
- Un militant de l'association SURVIE m'envoie cet article du journal
le Monde datant de début 1964, article oublié qui, 30
ans avant, dénonce la politique génocidaire de la 1ère
République, dont les méthodes et le sens de la planification
des massacres semblent avoir plus qu'inspiré les initiateurs du
génocide de 1994...
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| Année 1964.... |
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| "Nous recevons, en complément des informations que
nous avons déjà publiées sur les massacres de la population
Tutsi au Rwanda (voir " le Monde" du 17 janvier 1964),
une longue lettre de Mr Vuillemin, détaché par l'Unesco comme
enseignant à Butare. Témoin des innombrables scènes
de violence qui ont ensanglanté l'ancien protectorat belge, Mr Vuillemin
a été amené à donner sa démission, ainsi
qu'un autre expert des Nations Unies, car, écrit-il, "il ne
m'est plus possible de rester au service d'un gouvernement responsable
ou complice d'un génocide. Je ne peux partager l'indifférence
et la passivité de la grande majorité des Européens
d'ici, des agents de l'assistance technique bilatérale ou multilatérale.
Je la considère comme une complicité objective. Comment pourrais-je
enseigner dans le cadre d'une aide Unesco dans une école dont les
élèves ont été assassinés pour l'unique
raison qu'ils étaient Tutsi ? comment pourrais-je enseigner à
des élèves qu'on assassinera peut-être dans quelques
mois ou dans quelques années ?"
Voici les principaux extraits de la lettre que nous
a adressée Mr Vuillemin :
- Très peuplé (sa densité est d'environ cent habitants
au kilomètre carré), le Rwanda ne compte pas de villages.
Les dix préfectures sont des centres administratifs et commerciaux
habités par des fonctionnaires rwandais et des commerçants
arabes. Seules Kigali et Butare groupent une population qui atteint presque
quinze mille habitants.
- La plupart des Européens, pour lesquels l'infériorité
des Noirs est évidente, ne se soucient des affaires publiques que
dans la mesure où elles les concernent directement. Lorsqu'ils apprennent
les persécutions dont sont victimes les Tutsi, ils y voient la preuve
de la "sauvagerie nègre", cherchent des justifications
à leur indifférence, soucieux avant tout de ne pas "s'attirer
d'ennuis" de la part d'un gouvernement ombrageux, tant ils savent
qu'ils occupent, dans ce pays au climat si agréable, une position
dont ils ne sauraient espérer l'équivalent en Europe.
- Les missions, très nombreuses, sont dans une situation fausse
: heurtés dans leurs sentiments chrétiens, la presque totalité
des missionnaires se préoccupent surtout de sauvegarder les positions
de l'Eglise, dont l'influence politique est énorme. Des liens très
étroits unissent l'Archevêque Perraudin au Président
de la République, Mr Kayibanda, qui est aussi le chef du Parmehutu,
parti quasi unique.
- Il n'y a pas d'autre presse que les bulletins mensuels publiés
par le Gouvernement et par l'Archevêché ; la radio est gouvernementale
et jamais elle ne s'est fait l'écho des évènement
intérieurs de décembre et janvier dernier. Aucun journal
étranger n'a de correspondant régulier, ce qui explique pourquoi
le Rwanda vit pratiquement hors du monde.
Fèodalité et révolution sociale
- C'est au quinzième siècle que les Tutsi, probablement
venus d'Ethiopie, pénétrèrent au Rwanda et y instaurèrent
des structures féodales, différentes cependant de notre féodalisme
médiéval. Les seigneurs Tutsi n'étaient que relativement
riches, et si quelque Hutu était devenu corvéable en échange
d'une vache, objet de prestige plus que de richesse, il faisait partie
d'une minorité au sein des Hutu eux-mêmes, comme son "seigneur"
Tutsi faisait partie d'une minorité au sein des Tutsi.
- Dans les années 1950, la majorité de la population était
composée de petits propriétaires Hutu aussi bien que Tutsi.
La Belgique cependant, n'a pas cherché à porter atteinte
à ces structures, jusqu'à ce que les élites Tutsi
s'affirment nationalistes (... ).
- ...le gouvernement rwandais se montre philo-occidental et bigot - d'une
bigoterie qui irrite même certains pères -. Faute d'idées
sur le développement (la mise à l'écart des élites
Tutsi ne pouvait qu'agraver cette carence), la haine raciale lui tient
lieu de programme. La présence de réfugiés aux frontières
lui permet d'autre part d'agiter la menace d'un danger extérieur
et de réprimer toute critique à l'intérieur. S'il
est vrai que de petits groupes Tutsi de l'extérieur ont tenté
des incursions, ces tentatives ont toujours été facilement
repoussées ; elles fournissent toutefois l'occasion d'accroître
la discrimination raciale : les cartes d'identité mentionnent le
groupe ethnique, les bourses d'études en Europe sont réservées
aux Hutu, l'accès à l'enseignement secondaire est régi
par des contingents calculés selon des critères raciaux.
La tuerie systématique
- Au cours des évènements de septembre, motivés
officiellement par l'incursion d'un petit groupe Tutsi en provenance du
Burundi et qui n'eut aucune suite, on procéda dans tous les centres,
à l'arrestation systématique de tous les Tutsi évolués
; on les entassait dans des prisons où ils étaient frappés,
pressés, laissés sans nourriture. A Ciangugu, on chargeait
80 Tutsi sur des camions et on les fusillait dans la forêt de Congo-Will
après les avoir poussés dans un ravin.
- Si ces faits représentent une élimination de suspects
(tout Tutsi évolué étant suspect) au mépris
des garanties judiciaires les plus élémentaires, la répression
exercée dans la préfecture de Gikongoro constitue, elle,
un véritable génocide. Excitées par le préfet,
les bourgmestres et les commissaires du Parmehutu, des bandes de tueurs
exterminèrent systématiquement, du 24 au 28 décembre,
les Tutsi. Dans la plupart des cas les femmes et les enfants ont été
également assommés à coups de massue ou percés
de lances. Les victimes sont le plus souvent jetées dans la rivière
après avoir été deshabillées.
- Le nombre total de morts est difficile à évaluer ; on
peut cependant tenir pour certain celui de 8000, et pour probable celui
de 14000 dans la seule préfecture de Gikongoro. Le fait qu'une extermination
systématique n'a été appliquée que dans cette
préfecture prouve que ces massacres ont été organisés
; il y a lieu de craindre qu'il en soit de même pour d'autres préfectures,
et qu'un plan de "nettoyage" soit établi. Le gouvernement
aurait-il sans cela décliné l'offre des Nations Unies d'envoyer
des observateurs (...) ?
- De toute évidence, ces évènements ne sont pas
un accident ; ils sont la manifestation d'une haine raciale soigneusement
entretenue. Une réconciliation raciale aurait en effet obligé
le gouvernement de Mr Kayibanda, qui est l'objet d'un véritable
culte de la personnalité, à un partage du pouvoir avec des
élites qui sont maintenant assassinées.
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Mars 1999: Emmanuel Nkunzumwami (auteur de "La tragédie
Rwandaise". Editions "L'Harmattan". 1996), souvent cité
dans ces pages, m'a fait parvenir un article à paraître dans
la presse à Kigali dans les jours à venir.
"Depuis plusieurs années, je corresponds avec l'Hebdomadaire
national francophone rwandais, la Nouvelle Relève où
j'écris quelques articles épisodiquement... Il est le plus
lu des publications rwandaises. Voici un dernier papier que j'ai préparé
pour cet hebdomadaire ; vous pourriez m'en faire des remarques ou l'introduire
dans vos pages Web."
" Paris, le 26 février 1999
LA GEOGRAPHIE DU GENOCIDE AU RWANDA ET LA JUSTICE EQUITABLE
:
UNE CLARIFICATION NECESSAIRE PAR LES FAITS.
La décennie 1990-2000 marque une violente, importante et irréversible
rupture politique et sociale au Rwanda, tant la densité et la férocité
de la cruauté "sauvage" n'avaient jamais atteint un si
haut degré de l'inimaginable dans l'histoire de son peuple. L'on
a beaucoup écrit, disserté, glosé, organisé
conférences-débats sur fonds de raisonnement souvent passionnés
ou sereinement universitaires sur la tragédie du Rwanda. Aujourd'hui,
les puissances occidentales commencent à oublier ce pauvre pays dont
les malheurs sont jour après jour occultés par d'autres drames
en Afrique et ailleurs (la guerre au Congo, le conflit Ethiopie-Erythrée,
Mitch en Amérique Centrale, les accidents de montagne en Autriche
et en France, etc.) comme par une campagne des élections au parlement
européen. Aux rwandais et aux rwandais seuls -comme ils l'ont été
lorsqu'ils ont été lâchement abandonnés par les
grands donneurs de leçons de ce monde en 1994- il revient de tenter
de comprendre les relents de la terrible violence, poursuivre une justice
équitable à la hauteur de la cruauté de leurs malheurs,
préparer une vraie prévention aux conflits et recréer
les conditions de paix définitive et durable dans le pays.
