle ? Au nom du même raisonnement (l’interdiction d’exportation en vigueur), un «rapport d’enquête» de l’armée belge daté du 1er août 1994 écartait lui aussi par principe la piste des Mistral. Toutefois, les auteurs précisaient en conclusion que si jamais leur utilisation dans l’attentat du 6 avril 1994 était finalement avérée, une telle information «impliquerait la complicité des autorités d’une nation qui en possède ou en produit». 

La procédure suit donc son cours, franchissant d'un coup, deux étapes essentielles...

La liste de la Minuar versée au dossier du juge Trévidic 31 mai 2012 à 22:36

Le délai pour contester l’enquête balistique du magistrat expirait hier. Par MARIA MALAGARDIS (Libération) La liste révélant la présence de missiles dans les arsenaux des forces armées rwandaises à la veille du génocide se trouve désormais chez les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux, chargés de l’instruction sur l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana. Les avocats des personnalités rwandaises mises en examen par le juge Bruguière en 2006 l’ont versée au dossier hier. Un jour qui marquait l’expiration du délai offert à toutes les parties civiles pour commenter ou contester la fameuse expertise balistique rendue publique le 10 janvier. Emotion. Résultat de la première enquête scientifique française réalisée sur les lieux du crash, cette expertise avait finalement conclu que le lieu du tir le plus probable se situait près d’un cimetière, à l’intérieur de l’enceinte du camp militaire de la garde présidentielle à Kanombé, non loin de l’aéroport. Ces conclusions contredisent totalement celles émises (sans jamais se rendre au Rwanda) par le juge Bruguière en 2006, et qui ont suscité, en ce début d’année, une certaine émotion. Surtout chez ceux qui, comme Bruguière, ont du mal (ou peu d’intérêt) à admettre que les proches du président rwandais ont pu assassiner leur chef, soupçonné de céder au partage du pouvoir avec les rebelles tutsis. Hier encore, à l’extrême limite du délai pour contester le rapport balistique de janvier, plusieurs avocats représentant notamment les proches des victimes (celles qui se trouvaient dans l’avion le soir de l’attentat) ont présenté des demandes de contre-expertise ou des commentaires. Premier avocat à avoir engagé cette procédure, Me Hélène Clamagirand représente les intérêts de la famille d’un membre de l’équipage français du Falcon 50. Mais cette avocate défend par ailleurs les intérêts d’un certain Paul Barril, ex-gendarme du GIGN dont le rôle dans le drame rwandais reste à déterminer : mandaté par Habyarimana pour réorganiser ses services secrets, présent au Rwanda deux jours avant l’attentat puis, aussitôt après, mandaté par la veuve du Président pour faire la lumière sur l’assassinat de son mari, avant de présenter aux médias français une fausse boîte noire… «Enfumage». Depuis 1994, l’affaire de l’attentat contre le président rwandais a donc donné lieu à une série de manipulations rocambolesques. De vraies fausses boîtes noires, de vrais faux missiles, retrouvés sur une colline mais mentionnés seulement deux ans après l’attentat avant de disparaître, de vrais faux témoins et des affirmations qui défient toute vraisemblance : «Les missiles, on le sait, sont de fabrication soviétique, vendus à l’Ouganda, puis fournies au FPR», croit bon d’asséner Hubert Védrine sur France Culture le 13 janvier, alors qu’il exprimait ses «doutes» sur l’expertise balistique réalisée par les juges parisiens. D’où tient-il de telles certitudes ? L’ancien fidèle de Mitterrand ne le dit pas. En réalité, la présence de missiles français dans les stocks de l’armée rwandaise à la veille du génocide ne confirme ni ne contredit l’enquête en cours du juge Trévidic. Elle n’est qu’un élément qui incite à se poser des questions «sur l’enfumage constant de ce dossier» comme le souligne Bernard Maingain, l’avocat des officiels rwandais mis en examen. «Pour l’instant, cet enfumage est toujours venu de Paris», conclut-il. 

Tout cela est très embêtant pour la France, mais désormais les "enfumages" risquent de ne plus suffire...

Inventaire 31 mai 2012 à 22:06 Par SYLVAIN BOURMEAU (Libération) Depuis longtemps, des responsables politiques, de gauche comme de droite, tentent d’occulter la responsabilité de la France dans le génocide rwandais. Contrastant singulièrement avec la qualité des travaux de la commission sénatoriale belge, la mission d’information parlementaire française n'a, in fine, produit qu’un vaste écran de fumée. Plus grave encore, un magistrat en charge de l’enquête, le fameux juge Bruguière, semble avoir tout mis en œuvre pour brouiller les pistes et organiser la désinformation la plus totale, ouvrant la voie au pire négationnisme. Reprenant l’instruction, le juge Trévidic a commencé à apporter de précieux éléments, un rapport balistique établissant le rôle déclencheur de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Un nouveau document de l’ONU, dont Libération révèle aujourd’hui l’existence, vient d’être versé à son dossier. Il révèle que le régime rwandais était, au jour de l’attentat, en possession de quinze missiles français Mistral, pourtant strictement interdits d’exportation. Pourquoi la France aurait-elle fourni ces armes sol-air alors que les rebelles rwandais ne disposaient pas d’avions ? Des instructeurs français se trouvaient-ils sur place pour former à leur maniement ? Quel rôle Paris a-t-il réellement joué à Kigali dans les années et les mois qui ont précédé le génocide ? La justice doit poursuivre son travail. Mais nous attendons désormais avec impatience du nouveau président de la République, François Hollande, qu’il exerce un véritable droit d’inventaire. Afin que nous prenions toute la mesure de la responsabilité de son prédécesseur socialiste, François Mitterrand, et donc de notre pays, dans ce génocide qui, en cent jours, coûta la vie à 800 000 personnes. 

