titre chronologie

1992 - 1994
 6 avril 1994
Août 2009 : un témoin clé de l'attentat se rétracte. Sale coup pour la "théorie Bruguières"
Janvier 2012 : le rapport d'expertise ballistique sur l'attentat semble innocenter le FPR
Mai 2012 : to be "impliqued" or not to be "impliqued"?...
pour lire le génocide 
  •  autres pages traîtant des conséquences du génocide, des réfugiés, de l'impunité:

 EXODES
AUJOURD'HUI

La répétition générale en mars 1992, du génocide de 1994, jette les bases de la déchirure programmée des pages d'histoire trop vite écrites sur l'ouverture démocratique. Les promesses n'engagent ici encore, que ceux qui les reçoivent. Le régime du nord a trop de comptes à rendre, et tient trop à ses privilèges pour accepter de troquer son pouvoir contre la prison ou l'exil. Il y a là, comme un non choix inacceptable, qui n'augure que du pire à venir. Mais à ce point de rupture qu'est mars 1992 pour les illusions des rwandais les plus modérés et progressistes, il convient de dérouler sommairement le fil épais des deux années qui vont aboutir au 6 avril 1994 et au génocide...

 dates  politique intérieure rwandaise  le Rwanda et les "bons offices" étrangers
4 janvier 1992  Marche des "Interahamwe" pour soutenir le gouvernement Nsanzimana et dire non au multi- partisme  
16 janvier 1992  Lettre ouverte de 100 intellectuels rwandais au président Habyarimana réclamant l'ouverture politique réelle. En janvier, rencontre à Arusha, Tanzanie, entre Habyarimana et Yoweri Museveni, président d'Ouganda très au fait des desseins du FPR. En janvier-février, missions de médiation entre les autorités religieuses rwandaises et le FPR d'un côté puis MDR, PL et PSD de l'autre. Création d'un Comité de contact comprenant ces trois partis, qui tiendra des réunions secrètes à Londres (fin janvier) et Naïrobi (26 février) avec le FPR.
4 au 10 mars 1992  massacres de Tutsi dans le Bugesera par l'armée et les milices encadrant la population réquisitionnée.
13 mars 1992  Protocole d'accord pour la formation d'un second gouvernement intérimaire MRND, MDR, PL, PSD et PDC. 
3 avril 1992  Nomination du premier ministre (MDR) du second  gouvernement, Dismas Nsengiyaremye.  
12 avril 1992  Juvenal Habyarimana quitte ses fonctions de chef d'état-major des armées pour pouvoir, selon la nouvelle Constitution, se présenter aux élections présidentielles.   
16 avril 1992  Mise en place du second gouvernement MRND, MDR, PL, PSD, PDC de transition. Pour la première fois, le MRND est minoritaire (9 postes pour 19 ministères).  
29 mai 1992  Bruxelles: pourparlers de paix entre le FPR et une coalition gouvernementale, mais sans le MRND.  
 5 juin 1992 Les combats continuent malgré le cessez-le-feu. Celui-ci ne sera effectif qu'au 1er août 1992 Signature d'un cessez-le-feu entre le FPR et cette coalition gouvernementale, donc sans le MRND. 
12 au 26 juillet 1992    Phases successives des premières négociations officielles à Arusha et Addis Abeba entre le FPR et le gouvernement rwandais au complet. 
 8 août 1992 Arusha: signature du premier protocole d'accord traîtant de "l'Etat de Droit".  
11 août 1992    Suite et fin des premières négociations d'Arusha sous l'égide de l'OUA. 
 26 août 1992 Elargissement à toute l'armée, de l'accord particulier du 18/7/75, d'assistance militaire et d'instruction de la Gendarmerie rwandaise par la France.  
18 octobre 1992  Marche de la CDR et des "Interahamwe" pour dire non au second gouvernement.   
26 octobre 1992  Marche du MRND et des "Interahamwe" pour soutenir les Forces Armées dont la restructuration risque de léser quelques figures nordistes.   
30 octobre 1992  Arusha: signature du deuxième protocole d'accord traîtant du "Partage du Pouvoir".  
15 novembre 1992  Ruhengeri: discours de Habyarimana qui qualifie les accords de cessez-le-feu d'Arusha de "chiffon de papier", et félicite les "Interahamwe" pour leur "travail" au Bugesera et ailleurs...   