Pour atteindre cet objectif, trois actions d'envergure demeurent incontournables
: mieux comprendre les sources de la tragédie, exercer une justice
équitable pour la mémoire de nos victimes et prévenir
contre les retours des vautours du génocide qui commencent à
s'organiser autour du négationnisme (comme d'autres nazis l'ont fait
et le font encore !) et de la théorie du double génocide (pour
justifier les attaques régulières contre le Rwanda). Cependant,
dans le pays même, il nous faudra faire le vide sur les rancoeurs,
les élans de jalousie et de vengeances aveugles, éviter de
céder à la facilité de la socio-ethnisation du crime
et des violences, rechercher les voies de la raison et de l'écoute
pour discerner et séparer le grain de l'ivraie. Nous ne saurons sans
doute jamais exactement le nombre de victimes du génocide de 1994
; mais est-ce cela qui importe avant tout ? Le seul fait de condamner à
mort et exécuter son prochain, son voisin ou un passant anonyme par
toutes les voies de l'affreuse barbarie (grenade, machette, massue, hache)
en "raison de ce qu'il est" ou "de ce qu'il croit" ou
"parce qu'il milite ailleurs que dans le camp des profiteurs et dignitaires
de la dictature qui l'oppriment" nous a laissé une perte de
plus de 1,5 millions de vies humaines en l'espace de quelques mois. Les
auteurs et leurs bras d'exécutants se promènent impunément
en Afrique, en France, en Belgique, en Suisse, au Canada, etc. Nous devrions
tous adresser aux gouvernements concernés des demandes insistantes
pour qu'ils cessent d'apporter un quelconque concours à ces criminels,
à les refouler vers le Rwanda pour y être jugés. Et
cela est possible si nous agissons tous ensemble !
1°) Mieux comprendre les sources et les lignes d'expansion
de la tragédie pour exercer une justice équitable est une
des clés de la reconstruction nationale. Les données disponibles
ne sont encore qu'approximatives mais révélatrices des lignes
géographiques de l'ampleur du mal. Huit communes sur les dix-huit
que compte Butare ont perdu chacune plus de 20.000 âmes dont plus
de 80.000 dans la seule commune de Maraba et plus de 40.000 à Runyinya.
Ces huit communes totalisent plus de 261.480 des 383.000 personnes massacrées
(68%) à Butare. Cela est manifestement une oeuvre conjuguée
des commandos dépêchés de Kigali, des extrémistes
"intellectuels" des grands milieux locaux, nostalgiques du parmehutu
dissous en 1973, et de l'action du "gouvernement intérimaire"
animé par Théodore Sindikubwabo et Jean Kambanda dans leur
appel à "finir le travail" lancé dans leur fief
naturel de Butare. Le résultat, c'est 30% de toutes les victimes
du génocide au Rwanda. Quatre préfectures demeureront longtemps
dans nos mémoires : Butare, Kibuye (plus de 265.000 personnes tuées),
Kibungo (plus de 182.000 victimes) et Gikongoro (plus de 131.000), soit
plus de 70% de l'ensemble des victimes du Rwanda. Mais ce n'est pas un hasard
: il s'agit de deux préfectures de l'extrême sud (Butare et
Gikongoro) et deux préfectures les plus faibles, placées hors
de l'axe des rivalités Nord-Sud à l'ouest (Kibuye) et à
l'est (Kibungo). Ce n'est pas un hasard non plus si trois communes (Nyamagabe,
Kibeho et Karambo) ont perdu plus de 63% de l'ensemble des victimes de Gikongoro.
Enfin, ce n'est pas un hasard non plus si le Nord de Byumba, Ruhengeri et
Gisenyi (la région nord du Rwanda) sont épargnés de
la férocité des tueries puisqu'ils constituent le fief du
MRND-CDR-MDR POWER. Il convient de rappeler que, déjà entre
1965 et 1967, une scission s'était produite entre le MDR Parmehutu
du Nord (Ruhengeri-Gisenyi) et celui du sud sur des questions fondamentales
dont le traitement du retour des exilés batutsi.
Dans la préfecture de Kibungo, la situation est très claire
: plus de 65% des tuées sont localisées dans les trois communes
traditionnellement reconnues comme accueillant une forte proportion de batutsi
dans leurs populations. Le pourtour du lac Muhazi (Muhazi, Rukara et Murambi)
est pris en tenaille par de minables extrémistes locaux aidés
par des troupes de tueurs venant de Kigali et du Byumba septentrional. Ce
mécanisme s'est développé dès les premières
heures du génocide sur les communes à faible portée
de Kigali et connues du MRND-CDR (sur la base des recensements antérieurs)
comme des régions naturelles à fortes proportions tutsi :
Kanzenze, Gikoro, Rubungo, Sake, Muhazi répondent à ces critères
et perdent à elles seules plus de 163.000 vies humaines. Les jeunes
recrutés dans la masse des jeunes désoeuvrés et encadrés
par des extrémistes hutu très politisés de l'armée
opèrent en se déplaçant vers les communes proches de
la capitale (jusqu'au Centres paroissiaux et scolaires de Zaza, de Rwamagana
et de Gahini) et se retirent vers Kigali après leurs forfaits.
A Rusumo, dans le Migongo du Gisaka, l'oeuvre des intégristes
anti-tutsi arrivés depuis le début des années 70 s'était
distinguée par l'assassinat du Bourgmestre Pie Mutunzi, découpé
à la machette dans son bureau communal, en pleine journée,
par deux hommes récemment arrivés de Ruhengeri. Ils ont prétendu
avoir un rendez-vous avec lui et les policiers communaux n'ont même
pas eu le réflexe de fouiller leur sac de sisal, tellement ce type
de meurtre était totalement inconnu à Rusumo auparavant. L'affaire
n'a jamais été jugée. Au cours des années 90,
ces encombrants habitants des paysannats et leurs corégionnaires
éparpillés dans la commune se sont livrés aux massacres
des habitants natifs du Gisaka au seul motif qu'ils étaient batutsi,
pourtant bien chez eux sur les terres de leurs ancêtres, ou qu'ils
avaient des batutsi parmi les membres de leurs familles. Les quelques "mal-instruits"
locaux, du niveau primaire et post-primaire, ont pris peur et, se sentant
menacés de mort par les envahisseurs se vantant partout d'avoir des
piliers solides du Nord dans les hautes sphères du pouvoir politique
du MRND et de l'armée, se sont pliés aux diktats de leurs
maîtres-tueurs. A ces deux groupes se sont joints quelques militaires
"échappés" des casernes de Kigali et de Kibungo.
Les "donneurs d'ordres" des tueries sont donc majoritairement
étrangers au Gisaka-Buganza, les tueurs sont les "quelques voyous
locaux et des bandits de grands chemin" auxquels se sont joints des
exécutants tels que les bourgmestres, quelques encadrants des cellules
du MRND et du MDR Power, souvent par ignorance, par peur et par soumission
pour se rendre acceptables par des extrémistes de l'ancien régime
génocidaire. Une statistique géographique du génocide
provisoire établit les faits ci-après :
| Préfecture |
Population totale estimée en 1994 |
Nombre total de victimes estimé en 1994 |
Ampleur des massacres par rapport à la popula- tion
de la préfecture |
| Ruhengeri |
849.403 |
43.143 |
5,1% |
| Gisenyi |
814.572 |
12.120 |
1,5% |
| Byumba |
868.514 |
7.380 |
0,9% |
| Kigali-Rural |
782.400 |
94.729 |
12,1% |
| Kibungo |
726.618 |
182.290 |
25,1% |
| Gikongoro |
515.094 |
131.330 |
25,5% |
| Butare |
850.208 |
382.757 |
45,0% |
| Kibuye |
521.926 |
265.000 |
50,8% |
2°) Comment exercer une justice équitable qui soulage
la douleur des familles et qui honore la mémoire des victimes et
sans socio-ethniser le crime ? Il me semble que l'on ne peut juger les
criminels sans tenir compte des données de la géographie du
génocide, des facteurs environnementaux, socio-politiques et historiques
du Rwanda. La géographie du génocide révèle
les foyers d'incendie mais ne donne pas les pyromanes que nous sommes tous
appelés à rechercher et à faire comparaître devant
la Justice. Nous sommes tous conscients -du moins par la raison- que tous
les prisonniers au Rwanda ne répondent pas aux critères du
génocide et des crimes contre l'humanité. Il est également
clair que les "bandes de génocidaires" à Kibungo
et au Bugesera sont à rechercher principalement hors de ces régions
naturelles ; de nombreux prévenus criminels originaires de ces régions
ne sont que des amplificateurs des discours entendus ailleurs. Etre un petit
enseignant, infirmier, petit commerçant, petit artisan ne fait pas
de l'individu un criminel comme c'est le cas d'une partie d'entre eux. Une
bonne justice répare les fissures de la société, une
mauvaise aggrave les rancoeurs et serait un moyen d'entretenir les conflits
permanents que nous léguerions à nos enfants et petits-enfants.
De plus, entretenir une majorité de personnes en prison dont les
dossiers manquent d'actes d'accusation est anti-économique et anti-social.
La loi organique sur le génocide et les crimes contre l'humanité
existe depuis plus de trois ans ; appliquons-la dans l'objectif de la reconstruction
nationale vraie.
Après le rendu de jugement, l'Etat assume son devroir sacré
de la sécurité publique et de la cohésion sociale de
la Nation. La Justice équitable et indépendante en est le
ciment et l'éducation du peuple en est le facilitateur. Nous abordons
ici les travers de la 2ème République qui accordait tous les
droits à des ressortissants de quelques communes des 2 préfectures
du Nord ; l'enseignement du second degré et du supérieur leur
était réservé par priorité. Cela a conduit au
noyautage de tout l'appareil politico-économique du pays jusqu'au
terrible génocide pour conserver tous les privilèges. Pendant
ce temps, la population de Kibungo présentait un déficit chronique
d'éducation. Moins de 10% franchissaient les portes du second degré
alors que plus de 70% passaient automatiquement de la 8ème année
à l'école secondaire dans le Nord. Il en a résulté
la domination d'une partie des rwandais dans les domaines politique, économique,
militaire et sa conséquence sur l'éducation et la manipulation
arrogante par la terreur sur les oubliés de l'Histoire de Kibungo
et Kibuye. Et puis le lugubre est advenu avec l'ampleur qui se lit dans
le tableau précédent. Il n'est pas autrement possible -par
la raison- que des personnes qui vivaient et partageaient tout au cours
des siècles passés deviennent brutalement ennemis et se massacrent
cruellement en l'espace de trois mois !