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28 juin 2013 - RWANDA/FRANCE - GENOCIDE DES TUTSIS: La justice française ouvrira son premier procès en février 2014.

Paris, 28 juin 2013 (FONDATION HIRONDELLE). La justice française ouvrira le 4 février prochain son tout premier procès impliquant une personne accusée d'avoir joué un rôle dans le génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda, a-t-on appris jeudi à Paris.

Le capitaine Pascal Simbikangwa, ancien officier au service central de renseignement du Rwanda (SCR) sera jugé par la Cour d'Assises de Paris "du 4 février au 28 mars 2014", a indiqué à l'agence Hirondelle un porte-parole du parquet général.

"Encore 7 mois à attendre, mais cette décision est tout de même historique", a réagi Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association française.

Aujourd'hui âgé de 53 ans, l'accusé est présenté par un portrait de lui souriant, en treillis et en chaise roulante sur sa fiche Interpol. Il a été mis en examen le 19 avril 2009, puis placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Fresnes, près de Paris. L'homme avait été interpellé à Mayotte, département d'outre-mer français de l'océan indien, pour un traffic de faux papiers, et des poursuites déclenchées contre lui suite à une plainte du CPCR.

Présenté comme un membre de l'"Akazu" (maisonnette ou hutte), le premier cercle du pouvoir hutu qui, selon ses accusateurs, a planifié le génocide des Tutsis, Mr Simbikangwa est notamment accusé d'avoir distribué des armes à des barrières tenues par des miliciens extrêmistes hutus interahamwe et, fort de son influence et de son autorité, de les avoir encouragés à commettre les massacres.

Mr Simbikangwa, qui se déplace en chaise roulante, a tout au long de sa carrière été proche du clan du président Juvenal Habyarimana, dont l'assassinat en 1994 dans des circonstances non encore éclaircies fut l'élément déclencheur du génocide. Membre de la garde présidentielle à partir de 1982, Mr Simbikangwa est affecté en 1988 aux renseignements intérieurs, dépendant de la présidence. Après la mise en place, en 1992, d'un gouvernement dirigé par un premier ministre issu de l'opposition, il est relevé de ses fonctions mais continue de travailler pour le président Habyarimana.

Dans un télex du 27 mars 1992 adressé à son ministre, l'ambassadeur de Belgique au Rwanda, Johan Swinnen, avait alors décrit Mr Simbikangwa comme membre "d'un état-major secret chargé de l'extermination des Tutsis du Rwanda afin de résoudre définitivement à leur manière, le problème ethnique au Rwanda et d'écraser l'opposition hutue intérieure". (FP/ER

14 mars 2014: Les 7 mois ont passé, la justice aussi...

PASCAL SIMBIKANGWA CONDAMNE A 25 ANS DE PRISON (Obs 14/03/2014 à 22h17) L'ex-capitaine de la garde présidentielle est reconnu coupable de génocide en qualité d'auteur et de complicité de crimes contre l'humanité par la cour d'assises de Paris.

Le Rwandais Pascal Simbikangwa a été condamné vendredi 14 mars à 25 ans de réclusion pour son rôle dans le génocide au terme d'un procès historique, le premier en France lié au drame rwandais, 20 ans après les massacres dans lesquels le rôle de Paris a été très critiqué.

L'ex-capitaine de la garde présidentielle, 54 ans, paraplégique depuis 1986 et cloué dans un fauteuil roulant, a été reconnu coupable de génocide en qualité d'auteur et de complicité de crimes contre l'humanité par la cour d'Assises de Paris, à l'issue d'un procès fleuve de six semaines et d'un délibéré de 12 heures. /.../

Il était apparu au long de son procès comme toujours imprégné de l'idéologie hutu extrêmiste, rendant l'ex-rebellion tutsi du Front Patriotique Rwandais (FPR, dont l'arrivée au pouvoir en juillet 1994 mit fin au génocide) responsable d'avoir précipité le pays dans le "chaos" et défendant l'idée d'un "double génocide", génocide de Hutus par le FPR dans les camps de réfugiés du Zaïre (aujourd'hui RDC) qui aurait suivi celui des Tutsis au Rwanda, thèse considérée comme révisionniste par nombre d'historiens.

Et tout au long de son procès, il avait contre vents et marées soutenu n'avoir vu aucun cadavre pendant les 100 jours au cours desquels 800.000 personnes, en majorité des Tutsis, furent massacrées.

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