22 novembre 1992 

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Kabaya (nord): le célèbre appel au génocide de Léon Mugesera devant des militants du MRND... "La vigilance, vous savez ce que c'est. Mesdames et messieurs, il y a des "Inyenzi" dans le pays. Ils ont envoyé leurs enfants au front pour prêter main forte aux "Inkotanyi" (...) Pourquoi n'arrête-t-on pas ces parents pour les exterminer ? pourquoi n'extermine-t-on pas tous ces gens qui convoient ces jeunes au front ? dites-moi, attendez-vous béatement qu'on vienne vous massacrer ? (...) souvenez-vous qu'il est dit dans notre Constitution que la justice est rendue au nom du peuple. Nous nous occupperons nous-mêmes de massacrer cette bande de salauds. C'est dit dans l'Evangile, vous le savez, que le serpent vient vous mordre et que si vous le laissez traîner parmi vous, c'est vous qui périrez. (...) Tout élément étranger à la cellule doit être noté; si c'est un connivent avec les "Inyenzi", il doit y périr sans autre forme de procès. Je disais dernièrement à un membre du PL que la faute que nous avions faite en 59 - c'est que j'étais enfant- c'est que nous vous avons laissé sortir sains et saufs. Et puis je lui ai demandé s'il n'a pas entendu la récente histoire des Falasha qui sont rentrés chez eux en Israël partant d'Ethiopie. Il me répondit qu'il n'en savait rien. Et moi de repartir: "tu dois être sourd et illettré, moi je t'apprends que votre pays, c'est l'Ethiopie, et que nous allons vous expédier sous peu chez vous via le Nyabarongo en voyage express". Voilà. Je vous répète donc que nous devons vite nous mettre à l'ouvrage (...)". ("les médias du génocide")
8 janvier 1993  Les négociations d'Arusha piétinent sur les questions militaires. La délégation gouvernementale juge les exigences du FPR excessives et s'en va avec cette phrase de Théoneste Bagosora, expert militaire à Arusha et futur planificateur du génocide: "Je rentre pour préparer l'apocalypse"   
20-22 janvier 1993  Manifestations du MRND dans tout le pays à la suite de l'achoppement d'Arusha, accompagnées de massacres de Tutsi ainsi que de Hutu modérés, surtout dans le nord. En réaction, le FPR viole le cessez-le-feu et lance une offensive qu'une interposition militaire française stoppe à quelques kilomètres de Kigali. Un million de "déplacés" du fait des massacres dans le nord et des combats, s'entassent autour de Kigali.   
1er février 1993    Entebbe (Ouganda): rencontre entre Habyarimana et Museveni. 
6-8 mars 1993  Négociations à Dar-Es-Salaam entre le FPR et le gouvernement rwandais et son premier ministre. Une déclaration finale fixe le nouveau rapport de forces militaires qui prévaudra jusqu'au 6 avril 94.   
27 mars 1993  La CDR se retire de l'ARD, Alliance pour le Renforcement de la Démocratie (coalition présidentielle avec le MRND), pour marquer son désaccord viscéral avec les accords d'Arusha après avoir exigé la démission d'Habyarimana coupable à ses yeux, de les avoir signés.   
30 mars 1993  Démission de Habyarimana de la présidence du MRND pour éviter le cumul de fonctions politiques et administratives. Mathieu Ngirumpatse prend sa place à la tête du MRND.   
 18 mai 1993 Assassinat d'Emmanuel Gapyisi, un des dirigeants emblêmatiques du MDR.   
9 juin 1993    Arusha: signature du protocole d'accord sur les réfugiés et les déplacés
3-4 juillet 1993  Congrès extraordinaire du MRND. Divisions internes pour le renouvellement des dirigeants.   
 8 juillet 1993 Première ouverture d'antenne de la RTLM, Radio Télévision Libre des Mille collines, fondée par les plus beaux fleurons de la mouvance extrêmiste Hutu, Ferdinand Nahimana, idéologue du génocide, Hassan Ngeze, directeur de "Kangura", Félicien Kabuga, "financier de l'extrême", et Alphonse Ntilivamunda, marié à Jeanne Habyarimana et membre des "Réseaux Zéro". Cette radio portera une grande responsabilité dans la prolifération de la haine ethniste et des tueries durant le génocide.   
18 juillet 1993  Mise en place du nouveau gouvernement de Mme Agathe Uwilingiyimana (MDR).   
23 juillet 1993  Congrès du MDR. Exclusion de Faustin Twagiramungu par l'aile "Hutu Power" du parti conduite par Donat Murego. Le parti éclate.  
3 août 1993    Arusha: mise au point du protocole d'accord sur les "Forces Armées et autres dispositions".
 4 août 1993   Arusha: signature de l'accord de Paix d'Arusha entre le gouvernement rwandais et le FPR. 
5 août 1993 