3°) La prévention du crime contre l'humanité
passe par l'Education de la Jeunesse et la Formation de toute la population
rwandaise à la tolérance, à l'ouverture au monde extérieur,
aux principes démocratiques et aux droits inaliénables de
l'Homme, et à l'Information permanente pour éveiller le peuple
aux réalités quotidiennes. Il est affligeant d'entendre
encore aujourd'hui, parmi les prétendus demandeurs d'asile très
jeunes, réciter les critères morphologiques des colonisateurs
belgo-catholiques et des qualités morales de distinction entre les
bahutu et les batutsi, et expliquer qu'ils l'ont bien appris à l'école
de la République. Ce sont les mêmes qui ont transité
dans des camps d'entraînement dans l'ex-Zaïre après le
génocide et qui prétendent avoir été chassés
du Rwanda. Il faut informer les Rwandais sur les réalités
de leurs malheurs pour qu'ils puissent eux-mêmes se débarrasser
des criminels. Ce sera par ce moyen que nous pourrons déjouer les
collaborations internes et externes avec les nostalgiques du génocide
qui tentent de provoquer de nouveaux conflits à travers leurs zones
sûres de Gisenyi et Ruhengeri avec des bases arrières dans
le Nord-Est de la République Démocratique du Congo. A ce sujet,
le Rwanda a besoin d'un périmètre de sécurité
d'au-moins 100 km autour de ses frontières de l'ouest, d'une diplomatie
active et vigilante en Afrique Centrale, Orientale et Australe, et d'un
processus de neutralisation de tous les extrémistes qui s'opposent
à la reconstruction politique, économique, sociale, culturelle
et militaire du Nouveau Rwanda.
Emmanuel Nkunzumwami, Auteur de " La Tragédie
Rwandaise - Historique et Perspectives " Ed. L'Harmattan, Paris 1996. |
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Pour compléter les chiffres cités dans l'article, cet autre
article rwandais de Kapiteni Antoine du périodique "Rwanda-
Libération" que le site Rwandanet m'a fait parvenir
et qui corrobore le nombre des victimes du génocide énuméré
par Emmanuel Nkunzumwami :
Rwanda Libération N°33 . Avril-Mai 1998
Document : le génocide des Tutsi au Rwanda, l'horreur
en chiffres !
par KAPITENI Antoine
Quatre ans après l'horrible génocide des Tutsi au Rwanda,
le nombre exact des victimes n'est pas encore exactement connu et ne le
sera peut-être jamais car il y a des documents et des témoins
qui ont disparu. Mais d'ores et déjà, il est confirmé
que le nombre de victimes dépasse le million Depuis la fin de la
guerre, un effort de recensement a été fait par le Ministère
de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la
Culture. Il a été constitué, au niveau de ce ministère,
une commission qui a fait les premières investigations dont le résultat
n'est pas encore officiellement publié. Nous nous sommes inspirés
du "rapport préliminaire d'identification des sites du génocide
et des massacres d'avril-juillet 1994 au Rwanda" paru en février
1996. Le travail accompli est hautement appréciable. Il fait ressortir
cependant quelques lacunes :
* Le nombre de victimes des communes riveraines de grandes rivières
(Nyabarongo, Mukungwa, Mwogo) et des lacs (Kivu, Muhazi,etc.) jétées
dedans n'est pas connu.
* Il y a des fosses qui n'ont pas été ouvertes et dont
le nombre de victimes n'est pas non plus connu et n'est donc pas repris
dans le rapport. Ce recensement est une contribution importante pour connaître
l'ampleur de l'horreur qui nous est arrivée. Le rapport donne les
noms des responsables des massacres, des témoins et des personnes
qui ont eu le courage de sauver des vies humaines au risque de leur propre
vie. Ce travail a été fait jusqu'au niveau de la cellule.
Nous vous donnons les chiffres par commune et par préfecture. Pour
la préfecture de Kibuye, nous n'avons malheureusement pas pu disposer
du nombre de victimes par commune. Une commission vient d'être créée
pour faire un recensement de toutes les victimes du génocide.
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- 18 décembre 2001 : Le gouvernement rwandais publie les
résultats d'un recensement sur le génocide de 1994 :
- 1.074.000 victimes (951.000 noms publiés), dont 66% d'hommes
et 90% de Tutsi.
- La province de Butare fut la plus touchée avec 20% des victimes
du génocide.

DES
NOUVELLES DE LEON MUGESERA
Léon Mugesera jouit d'une sombre notoriété : il
est considéré avec Ferdinand Nahimana, comme l'idéologue
du génocide rwandais. Le 22 novembre 1992 , lors d'un meeting du
MRND à Kabaya, préfecture Ruhengeri (nord-ouest du pays),
fief du président Habyarimana, il a prononcé le discours fondateur
d'une certaine idée du bon droit et de la légitime défense
qui mènera à peine un an plus tard à l'extermination
de plus d'un million de Tutsi et autres "milieux ennemis" tels
que "les Hutu mécontents, les étrangers mariés
aux femmes Tutsi, les peuplades nilo-hamitiques de la région et les
criminels en fuite..." (références aux critères
"d'identification des milieux ennemis" définis par une
commission de l'Etat-major constituée en décembre 1991 à
la demande du président. Ministère de la Défense nationale,
Etat-major, G2, Kigali, 21/9/92, 14f / mention "secret").
- "En février 1991 (déjà,note perso),
Léon Mugesera avait été le maître d'oeuvre d'un
dépliant officiel intitulé "Toute la vérité
sur la guerre d'octobre 1990 au Rwanda" , où on pouvait lire
(p.5) que le but de la rebellion était "l'extermination de
la majorité hutu" , et la création d'un "vaste
royaume hima-tutsi, ethnie qui se considère supérieure, à
l'instar de la race aryenne et qui a pour symbole la croix gammée
de Hitler" (sic).
- ("Les médias du génocide" déjà
cité)
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QUE FAIT LE TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL ?
Ce que nous ont révélé la presse internationale
et les spécialistes du drame rwandais sur ce personnage d'envergure
tient en une phrase : Léon Mugesera a été expulsé
du Canada en juillet 1996.
En réalité, Mugesera arrive mi-1994 au Canada et
très vite, enseigne au département linguistique de l'université
Laval de Québec tout en sollicitant le statut de réfugié.
Arrêté le 26 janvier 1995 par les agents de l'immigration canadienne
et après qu'une commission internationale d'enquête eût
conclut à la culpabilité d'incitation au génocide et
de crime contre l'humanité, l'arbitre Pierre Turmel de la Commission
d'immigration et du statut de réfugié, ordonne le 11 juillet
1996, l'expulsion du Canada de Léon Mugesera, de sa femme et de ses
cinq enfants.
Qu'à cela ne tienne : Mugesera va en appel et se paie les
services de Me Guy Bertrand, avocat très réputé au
Canada et anti-souverainiste notoire au Québec. Fin 1998, l'appel
est rejeté par la Cour de la Commission de l'Immigration malgré
l'expertise faite à la demande de Guy Bertrand, du discours de Kabaya
par Marc Angenot, expert en linguistique ignorant du Kinyarwanda et de la
symbolique rwandaise, qui concluera que ce discours dans sa traduction "Kamanzi",
n'incite en aucune manière au génocide. Pour ses conclusions,
Angenot s'entourera de conseils d'un linguiste hors pair, Léon Mugesera
qu'il ne manquera pas de consulter régulièrement.
En mars 1999, Mugesera est toujours au Canada et ne l'a pas quitté
depuis fin 1994. Il a fait appel du jugement devant la Cour Fédérale
qui n'aurait à ce jour pas donné son accord pour entendre
la cause. A suivre...
- 11 et 12 janvier 2000 : nième phase du procès.
Pendant deux jours Me Bertrand s'évertuera à montrer l'innocence
de son client "incapable d'égorger un poulet"!...
Il réfutera aussi la traduction du discours de Kabaya, travail d'incompétent
selon l'avocat qui pour sa part et anecdotiquement, ne connait pas un traître
mot de Kinyarwanda.
le 28 mars 2000, l'affaire vient en dernier recours devant la
Cour Fédérale d'Ottawa. La communauté rwandaise d'Amérique
du Nord organisera pour l'occasion avec l'aide de jeunes de Toronto et de
leur député, une manifestation en mémoire du génocide
devant le parlement fédéral, manifestation qui sera couverte
par la presse canadienne et Radio Canada. L'ouverture du procès est
annoncée pour le 3 avril 2000.
A propos du célèbre article du National Post : Guy
Bertrand, l'avocat de Léon Mugesera, a annoncé qu'il demanderait
à faire enregistrer comme pièce à décharge,
l'article du 1er mars 2000 du National Post lors des audiences finales devant
la Cour Fédérale le 15 mai 2000. Il pourrait aussi essayer
de produire devant la Cour, des copies du rapport informel des Nations Unies
sur lequel s'appuie l'article en question ( article publié par le
journal canadien "The National Post", s'appuyant sur un rapport
interne des Nations Unies d'août 1997, selon lequel un commando du
Front Patriotique Rwandais serait responsable de l'attentat contre le président
Habyarimana, le 6 avril 1994, attentat qui aurait servi d'étincelle
au déclenchement du génocide, dont le Général-Major
Paul Kagame serait ainsi le premier responsable). A noter qu'à Arusha,
les avocats de la défense(souvent canadiens) revendiquent aussi la
production de ce rapport devant le TPIR...Pure coïncidence, cette "canadienne
attitude" ?...
12 avril 2001: assistons-nous à la mort d'une certaine
forme d'espoir ? Mugesera ne sera pas expulsé du Canada, ainsi en
a décidé la justice de ce pays par la décision du Juge
Nadon. Pour essayer de comprendre ce faux revirement, quelques extraits
d'un article du Soleil, journal canadien qui sans pudeur, a fait le choix
de montrer le bonheur d'une "famille sans histoire"...
LE SOLEIL / 13/04/2001. Extraits de
l'article de Monique Giguère.
QUÉBEC-Éclatante victoire pour Me Guy Bertrand
et immense soulagement pour la famille Mugesera. Gemma Uwamariya et ses
cinq enfants, Irénée Rutema, Yves Rusi, Carmen Nono, Mireille
Urumuri et Hoho Marie-Grâce sont libres et pourront rester au Canada.
Léon Mugesera est quasi libre.
Seules deux allégations
sur cinq sont retenues contre lui et ces deux allégations ne justifieraient
pas son renvoi du Canada.
Le juge Marc Nadon a en effet accueilli
en grande partie le contrôle judiciaire en donnant raison à
Me Bertrand sur trois points fondamentaux:
Le magistrat a déclaré
que Léon Mugesera n'avait pas menti aux autorités de l'immigration
lors de sa demande de résidence permanente au Canada. Que ses liens
avec le président Habyarimana n'avaient pas été démontrés.
Que son appartenance à l'Akazu, aux escadrons de la mort et sa participation
à des massacres n'avaient pas été prouvées.
Et, pivot central de toute l'affaire, que son discours du 22 novembre
1992, à Kabaya, ne constituait pas un crime contre l'humanité.
En revanche le ministère de
l'Immigration n'a réussi sa preuve que sur deux points :
l'admissibilité des témoins
(Alison DesForges et de Éric Gillet),
jugés partiaux par le clan
Mugesera et l'analyse du discours par Me Pierre Duquette qui concluait
à l'incitation à la haine et au génocide.
Même à cet égard,
le juge Nadon n'a donné raison qu'à contrecoeur à la
Couronne:
"Me Pierre Duquette a fait
une analyse minutieuse du discours, mais il ne m'a pas convaincu que certains
passages étaient une incitation à la haine et au génocide.
Je suis loin d'être certain que j'aurais conclu la même chose,
mais je suis incapable de conclure à l'analyse déraisonnable"
Malgré les deux éléments
de preuve retournés devant l'arbitre, Me Bertrand ne peut s'empêcher
d'espérer que l'affaire soit aussi terminée pour le premier
intéressé, Léon Mugesera:
"Il se peut que le ministère
de l'Immigration décide d'arrêter les frais. De mettre un terme
à tout cela. On a assez fait souffrir ces gens-là", a
lancé l'avocat du chemin Saint-Louis qui doit décider, d'ici
les prochains jours, s'il s'adressera au juge Nadon pour faire "certifier"
une question grave de portée générale, comme l'admissibilité
d'un enquêteur à donner son opinion sur les conclusions de
son propre rapport. Ce qui était le cas dans l'affaire Mugesera de
la Dr Alison DesForges et de Me Éric Gillet...
"Si une question est certifiée,
ça va en Cour d'appel fédérale et ça ouvre la
porte au débat sur toutes les autres questions. Ça permet d'aller jusqu'en
Cour suprême", précise-t-il.
Quoi qu'il en soit, Me Bertrand
ne considère pas les deux éléments de preuve restants
- l'incitation à la haine et l'incitation au meurtre - comme des
motifs de renvoi du Canada:
"Il n'est plus question d'expulsion
à moins d'un revirement de la part de la
Couronne", prétend
l'avocat en citant le juge Nadon qui se dissocie en quelque sorte de Me
Duquette sur l'interprétation à donner au fameux discours
du 22 novembre 1992, au coeur de toute l'affaire.
Suivant Me Bertrand comme son ombre,
un Léon Mugesera radieux ne tarissait pas d'éloges sur son procureur:
"Je n'ai pas de mots pour
remercier Me Bertrand. Là, je pense que c'est terminé. Je
suis soulagé. Je suis heureux. Pour une fois qu'on gagne."
Malgré le revers d'hier, la
procureure du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration,
Me Louise-Marie
Courtemanche, a réussi à trouver matière à réjouissances:
"Je ne suis pas déçue.
Il y a des points forts pour nous dans la décision du juge Nadon",
a-t-elle assuré en énumérant l'admissibilité
des témoins, le sens du discours et la norme de contrôle:
"Reste des questions de droit.
C'est possible que ça se poursuive en appel."
L'affaire Mugesera serait la première
cause de crime contre l'humanité au Canada. Léon Mugesera est âgé de
49 ans et sa femme Gemma, de 44 ans. |
|
8 septembre 2003 : Il y a bien eu appel, et cette fois encore, Léon
Mugesera passera entre les gouttes : "La Cour Fédérale
lui lave les mains de toutes les accusations en disant qu'aucun tribunal
correctement instruit ne pourrait conclure que le discours en litige aurait
constitué, au Canada, une incitation au meurtre, à la haine
et au génocide." ( extrait d'une pétition citoyenne envoyée
au Ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration Denis Coderre,
afin qu'il n'en reste pas là et qu'il porte cette affaire devant
la Cour Suprême du Canada ). A suivre, espérons-le...
Feu vert à l'expulsion de Mugesera
- 28 juin 2005 : retournement de situation inattendu, la Cour Suprême du Canada maintient l'ordre d'expulsion de Léon Mugesera, en raison de son rôle dans le déclenchement du génocide. La Cour suprême conclut que le discours prononcé par Mugesera au Rwanda en 1992 incitait indiscutablement ses concitoyens hutus à massacrer leurs voisins tutsis.
- « Un homme aussi instruit, parvenu à un niveau élevé dans l'échelle sociale et influent sur la scène politique locale devrait nécessairement savoir qu'un discours vilipendant le groupe cible et encourageant le recours à la violence contre lui soutiendrait l'attaque », peut-on lire dans la décision.
- La Cour conclut que Mugesera a commis un crime contre l'humanité en prononçant son discours.
- Ottawa tentait de déporter Mugesera depuis 1995. L'ordonnance ne touche cependant pas la femme et les cinq enfants de M. Mugesera.
- Dans un jugement séparé, la Cour suprême blâme l'avocat de Mugesera, Guy Bertrand, qui avait réclamé l'arrêt des procédures sous prétexte que le gouvernement fédéral aurait tenté d'obtenir à tout prix l'expulsion du ressortissant rwandais, à la suite de pressions d'organismes juifs.
- « Avec regrets, nous devons noter que la requête et la documentation produite comportent des éléments d'un discours antisémite que l'on aurait cru disparu de la société canadienne et encore plus des débats judiciaires au Canada », écrivent les juges.
- Réagissant au jugement, Me Bertrand s'est défendu d'avoir jamais tenu des propos antisémites. Il annoncera demain ce qu'il compte faire pour son client à la suite de la décision de la Cour suprême. (source Radio-Canada, merci M.Dumont)
-
- 8 juillet 2005 : Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, a affirmé, vendredi, que Léon Mugesera ne sera pas extradé vers le Rwanda si Ottawa ne reçoit pas l'assurance formelle des autorités de ce pays qu'il ne sera pas exécuté.
- La Cour suprême du Canada a conclu, le mois dernier, qu'il devrait être extradé vers son pays d'origine, où il est accusé d'avoir pris part au génocide, afin d'y subir son procès. Dans son jugement, le plus haut tribunal du pays a estimé qu'il y avait des « motifs raisonnables » de conclure que Léon Mugesera avait incité au meurtre, au génocide et à la haine lors d'un discours prononcé dans une assemblée à Kabaya, en novembre 1992.
- De son côté, le gouvernement rwandais affirme n'avoir reçu aucune requête du Canada, mais se dit prêt à coopérer.
- L'avocat de Léon Mugesera, Me Guy Bertrand, rétorque que l'on ne peut faire confiance aux autorités rwandaises. Il ajoute que le ministre Cotler ne fait qu'appliquer la loi canadienne. « Ce n'est pas une faveur qu'il ferait à M. Mugesera [...] La loi du pays, depuis une décision de la Cour suprême, défend au gouvernement de déporter dans un pays quelqu'un qui est passible de peine de mort, à moins que le pays en question donne une garantie qu'il ne sera pas assassiné. »
- Le ministre Cotler a par ailleurs indiqué que Léon Mugesera, qui vit au Canada depuis 12 ans, pouvait encore faire appel auprès du ministre de l'Immigration et invoquer des raisons humanitaires pour demeurer au pays.( source Radio-Canada)

23 MARS 2000 : PASTEUR BIZIMUNGU
DEMISSIONNE DE LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE.