Faustin Twagiramungu est reconnu Premier ministre du GTBE, Gouvernement de Transition à Base Elargie. Selon le protocole signé à Arusha, les ministères se répartissent comme suit:

  • 5 dont celui de la Défense pour le MRND.
  • 5 dont celui de l'Intérieur pour le FPR.
  • 4 + celui de Premier Ministre pour le MDR.
  • 3 dont celui des Finances pour le PSD.
  • 3 pour le PL.
  • 1 seul pour le PDC.
La nouvelle armée sera réduite de 40.000 pour les "ex-FAR" + 30.000 pour "l'ex-APR", à un total de 19.000 hommes dont 6.000 pour la gendarmerie. 60% viendront des FAR, et 40% du FPR-APR. Les commandements seront partagés moitié-moitié.

Il est établi que les institutions de Transition se mettront en place le 10 septembre 1993 au plus tard, et que la durée de la période de transition sera de 22 mois. Tout cela sous la protection de L'ONU et de la MINUAR, Mission des Nations Unies d'Assistance au Rwanda censée remplacer la mission d'information créée le 22 juin, et déployer ses 2500 hommes durant la seconde quinzaine de novembre.

23 août 1993  Obsèques de Fidèle Rwambuka, un des principaux responsables en tant que bourgmestre de Kansenze, des massacres du Bugesera de mars 92. Mystérieusement assassiné. La crème de l'Akazu et de l'extrêmisme "Power" assiste à ses obsèques.   
10 septembre 1993  Le GTBE n'est pas en place car la MINUAR tarde à être créée par une résolution des Nations Unies. De plus, la confusion règne dans les partis et la branche "Hutu-Power", majoritaire au MDR et hostile aux accords d'Arusha, en profite pour ne pas reconnaître ses représentants dans les ministères du GTBE.   
5 octobre 1993    Vote par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, de la résolution 872 autorisant le déploiement de ses forces au Rwanda avec un mandat de 6 mois. 
 21 octobre 1993 Les extrêmistes "Hutu Power" du MDR (avec Donat Murego) prennent fait et cause pour leurs frères Hutu du Burundi, allant jusqu'à se joindre à eux dans des manifestations communes, et adopter leurs slogans ethnistes, accentuant davantage encore les clivages au sein du MDR. Burundi: assassinat du président de la République récemment élu démocratiquement, Melchior Ndadaye,un Hutu. S'en suivent des massacres de Tutsi, puis une répression militaire (l'armée est tenue par les Tutsi) à l'encontre des Hutu, qui provoque l'exode de 700.000 réfugiés hutu vers le Rwanda. Certains de ces réfugiés participeront au génocide rwandais à Butare et au sud du pays.  
 1er novembre 1993 Début du déploiement (1260 hommes) de la MINUAR au Rwanda. Son mandat consiste à:
  • surveiller le cessez-le-feu du 8 février.
  • contrôler le rapatriement des réfugiés.
  • contrôler la réinstallation des déplacés.
  • veiller à la démilitarisation de Kigali. 
 
13 novembre 1993  Le PL se déchire quand son dirigeant Landoald Ndasingwa fait élire au comité exécutif quatre Tutsi et en désigne un cinquième pour la Présidence de l'Assemblée Nationale de Transition qui revient au PL. Les Hutu quittent alors le PL et rejoignent la mouvance "Hutu Power".   
mi-novembre 1993  Massacres de Tutsi dans la zône démilitarisée, au nord du pays. Les auteurs ne sont pas identifiés.   
27-29 novembre 1993    Naïrobi: réunion des partis politiques, des Eglises et des associations humanitaires rwandaises sous l'égide de la CETA et de Mgr Desmond Tutu. 
15 décembre 1993  Les derniers éléments du détachement Noroît de l'assistance militaire française quittent le Rwanda.   
11-20 décembre 1993  Double congrès du PL dès lors divisé, congrès du PSD, préparation d'un congrès de réconciliation du MDR pour les optimistes. Influence de Naïrobi et de Desmond Tutu ?   

28 décembre 1993 

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Le processus de mise en place des institutions de transition est enfin sur ses rails, en tout cas dans les apparences. La délégation du FPR entre à Kigali escortée par des casques bleus belges (trahison diront les extrêmistes). Cette délégation se compose de 600 hommes de l'APR qui assureront la sécurité des ministres et députés du FPR.   
5 janvier 1994  D'après le protocole d'accord signé à Arusha sur le "Partage du Pouvoir", c'est au MRND que revient la présidence de la République. Juvenal Habyarimana, pas fâché de la chose, prête serment pour sa cinquième investiture. Report dans le même temps, de la mise en place du GTBE et de la nouvelle assemblée nationale.  janvier: publication du rapport "Arming Rwanda" par "Human Rights Watch". Où le régime de Juvenal Habyarimana est accusé d'avoir utilisé une grande partie de l'aide directe à la balance des paiements ainsi que d'autres crédits internationaux pour renforcer son armée et acheter des armes et des machettes, notamment en Egypte et en Chine.
16 janvier 1994  Meeting du MRND au stade de Nyamirambo (faubourg de Kigali) en présence du MDR-Power et du PL-Mugenzi, une sorte de messe des "jusqu'au boutistes".   
20 février 1994 Jean Birara, modéré très respecté et ancien gouverneur de la Banque Nationale du Rwanda reçoit la visite de son parent, le général Déogratias Nsabimana, qui lui montre une liste de 1500 noms de "personnes à contacter" pour la seule ville de Kigali, tous Tutsi et Hutu modérés. Justement, pas plus tard que le lendemain...  
 21 février 1994  Assassinat du ministre Félicien Gatabazi (PSD) la veille de la quatrième tentative de mise en place du GTBE.    
23 février 1994  Assassinat de Martin Bucyana, le président de la CDR, lynché par la foule à Mbazi (Butare) pour venger la mort de Félicien Gatabazi.   
 18 mars 1994 Faustin Twagiramungu présente sa "dernière liste" des ministres du GTBE acceptés par tous les partis, liste qu'il soumet le lendemain à l'Assemblée Nationale de Transition.   
25 et 28 mars 1994  Reports successifs de la mise en place du GTBE.   
 29 mars 1994 Réunion de l'état-major des FAR avec la préfecture de Kigali, pour jeter les bases du "plan de l'auto- défense populaire". Objectifs: défense des quartiers, recherche et "neutralisation" des infiltrés. Pour les autres communes, suggestion est faite au Ministère de la Défense, de former la population au maniement des armes traditionnelles (épées, lances, machettes, arcs et autres gourdins cloutés) du fait du stock insuffisant d'armes à feu disponibles.   
31 mars 1994  Assassinat du "commandant" de la CDR à Kigali Alphonse Ingabire  
4 avril 1994  L'ONU menace de retirer la MINUAR si aucun progrès n'est constaté dans la mise en place du GTBE.   

 6 avril 1994

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Renouvellement pour 3 mois du mandat de la MINUAR. Décision de la CIVPOL (police de l'ONU) d'organiser le lendemain une fouille en règle du quartier de Nyakabanda (Kigali) pour récupérer les armes circulant parmi la population. ILS N'EN AURONT PAS LE TEMPS...  Dar-Es-Salaam: sommet régional sur les crises du Burundi et du Rwanda en présence des présidents Ntaryamira, Habyarimana, Arap Moï et Mwinyi (Mobutu et Museveni se sont abstenus). Le Falcon 50 transportant les présidents du Burundi et du Rwanda est abattu à 20h15 lors de son atterrissage à Kanombe (Kigali).

LA DOUBLE THEORIE DE L'ATTENTAT DU 6 AVRIL 1994

Les victimes de cet attentat sont:
  • Juvenal Habyarimana, président de la République du Rwanda.
  • Cyprien Ntaryamira, président de la République du Burundi.
  • Général-major Déogratias Nsabimana, chef d'état-major des FAR.
  • Colonel Elie Sagatwa, secrétaire particulier et beau-frère du président Habyarimana. Spécialiste des dossiers secrets de l'armée.
  • Major Thaddée Bagaragaza.
  • Juvenal Renzaho, ambassadeur et conseiller à la présidence.
  • Emmanuel Akingeneye, médecin personnel du président.
  • Cyriaque Simbizi, ministre burundais.
  • Bernard Ciza, ministre burundais.
Ainsi que les trois membres français de l'équipage du Falcon 50 (grâcieusement offert par la France, en parfait état de marche et avec l'équipage en détachement permanent à la présidence rwandaise):
  • Major Jacky Héraud.
  • Colonel Jean Pierre Minaberry.
  • Jean Marie Perrine, mécanicien de bord.