Sa démission semble liée à des évènements
récents qui ont profondément ébranlé le paysage
politique rwandais : la disparition de Joseph Sebarenzi, ex-président
de l'Assemblée Nationale, la démission du Premier Ministre
Célestin Rwigema, ainsi que l'assassinat du conseiller du Président
de la République, Assiel Kabera et d'un employé du Programme
Alimentaire Mondial. Les articles qui suivent nous aideront peut-être
à comprendre comment Paul Kagame peut représenter à
la fois le diable pour certains, prêt à sacrifier plus d'un
million de personnes pour s'emparer d'un pouvoir sans partage (thèse
de l'attentat contre l'avion du Président Juvenal Habyarimana organisé
par le FPR), et pour d'autres, le salut du peuple rwandais, personnalisant
à lui tout seul, la rigueur nécessaire au pays et l'exemplarité
de son intégrité (plébiscite de sept leaders rwandais
d'horizons divers pour la candidature de Paul Kagame à la Présidence
de la République, 30 mars 2000).
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- LA PART D'OMBRE DU REGIME DE KIGALI
- Colette BRAECKMAN . LE SOIR (Bruxelles) / 11 mars 2000.
-
- L'information publiée par le journal canadien "The National Post" selon laquelle un commando d'élite du Front patriotique rwandais, aujourd'hui au pouvoir à Kigali, serait responsable de l'attentat contre le président Habyarimana, le 6 avril 1994, suscite plus de remous qu'il n'y paraît.
- En effet, d'autres indices révèlent un réel malaise à Kigali: la disparition de Joseph Sebarenzi, ex-président de l'Assemblée nationale (dont on ignore toujours où il a
- cherché refuge, et s'il est toujours en vie!) , a été suivie de la démission du Premier ministre Célestin Rwigema - remplacé ce mercredi par Bernard Makusa - et, cette semaine encore, de l'assassinat, par des hommes en armes, du conseiller du président Bizimungu, Assiel Kabera, et d'un employé du Programme alimentaire mondial.
- Kabera était, comme Sebarenzi, un rescapé du génocide et un militant de l'association Ibuka, qui défend les intérêts des victimes. La thèse d'un règlement de comptes a été présentée mais il s'agirait plutôt d'un assassinat politique (l'association Ibuka a eu de nombreux démêlés avec le régime) ou d'un regain de l'activisme hutu, dopé par les revers que l'armée populaire rwandaise subit au Congo.
-
- SOUS LE BOISSEAU
-
- Ce malaise perceptible au Rwanda a entraîné des questions à propos de l'opportunité, voire de la sécurité, de la visite que le Premier ministre belge Guy Verhofstadt doit faire à Kigali le 7 avril, mais jusqu'ici, cette démarche de commémoration, considérée comme une étape indispensable à une réelle normalisation des relations, n'est pas compromise. Le document dont l'existence a été révélée par le "National Post" reprend les accusations formulées par un transfuge du FPR, qui désigne l'actuel vice-président du Rwanda, le général Kagame, comme le commanditaire réel de l'attentat contre Habyarimana, avec le soutien d'une puissance étrangère.
- On ignore toujours pourquoi Louise Arbour, la magistrate canadienne qui fut procureur général du Tribunal pénal international pour le Rwanda, décida de mettre cette déposition sous le boisseau: par prudence politique ou parce qu'elle dépassait son mandat? Ces accusations ne sont pas neuves: on sait que les milieux hutus ont immédiatement désigné le FPR comme le responsable de l'attentat, et que les Casques bleus belges, qualifiés de complices, ont ainsi perdu dix de leurs hommes.
- Cependant, au fil du temps, d'autres témoignages sont venus contredire la thèse initiale, jusqu'à présent considérée comme la plus plausible, celle de la liquidation de Habyarimana par les extrémistes hutus. C'est ainsi que depuis le Bénin où il est réfugié, un ancien militaire du FPR, Christophe Hakizabera, s'était adressé, le 9 août 1999, à la Commission chargée d'enquêter sur la responsabilité de l'ONU dans le drame rwandais.
-
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- DEMENTIS DU FPR
-
- Selon lui, le FPR envisageait de prendre le pouvoir par la force et considérait le président Habyarimana comme un obstacle majeur à ce projet. Par conséquent, dit-il, la première réunion de planification de l'assassinat s'est tenue à Kabale dans les locaux de l'évêché. Plus tard, les réunions de ce genre se tiendront à Mbarara dans la
- résidence du général major Salim Saleh, demi-frère du président ougandais Museveni. On sait pertinemment bien que la décision de tuer le président Habyarimana a été prise à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso en mars 1994 et que le major Paul Kagame a participé à cette réunion.
- Selon le transfuge, les Tutsis de l'intérieur du Rwanda, ayant été avertis de ce plan, mirent Kagame en garde, sachant qu'ils seraient les victimes de terribles représailles. Mais Hakizabera accuse le FPR d'avoir passé outre, tablant sur une victoire militaire éclair, sur la prise de Kigali endéans les trois jours et la limitation des pertes en vies humaines à 500 victimes, chiffre que le FPR jugeait acceptable compte tenu du résultat escompté, la prise de
- pouvoir totale à Kigali. Relevons que le FPR a toujours nié une telle version des faits, arguant que c'est parce qu'il était parfaitement au courant des projets de génocide qu'il avait renoncé à remporter la victoire par les armes et s'était rallié aux accords d'Arusha, qui prévoyaient le partage du pouvoir.
- Soulignons aussi que, sur le plan militaire, ces accords lui étaient clairement favorables, puisqu'ils prévoyaient la parité au niveau des cadres de la future armée nationale, alors que les officiers supérieurs des Forces armées rwandaises étaient soit déjà à la retraite comme le colonel Bagosora, soit proches de la limite d'âge. La perspective de devoir s'incliner devant la suprématie militaire du FPR était inacceptable aux yeux de l'état-major d'Habyarimana, qui, récusant vivement les accords d'Arusha, avait préparé le génocide.
- Il n'empêche que, depuis six ans, d'autres indices troublants ont été relevés. Ainsi, le FPR, après sa victoire de juillet 1994, n'a demandé ou organisé aucune enquête sur
- l'attentat, estimant que cette question était désormais sans intérêt. De son côté, la Mission d'information parlementaire française sur le Rwanda a révélé que l'Ouganda, et donc le FPR son allié, disposait de missiles sol-air.
- Mais d'autres sources, notamment des informateurs du professeur Filip Reyntjens, ont révélé que les numéros de série des lanceurs des missiles, découverts sur le site de Masaka, près de l'aéroport de Kigali, indiquaient que les engins provenaient de stocks d'armes saisis en Irak par l'armée française pendant la guerre du Golfe. -Cette
- implication française, également confirmée par des informations du "Soir", n'empêche pas le professeur anversois d'être intimement convaincu de la responsabilité du FPR.
-
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- LE REVELATEUR CONGOLAIS
-
- Il faut aussi reconnaître que le déroulement des deux guerres en République démocratique du Congo a jeté une lumière nouvelle sur les pratiques de l'armée rwandaise et plus précisément sur les méthodes de certains groupes d'élite dont l'existence est confirmée par l'article du "National Post". C'est ainsi que les travailleurs humanitaires et les organisations de défense des droits de l'homme ont amplement décrit, en leur temps, les massacres dont ont été victimes les réfugiés hutus dispersés à l'intérieur du Congo et qui étaient poursuivis par de véritables escadrons de la mort.
- En outre, lorsqu'en août 1998 a éclaté la deuxième guerre du Congo, les Tutsis qui vivaient à Kinshasa ont été désignés à la vindicte populaire par un Kabila qui, ayant
- échappé à plusieurs tentatives d'assassinat par ses anciens alliés dirigés par James Kabarehe, avait décidé de prier les troupes rwandaises de quitter le pays. A ce moment, des centaines de Tutsis furent traqués, emprisonnés ou tués à Kinshasa et Lubumbashi, ainsi que 300 jeunes soldats tutsis congolais, abandonnés dans la capitale par leurs leaders et décimés par les soldats katangais.
- Peu de temps après, des Tutsis Banyamulenge du Kivu, désapprouvant le déclenchement de la deuxième guerre, s'adressaient en des termes dramatiques au président ougandais Museveni et au vice-président rwandais Kagame, leur demandant si au moment où ils avaient songé à assassiner le président Kabila, le sort tragique des Tutsis rwandais, massacrés après la mort de Habyarimana, ne leur avait pas servi de leçon?
- Bref, les milieux extrémistes hutus ne sont pas les seuls à accuser le FPR d'avoir descendu
- l'avion d'Habyarimana...
|
La réponse du gouvernement rwandais au National Post ne s'est
pas fait attendre. Un peu langue de bois, en anglais de surcroit (il
m'a fallu traduire), destinée apparemment au continent nord-américain
et répondant dans la langue du journal accusateur.
10 mars 2000, 8h47 du matin.
Sujet: REPONSE DU GOUVERNEMENT RWANDAIS AU NATIONAL POST Par Alexandre Kimenyi. 6 mars 2000, Rapport de presse.
Le 1er mars 2000, le "National Post", quotidien canadien,
a publié à la une "Fuite explosive à propos du
génocide rwandais".
LA SOURCE
- L'auteur de l'article, un certain Steven Edwards prétend que
son journal est en possession d'un rapport des Nations Unies qui impliquerait
le gouvernement rwandais actuel dans l'attentat contre l'avion du président
Habyarimana en avril 1994.
- Ce qui a surpris la plupart des observateurs, c'est qu'une publication
nord-américaine d'importance ne pouvait consacrer sa une à
une seule histoire banale concernant un état mineur qui jamais auparavant,
n'eût les honneurs de leur considération rédactionnelle.
Et pourtant..., ce véritable quotidien a publié deux articles
en à peine deux semaines, qui tentent de brosser le tableau d'une
responsabilité certaine du gouvernement rwandais actuel et de la
plupart de ses dirigeants dans le génocide de 1994.