CE QUI EST COMMUN AUX DEUX HYPOTHESES...

L'attentat s'est produit le 6 avril vers 20h30. Le Falcon 50 du président Habyarimana -dont les trois membres d'équipage étaient mis à disposition par la France- rentre d'une réunion organisée à Dar-Es-Salaam par le président tanzanien Mwinyi, "faciliteur" des accords d'Arusha. Il a à son bord des membres importants, civils et militaires, du pouvoir rwandais officiel et officieux, mais aussi le président burundais qui a assisté à la réunion: son avion était en panne et son collègue rwandais a proposé de le reconduire à Bujumbura, après étape à Kigali. Alors que l'avion descend dans l'axe de l'aéroport et s'apprête à atterrir, il est touché par un missile épaulé à guidage infrarouge (deux semble-t-il, ont été tirés). L'avion explose, et ses débris aboutissent dans le jardin de la résidence présidentielle, située à proximité de la piste. "Des barricades ont été posées entre trente et quarante-cinq minutes après l'accident d'avion et avant même que la nouvelle de l'accident ait été annoncée par la radio nationale", indique le rapporteur de l'ONU René Degni-Segui. Dans la nuit et jusque tôt dans la matinée, la Garde Présidentielle et des éléments des FAR s'en vont executer une liste de personnalités d'opposition, dont le premier ministre Agathe Uwilingiyimana. Et Radio Mille Collines entame la litanie de ses appels au génocide." ("Complicité de génocide" de François-Xavier Verschave. oct.94. La Découverte.)  
 

LES DEUX HYPOTHESES DE COLETTE BRAECKMAN ET STEPHEN SMITH...