- Voilà qui est peu usuel et laisse à penser qu'une campagne
serait bien ici orchestrée pour brouiller les pistes, ceci dans
le dessein non seulement de justifier le génocide de 1994, mais
aussi de réduire le peuple rwandais au silence par intimidation
à la suite du rapport Carlson qui révèle clairement
le rôle des Nations Unies dans l'accomplissement du génocide
rwandais.
- Cette campagne a aussi pour but de dénigrer les efforts du TPIR
d'Arusha et de Carla Del Ponte dans leur traque des véritables responsables
du génocide.
- Ce qui est inquiétant, c'est que les meilleurs médias
de l'ouest, possédant les meilleurs réseaux de capture de
sources au sein des Nations Unies, n'ont pas été capables
d'avoir accès au dit-rapport des Nations Unies. Aucun d'entre eux
n'a clamé être en possession d'une copie de ce rapport, et
tous les médias s'en sont remis sans malice au National Post comme
source, comme "La Source" indiscutable. Encore une fois, il est
pour le moins usuel de la part des médias nord-américains
connus pour la rigueur de leurs investigations, de s'en remettre sans contrôle
ou recoupements, à un quotidien de Toronto à peine âgé
de deux ans.
- Il est d'autre part à noter, que dans une conversation subséquente
entre l'Ambassadeur du Rwanda auprès des Nations Unies, S.E. Joseph
Mutaboba et le porte-parole du Secrétaire Général
des Nations Unies, S.E. Fred Eckhard, ce dernier nia catégoriquement
l'existence d'un tel rapport, allant jusqu'à affirmer n'avoir pas
même le droit d'en faire quelque commentaire.
LE RAPPORT EN QUESTION
- Etant donné la campagne de dénigrement que le National
Post a lancé contre le gouvernement du Rwanda ces derniers jours,
ses lecteurs étaient en droit d'avoir la primeur d'un rapport publié
dans sa totalité : c'eût été la moindre des
choses, surtout que Mr Steven Edwards prétend que le dit rapport
"suggère qu'un moment critique du génocide rwandais
n'a pas été compris".
- Le National Post devrait faire au monde une faveur, spécialement
à l'adresse de ses nouveaux alliés de circonstance parmi
les génocidaires rwandais dont le pays d'adoption est le Canada,
la faveur de publier le rapport dans son entièreté. Cela
est un réel défi. Mr Edwards déclare que le rapport
est basé sur le témoignage de "trois informateurs Tutsi"
recueilli par les enquêteurs de l'ONU en 1997. Ce qui est clair,
c'est que ceux qui ont élaboré ce scenario se figuraient
qu'il suffît de déclarer l'existence aléatoire "d'informateurs
Tutsi" pour rendre l'histoire crédible.
- Il est important de relever que cette sorte de campagne de dénigrement
contre le gouvernement du Rwanda et ses dirigeants n'a rien de nouveau.
Depuis 1994, les hommes qui ont perpétré le génocide
rwandais ainsi que leurs sympathisants dans la communauté internationale,
ont soutenu des allégations similaires. Il y en a vraiment eu des
occasions, que ces criminels n'ont pas manquées lorsque certains
médias internationaux leur donnaient la parole. Pour le coup, les
génocidaires rwandais ont trouvé leur pièce maîtresse
avec le National Post et au travers de Mr Steven Edwards, journaliste dont
les liens avec "Le Congrès Rwandais du Canada", point
de repli Interahamwe basé au Québec et qui considère
le génocide rwandais comme une affaire non achevée, ces liens
donc, ne sont un secret pour personne.
- Steven Edwards continue en déclarant que l'investigation en
question était en phase avec les instructions du Secrétaire
Général de l'ONU, Boutros-Boutros Ghali, "de collecter
toutes informations validables par tous les moyens mis à disposition,
et d'en faire dès que possible, rapport au Conseil de Sécurité".
Il faudrait ici comprendre clairement que "toutes les informations
validables" furent collectées par les troupes françaises
qui, immédiatement après les tirs contre l'avion présidentiel,
ont condamné l'aéroport et vinrent plus tard prétendre
publiquement être en possession d'informations vitales relatives
à l'attentat contre l'avion d'Habyarimana, se targuant même
d'être en possession de la boîte noire de l'avion. Aucune de
ces révélations n'a jamais été corroborée
par une preuve substantielle. Même le constructeur de l'avion a affirmé
que cet avion n'était pas équipé de boîte noire.
- Quoi qu'il en soit, les Français ont pris le contrôle
de l'aéroport de Kanombe, ont conduit leurs investigations, et jusqu'à
aujourd'hui encore, sont les seuls à pouvoir dire au monde ce qui
s'est exactement passé, si bien sûr ils s'autorisent à
le faire un jour !
- Le National Post colporte honteusement l'argumentaire français
: les missiles lancés contre l'avion ont été confisqués
par les forces américaines durant la Guerre du Golfe.
- Dans une tentative voilée d'impliquer les Américains,
Mr Edwards déclare que les Etats Unis, à la différence
de la Belgique et de la France, n'ont pas mené la moindre "enquête
pour comprendre les massacres". Le National Post et Mr Edwards en
particulier devraient se faire rafraîchir la mémoire: les
USA n'avaient pas de troupes au Rwanda, ni avant, ni pendant le génocide.
La France et la Belgique en avaient, et c'est pourquoi elles ont dû
enquêter, bien que, dans le cas de la France surtout, ces investigations
tournèrent finalement à l'auto-blanchissement et à
l'inventaire non exhaustif des bonnes consciences.
- Le National Post devrait demander pourquoi le Canada n'a-t-il pas diligenté
d'enquête à propos du génocide étant donné
que les troupes canadiennes étaient stationnées au Rwanda
avant et pendant le génocide. De plus, le Général
en chef des forces armées de l'ONU était Roméo Dallaire,
un canadien.
- Quant au Canada, il est aujourd'hui devenu un refuge pour les planificateurs
du génocide et ceux qui l'ont perpétré, y compris
ceux-là même avec qui Mr Edwards et le National Post ont pris
fait et cause. Assurément, Mr Edwards, cela mérite quelque
investigation de la part du Canada !
- Il est vraiment étonnant que le National Post, un journal canadien,
n'ait fait aucun effort pour enquêter et dénoncer la présence
de génocidaires au Canada, et qu'au lieu de cela, se soit engagé
dans un généreux révisionnisme afin de protéger
les criminels qui ont commis un génocide contre le peuple rwandais.
- En journaliste de l'ouest tipiquement intoxiqué par l'idéologie
du génocide dans la région des Grands Lacs, Mr Steven Edwards
dit à ses lecteurs qu'actuellement, "seuls des Hutu ont été
inculpés". Ici, l'auteur cherche à insinuer qu'ils ont
été inculpés pour leur appartenance ethnique. Les
criminels rwandais détenus à Arusha y sont non pas pour leur
appartenance ethnique, mais pour avoir commis des crimes contre l'Humanité.
OBJECTIFS
- L'article du National Post est une pièce classique du travail
révisionniste, destiné à justifier le génocide
de 1994 au Rwanda. Par exemple, si les "informateurs" ont été
entendus en 1997, pourquoi aura-t-il fallu trois ans au National Post pour
se procurer le dit rapport et faire des révélations à
son sujet ?
- Dans son éclatante tentative de justification du génocide
du peuple rwandais, l'article se plaint "qu'un moment critique dans
le génocide rwandais n'a pas été compris". Là,
le National Post cherche à représenter les tueries de masses
comme une réaction spontanée des populations à l'annonce
de la mort de Habyarimana et non comme un génocide planifié.
- L'histoire est calculée pour intimider le Gouvernement du Rwanda,
dans le sillage du rapport Carlson qui révèle clairement
l'implication et le rôle des Nations Unies dans le génocide
rwandais. Le rapport n'implique pas seulement certains membres puissants
du Conseil de Sécurité, mais il est aussi un appel aux Nations
Unies, un appel pour que chacun travaille à la reconstruction du
Rwanda.
- Le dessein de l'article du National Post est de frustrer les procédures
contre les suspects de génocide, non seulement au Rwanda, mais encore
au Tribunal International pour le Rwanda, à Arusha, alors que ceux,
au sein de la communauté internationale, qui ont été
impliqués dans le génocide rwandais se sentent menacés
par les efforts apparents de Carla Del Ponte, Procureur du Tribunal International,
dans ses efforts pour arrêter et poursuivre les génocidaires.
- Le schéma est désormais devenu familier, chaque fois
qu'un rapport met en cause les Nations Unies à propos du génocide
rwandais, chaque fois que des signes possibles de succès se font
jour dans la poursuite et l'arrestation des criminels du génocide
rwandais, alors les révisionnistes et les apologistes embrayent
la vitesse supérieure, tel Steven Edwards et le scénario
fabriqué du National Post, motivés par leur désir
de nier le génocide du peuple rwandais.
- Qui serait surpris si Edwards cherchait un emploi aux Nations Unies,
et s'en voyait offrir un tôt ou tard ?
- Mr Steven Edwards et ses cohortes du Congrès Rwandais du Canada
devraient être vus pour ce qu'ils sont, des révisionnistes
des temps modernes, qui devraient être dénoncés sans
équivoque.
-
- Joseph Bideri , Directeur de l'ORINFOR (Office Rwandais d'Information)
- (Traduction de l'anglais personnelle)
|
La réponse du gouvernement du Rwanda n'est pas très
convaincante. Peut-être n'a-t-elle pas lieu de l'être, mais
ce n'est pas ce communiqué qui va éclairer notre lanterne,
pêchant par manque manifeste de communication simple, par allégations
dénuées de preuves à l'instar du National Post, par
exemple lorsque Joseph Bideri nous apprend l'existence du "Congrès
Rwandais du Canada". Mais des journalistes vont s'empresser un de ces
jours de nous apprendre ce qu'est ce fameux Congrès, ne nous impatientons
pas.
En attendant, remercions Colette Braeckman d'émettre ses propres
réserves à propos du FPR, elle que les négationistes
traîtent de suppôt de la cause Tutsi, ou d'autres noms d'oiseau
du même tonneau...
- KAGAME SOUS LE FEU DES CRITIQUES
- ---------------------------------------------------------------------------
- Le document qui met en cause le FPR dans l'attentat contre Habyarimana n'était pas une calomnie: le rapport a été retrouvé.Lorsqu'un journal canadien, "The National Post", publia l'information selon laquelle un rapport de l'ONU mettait en cause les rebelles du Front patriotique rwandais - aujourd'hui au pouvoir - dans l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, en avril 1994, Kigali réagit d'abord en dénonçant une campagne de calomnies , assurant même que le journal aurait été lié aux milieux révisionnistes. Au fil des jours cependant, les informations se précisent, moins sur les accusations contenues dans le rapport que sur la réalité du document onusien: une source au sein de l'organisation a confirmé qu'un rapport non officiel avait été découvert dans les archives de l'ONU. Ce document a été rédigé par Michaël Hourigan, ancien enquêteur pour le Tribunal international pénal d'Arusha (TPR). Et, cette semaine, à la demande du secrétaire général de l'ONU, le document a été transmis au TPR. Rappelons que, selon les trois informateurs cités par le rapport, l'attentat aurait été mis en oeuvre par un commando secret répondant aux ordres de l'actuel vice-président, Paul Kagame. Selon les enquêteurs du TPR qui se sont confiés au "National Post", leur rapport, qui date de 1997, avait été mis sous le boisseau. Les informateurs mentionnaient aussi que l'appareil avait été abattu avec l'assistance d'un gouvernement étranger , ce qui viserait les Etats-Unis. Rappelons aussi que ce témoignage (qui n'a toujours pas été authentifié) contredit les versions initiales données à propos de l'attentat et mettant en cause les milieux extrémistes hutus. L'enquête risque de rebondir dans les semaines à venir. En effet, le rapport de l'ONU est à présent demandé par des enquêteurs et des diplomates français, et le juge Bruguière qui a officiellement été chargé de tenter de faire la lumière sur cet attentat, où l'équipage français du Falcon d'Habyarimana trouva également la mort. En outre, des avocats chargés de défendre la cause de plusieurs Rwandais inculpés de génocide souhaitent également prendre connaissance du document.
-
- (Note de la rédaction du site : le 20 juin 2000, le TPIR
refusera de transmettre à la justice française le rapport
accusant Kagamé. En avril 2000, l'ONU avait déjà refusé
cette demande au Juge Bruguière malgré l'intervention de
Paul Quilès, Président de la commission de défense
de l'Assemblée Nationale, auprès de Koffi Annan.)
-
- CRISE POLITIQUE
- S'ajoutant à un autre rapport onusien, qui accuse le Rwanda
d'avoir accordé au rebelle angolais Jonas Savimbi des facilités
de transit, les révélations à propos de l'attentat
surviennent au moment où le Rwanda connaît sa plus grave crise
politique depuis 1994. La présidence de la république avait
alors été attribuée à un Hutu, membre de l'équipe
dirigeante du FPR, Pasteur Bizimungu, qui vient d'être contraint
à la démission. A l'heure actuelle, c'est le vice-président
Paul Kagame, le véritable homme fort du Rwanda, qui assure un interim
de quatre semaines.
- D'ici le 1er avril prochain, le FPR proposera deux candidats à
la présidence et le choix sera opéré au cours d'une
session conjointe du Parlement et du Conseil des ministres. En réalité,
la démission du président Bizimungu ne change pas grand chose
à la réalité du pouvoir à Kigali, dominé
par le Front patriotique. Ces démissions altèrent cependant
l'image d'unité nationale que voulait donner le pouvoir qui s'installa
après la défaite du régime Habyarimana. Il faut cependant
relever que la crise actuelle transcende les catégories ethniques.
Tant le président Bizimungu que le Premier ministre Rwigema ont
été obligés de démissionner car ils étaient
liés avec un Tutsi appartenant au &laqno;premier cercle» du
FPR, Patrick Mazimhaka, accusé de mauvaise gestion alors qu'il dirigeait
le ministère de la Réinsertion sociale.
-
- LA GUERRE REPREND AU CONGO
- La guerre au Congo représente un autre élément
de division: il apparaît que le président Bizimungu, comme
le ministre Mazimhaka, étaient prêts à négocier
une solution politique avec leurs voisins du Kivu alors que l'on constate
en ce moment un engagement militaire accru: l'armée rwandaise masse
des hommes et du matériel au Kivu tandis que l'offensive a repris
dans le Kasaï occidental. Selon des sources militaires à Kinshasa,
les troupes rwandaises tentent de bombarder des trains qui circulent sur
la voie ferrée reliant la ville d'Ilebo aux principales bases gouvernementales.
Il est évident que cette reprise des combats anéantit les
chances de règlement pacifique tel que le prévoient les accords
de Lusaka, qu'elle empêche le déploiement des 5.500 hommes
de l'ONU qui n'entreront en action au Congo que lorsque leur sécurité
sera assurée, et qu'elle renforce, sur tous les fronts, les mesures
de méfiance à l'égard des Nations unies, dont on se
demande si elles seront jamais en mesure de remplir leur mission. Colette
Braeckman. (avec AFP.)
|
Les silences sont privilèges de "grandes muettes", tout
comme les mensonges pieux sont manies de prélats. La stratégie
demande du secret et Kagame n'en manque pas (diplômé de Fort
Lavenworth, Texas). Mais voilà que celui dont la tante Rosalie Gihanga
(seconde épouse de Mutara Rudahigwa, dernier mwami du Rwanda avant
Kigeri V, en exil depuis 1960), celui donc dont la tante de sang royal fut
jetée en pâture en 1974 à la foule de Butare, traînée
dans les rues après avoir été torturée par les
miliciens, voilà que Paul Kagame doit faire face au retour des
royalistes partisans de Kigeri V, qui conspireraient actuellement contre
lui...
- LE MYTHE MONARCHIQUE FAIT SON CHEMIN
- Colette BRAECKMAN . LE SOIR (Bruxelles) / 11 mars 2000.
-
- Le rapport évoquant la piste FPR dans l'attentat contre l'avion du président Habyarimana remonte à deux ans, et, en l'absence d'une réelle commission d'enquête, toutes les pistes demeurent ouvertes. Mais sa révélation, en ce moment précis, peut être une manoeuvre destinée à aggraver le malaise perceptible à Kigali, non seulement au sein des milieux hutus mais surtout parmi les Tutsis rescapés du
génocide.
- Il est certain en effet que, malgré l'habituelle discrétion des milieux dirigeants, le pouvoir actuel est divisé. Divisé suivant des critères linguistiques, francophones d'un côté, anglophones, souvent d'origine ougandaise, de l'autre. Divisé aussi par des enquêtes - encouragées par le vice-président Paul Kagame - à propos de cas de corruption au plus haut niveau. Ces investigations financières ont précipité
la démission du Premier ministre Pierre Rwigema, sur la sellette
depuis longtemps, et elles atteignent aussi le très puissant Patrick
Mazimhaka, conseiller à la présidence et ancien ministre
de la Réhabilitation sociale, ainsi que d'autres "pontes"
du FPR.
- La guerre du Congo représente un autre facteur de division:
on sait que, du côté ougandais, le président Museveni
souhaiterait se retirer du bourbier congolais et que ses relations avec
Kigali se sont fort détériorées, tandis que l'échec
des rebelles de Goma, honnis par la population, est patent. En outre, l'armée
rwandaise a subi plusieurs revers au Congo et enregistré des pertes
sérieuses (à Shabunda entre autres), ce qui a entraîné
des désertions ou des refus de s'enrôler. Les réticences
sont surtout vives parmi les jeunes Tutsis rescapés du génocide,
souvent chefs de famille, qui ne souhaitent pas risquer leur vie dans les
forêts congolaises.
- Vient ensuite l'équation la plus troublante de toutes, celle
de la monarchie: les rescapés du génocide, regroupés
au sein de l'association Ibuka, ainsi que Joseph Sebarenzi, l'ex-président
de l'Assemblée nationale disparu sans laiser de traces, sont accusés
de préparer le retour des armées du roi. Autrement dit de
militer pour le retour de Kigeri V, le souverain détrôné
lors de la révolution hutue et qui vit en exil aux Etats-Unis.
- Curieusement, l'éventualité d'une restauration de la
monarchie (vraisemblablement sous une forme constitutionnelle) se heurte
moins à l'opposition des Hutus qu'à l'hostilité du
noyau dirigeant du FPR: Paul Kagame se déclare résolument
républicain et il est certain qu'un régime monarchique altérerait
son propre pouvoir. On ignore l'audience réelle des monarchistes
à l'intérieur du Rwanda, mais les dénonciations dont
ils font l'objet de la part du régime ne peuvent que renforcer leur
audience. D'autant plus que, dans la tradition rwandaise, le roi se situait
au-dessus des ethnies, qu'il est un symbole de réconciliation, le
seul aussi à pouvoir arrêter le cycle de la
- vengeance...
|
A suivre, qui sait...
Cette dépêche d'agence encore, pour garder à l'esprit
ce voisinage indéfinissable, en tout cas au Rwanda, entre le Diable
et le Bon Dieu.
- KIGALI, RWANDA (PANA) . Sept des huit formations politiques
officiellement reconnues au Rwanda ont demandé que le général-Major
Paul Kagame soit confirmé à la Présidence de la République,
dans une lettre adressée à son parti du FPR. Le
vice-président rwandais assure actuellement l'intérim du
Président Pasteur Bizimungu qui a démissionné de ses
fonctions le 23 mars 2000, évoquant ses différends avec l'Assemblée
Nationale.
- Dans la correspondance au FPR, les responsables des sept partis politiques
mettent en exergue les qualités "d'homme d'état"
de Mr Kagame qui, selon eux, est "l'homme de la situation", capable
de diriger le pays au cours des quatre prochaines années.
La lettre est signée de l'ex-premier ministre Pierre-Célestin
Rwigema, qui a également démissionné il y a quelques
jours, du président de l'Assemblée Nationale Vincent Biruta,
et de plusieurs membres du gouvernement sortant, responsables de partis
politiques. Le Général Kagame ne s'est pas encore prononcé
sur la question. Il n'a pas non plus été vu en public depuis
plusieurs jours, en dépit de la succession d'évènements
politiques l'impliquant directement.
- La réunion des instances dirigeantes du FPR samedi devrait apporter
une réponse à la sollicitation des chefs de partis.
- Le Président de République sera désigné
au terme d'une session conjointe du Parlement et du Gouvernement qui aura
à choisir entre le général Kagame et un autre candidat
qui devrait être connu dans les prochains jours.
|
Finalement, le FPR a choisi son champion un premier avril ( 01/04/2000
): Paul Kagame sera donc candidat à la Présidence de la
République du Rwanda, et naturellement élu Président
le 17 avril 2000.

Le Rwanda au menu du BEPC 98 à
Rouen : révisionnisme ou négligence de l'Education Nationale
?
| Le choix d'un sujet d'examen n'est jamais un acte anodin. Celui sur
le Rwanda proposé aux élèves de 3ème de l'Académie
de Rouen en juin 1998, avait-il le but de sonder en toute neutralité
les connaissances des candidats ? s'est-il agi d'une forme de révisionisme
qui ne dit pas son nom ?...(AfriquEducation N° 59-60. juillet-août
99) |
|
- Extrait de l'article d'AfriquEducation :
- "Au terme de l'examen du rapport d'enquête
sur la tragédie rwandaise (1990-1994) par la mission parlementaire
qui en a eu la charge, l'un de ses membres, Jacques Desallangre, souligne
que cette mission a "entamé son travail dans des conditions
difficiles et dans un climat passionné peu propice au débat
raisonné sur des sources d'informations variées" .
Or, c'est dans ce climat dont la presse n'a rien laissé ignorer
(on lui reproche même de l'avoir créé et envenimé),
qu'est élaboré sous l'autorité de l'Education Nationale,
apparemment à l'écart, le sujet de français qui sera
donné au brevet des collèges dans l'Académie de Rouen
fin juin 1998, à peu près dans le temps que la mission parlementaire
terminera ses auditions.
- La commission académique d'examen, composée
d'enseignants chevronnés et présidée par un inspecteur
pédagogique régional de lettre, retient un texte sur le Rwanda
: deux pages d'un roman de Christine Arnothy, "Une question de chance",
publié en mars 1995. Choix audacieux et lourd de risque dans ce
climat passionné. Mais on peut penser que l'Education Nationale
veut à la fois se montrer en prise avec l'actualité (son
souci d'ouverture au monde) et offrir par contraste, l'exemple d'un "débat
raisonné", dans sa tradition de mesure, de vigilance, d'objectivité
et même de sérénité.
- La présentation du texte ne doit rien à
Christine Arnothy : Alors que les termes "hutu" et "tutsi"
n'apparaissent jamais dans son roman, les concepteurs du sujet les introduisent
d'emblée en situant l'épisode retenu "lors du conflit
qui oppose les tutsi et les hutu", lequel a provoqué "des
massacres" et jeté sur les routes, "la foule des réfugiés
rwandais". Conflit qui semble particulièrement unique : il
est question du conflit, et non d'un conflit, opposant tutsi et
hutu. Or ce schéma conflit-massacres-exode de réfugiés
n'a rien de spécifique ; il apparaît si souvent dans l'histoire
du Rwanda depuis 1959 que le conflit ici présenté ne pourrait
être qu'un de ces conflits répétés et constitutifs
d'une banalité macabre. Son apparente spécificité
est curieusement présentée dans un schéma banalisateur.
Le texte de Christine Arnothy ne permet pourtant pas de se tromper : la
mention de Goma, de la médiatisation d'un exode, de ce qui peut
sembler, à travers la mort d'un enfant, les prodromes du choléra,
tout désigne le conflit d'avril-juillet 1994 mais sans le moindre
indice qui en révèle la spécificité en regard
de ceux qui l'ont précédé, qu'il s'accompagne d'un
génocide.
- Que peuvent donc répondre les candidats, interrogés
sur le contexte historique (question 2 de 1, les faits) ? rien d'autre
que ce que leur propose le chapeau introductif : le conflit qui oppose
les tutsi et les hutu. Le président Mitterrand avait d'ailleurs
répondu à l'avance en novembre 1994, au sommet franco-africain
de Biarritz : "Des chefs locaux décident délibérément
de conduire une avanture à la pointe des baïonnettes ou de
régler des comptes à coup de machette". Tout à fait dans la ligne du défunt président,
le corrigé officiel, rédigé par les concepteurs du
sujet à l'intention des enseignants correcteurs de l'épreuve,
propose très précisément : "Toute réponse
évoquant le conflit opposant les tutsi et les hutu (chapeau)".
Mais quel génocide dans le chapeau ? le président Mitterrand
avait ici encore, en quelque sorte déjà répondu :
"Le génocide ou les génocides ? je ne sais plus ce
qu'il faut dire". Car il y avait eu selon lui, génocide
des des hutu non moins que des tutsi ("honte absolue" que cette
approbation officielle d'un prétendu double génocide, commente
Gérard Prunier à la page 402 de son livre "Rwanda
: le génocide"). Si le président ne savait plus
ce qu'il fallait dire, le mieux était donc de ne plus en parler.
Et aucun des 22.245 candidats soumis à une obligation de réponse
au brevet des collèges dans l'Académie de Rouen n'aura à
en parler.
- Ce n'était pourtant pas une simple question d'école.
Elle s'est posée à la mission d'information parlementaire
dans les termes mêmes, semble-t-il, du sujet du brevet et, pour avoir
perçu les risques de toute ambiguité, ses rapporteurs se
sont impliqués à répondre que Le Rwanda connait
un génocide et une guerre (...), et surtout que les massacres commis
contre les tutsi après le 6 avril 1994, même s'ils se déroulent
concomitamment à un affrontement entre le FPR et les FAR, relèvent
d'une autre nature que celle d'un conflit : ils appartiennent à
une logique de génocide". Par rapport à quoi,
le sujet du brevet est d'une autre nature qu'un souci de connaissance,
de réflexion, d'objectivité : il appartient à une
logique révisionniste.
- Ce révisionnisme n'est pas seulement dans le chapeau
de présentation : il est confirmé par le choix du texte même.
Peu d'écrivains ont traîté de la tragédie rwandaise.
Christine Arnothy n'est toutefois pas la seule et unique. Jean-Pierre Campagne
a écrit un remarquable petit roman, publié chez Denoël
en janvier 1997, "Les vacances de Dieu", Comment a-t-il
pu échapper à l'attention d'un collectif de professeurs de
lettres en quête d'un sujet sur le Rwanda ? on y trouve aussi un
enfant mort. Le personnage principal, Espérance, "a aperçu
un petit corps dans la latrine, il lui a semblé que c'était
les épaules arrondies du dernier, Dieu est mon berger. Il lui a
semblé seulement, car elle n'a pas eu la force de soulever la planche
qui le cachait à moitié, enfoui dans les excréments,
Dieu est mon berger, tué " . C'est d'une toute autre intensité
que le texte de Christine Arnothy, et susceptible d'un questionnement sans
commune mesure.
- Avec Christine Arnothy, les candidats auront certes compris
qu'une catastrophe s'était abattue sur le Rwanda, mais son texte
permet surtout de ne leur en montrer que la phase finale et de la réduire
à l'exode, à la mort par épuisement, et bientôt
par le choléra. Autant d'éléments de substitution
au génocide pour donner le sentiment de cette catastrophe, et qui
ne concernent que les hutu, cette "foule des réfugiés
rwandais" dont il est établi que s'y mêlait une foule
de génocidaires en fuite vers le Zaïre. Le comble d'un révisionnisme,
annoncé, dénoncé, pourtant, dès l'année
du génocide.
- Septembre 1994, Alain Destexhe, secrétaire général
de MSF : "Parler de luttes tribales lorsqu'un groupe armé
majoritaire commet un génocide contre un autre, minoritaire et désarmé,
c'est commettre un grave contresens" (in Rwanda, Essai sur le
génocide). Contresens reconstitué sous l'autorité
de l'Education Nationale. Quant à mettre "sur le même
plan une hécatombe médicale provoquée par l'afflux
massif de réfugiés, lui-même conséquence du
génocide, et un crime de masse prémédité, planifié
et systématiquememt mis en oeuvre", dans ce cas on exagère
une catastrophe et on minimise un crime.
- L'Education Nationale n'a même pas eu à
minimiser le crime : le texte de Christine Arnothy permet qu'il n'ait jamais
existé. (AfriquEducation n°59-60. juillet-août
1999)
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