à propos de   hypothèse Braeckman hypothèse Smith  ce qu'on peut préciser 
Présentation des journalistes Journal "LE SOIR" (Bruxelles) et collaboratrice du "Monde diplomatique". Spécialiste des dossiers africains, en particulier le Zaïre (RDC), le Rwanda et le Burundi. Auteur de "Le Dinosaure: le Zaïre de Mobutu"(1992), "Rwanda, his- toire d'un génocide"(1994), "Terreur africaine, Burundi, Rwanda, Zaïre: les racines de la violence"(1996), éd. Fayard. Son hypothèse de l'attentat parait dans "le Soir" dès le 17 juin 94, "L'avion rwandais abattu par deux Français", puis plus précise le 24 juin 94, "Rwanda: l'enquête se poursuit à Bruxelles". Ses sources: l'auditorat militaire belge qui a mené une enquête officielle très vite sur place à cause du massacre perpétré par "vengeance" par la Garde Présiden- tielle sur 10 casques bleus belges quelques heures à peine après l'attentat. Journal "LIBERATION" (Paris). Spécialiste de l'Afrique. Aura des rapports privilégiés avec les services secrets français pour cette enquête et attendra de recueillir une centaine de témoignages avant d'avancer sa propre hypothèse de l'attentat dans un article qui paraîtra le 29 juillet 94, "Habyarimana, retour sur un attentat non élucidé". Fait paraître à la même époque, un livre d'entretiens avec Ahmedou Ould Abdallah (représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU au Burundi en 95), "La diplomatie pyromane"(Calmann-Levy).   28 novembre 1997: "Stephen Smith, journaliste au quotidien français "Libération", voit sa demande de visa refusée par l'ambassade du Rwanda en France. Le 1er décembre, Modeste Rutabagiro, chargé d'affaires à l'ambassade, confirme au journaliste que ce dernier est déclaré "personna non grata" au Rwanda, ajoutant "qu'il n'a qu'à s'en prendre qu'à lui-même en fonction des horreurs qu'il écrit." ("La Lettre de Reporters sans Frontières")
Les hypothèses  L'attentat aurait été prémédité par les "jusqu'au boutistes" de la CDR qui savaient que Juvenal Habyarimana cèderait à la communauté internationale arc-boutée quant à elle, sur l'application "rapide" des accords d'Arusha. L'attentat serait ici, attribué à deux militaires français déguisés en casques bleus belges.  L'attentat serait l'oeuvre du FPR (Smith ne parle à l'époque, que de présomption et le reconnait puisque les preuves matérielles n'existent pas) qui aurait décidé de se débarrasser d'un ennemi viscéral, Juvenal Habyarimana, qui toujours, empêcherait le processus démocratique de se développer, et l'application réelle des accords d'Arusha.   
La "boîte noire"  En réponse aux allégations de Paul Barril (ci-contre), C.Braeckman publie un nouvel article le 24 juin où elle affirme que la "boîte noire" "fut recueillie sur les lieux de l'attentat par le commandant de Saint-Quentin" et qu'elle est à Paris. Une photo existe, en posses- sion de l'auditorat militaire belge, qui montrerait le commandant de Saint-Quentin ramassant la "boîte noire" sur le site du drame, cette photo permettant aux enquêteurs de s'appuyer sur l'ONU pour présenter une requête auprès de la France afin d'écouter l'enregistreur de vol qui pourrait contenir "des informations très intéressantes". Ce sera peine perdue. Pour Colette Braeckman, le comportement déjà fuyant de la France à l'époque, ne plaide pas en faveur de son innocence totale.   S.Smith confirme que le comman- dant de Saint-Quentin aurait bien pu récupérer la "boîte" la nuit même de l'attentat puisqu'il résidait à proximité. Mais selon ses sources (les services secrets français), la boîte noire et la tête d'autoguidage infra-rouge du missile auraient dû être récupérées le 10 avril par un commando militaire français qui avait pour mission principale, de récupérer les corps des trois hommes de l'équipage français du Falcon. Ce commando serait rentré bredouille en ce qui concerne la boîte et la tête d'autoguidage (cela permettra à la France de nier devant l'ONU, être en possession de cette boîte noire). S.Smith considère comme C.Braeckman que l'inter- vention médiatisée de Paul Barril est une "mascarade", mais il évite de se demander si l'histoire du commando français n'en est pas une autre. Le 17 juin, Braeckman avance que la France est impliquée dans l'attentat. Aussitôt, la France gênée oppose un démenti. Le 23 juin, Paul Barril (ex-super gendarme de l'Elysée) fait la "une" du Monde et des journaux télévisés, présentant à la presse ce qui s'avèrera n'être qu'une fausse "boîte noire", ceci afin d'appuyer la thèse d'un attentat du FPR... (Barril est à l'époque au service probable d'Agathe Habyari- mana et mène pour elle, sa propre enquête sur l'attentat). Mais où peut bien être cet enregistreur de vol en juin 94, sinon à Paris ? et qui peut attendre trois jours pour récupérer des indices compromettants, sinon celui qui est déjà en possession de ces indices, et monte une histoire de mission commando à vocation "humanitaire" (risquer des vies pour récupérer trois corps) et "annexe" (récupérer le cas échéant une boîte noire et une tête de missile qui traîneraient par là) pour donner le change ?
 Les missiles L'hypothèse de la boîte noire selon Colette Braeckman vaut tout autant pour les missiles. Si des Français les ont tirés, ils les ont acheminés avant jusqu'au Rwanda. Et si les têtes d'autoguidage ont disparu, alors personne ne peut prétendre preuves à l'appui, que la France est derrière l'attentat. La boucle est bouclée.  Le commando de Stephen Smith n'a pas plus trouvé de tête d'auto- guidage infrarouge que de boîte noire. C'est dommage. D'autre part, Smith montre que le FPR avait des missiles à infrarouge et que les FAR n'en disposaient pas selon les dires de deux anciens ministres de la défense rwandais. Il ne va pas jusqu'à dire que le traffic d'armes est impensable au Rwanda.  On parle en 1994 de missiles Sam soviétiques ou encore de Stinger américains. Depuis l'audition début avril 1998, de Filip Reyntjens, universitaire belge spécialiste de l'Afrique centrale, par la mission d'information parlementaire sur le Rwanda présidée par Paul Quilès, nous savons plus précisément que ce sont des missiles SAM-16 Gimlet qui ont abattu l'avion et qu'ils proviennent d'un lot saisi en février 1991 par l'armée française en Irak, lors de la guerre du Golfe, et acheminé en France. Ces renseignements proviennent de sources militaires américaines et belges et ont aussi servi aux conclusions d'un rapport d'enquête du Sénat belge sur le génocide au Rwanda paru en février 1998.  
Filip Reyntjens devant la mission d'information parlementaire sur le Rwanda (avril 1998) : " Nous disposons des numéros de série des deux missiles sol-air qui ont servi à abattre l'avion présidentiel», dit l'universitaire belge. Deux nouvelles sources, affirme-t-il, lui permettent de confirmer la théorie qu'il avait déjà livrée dans un livre publié en 1996. Les renseignements militaires belges et américains lui ont assuré que les missiles SAM-16 Gimlet qui ont abattu l'avion proviennent d'un lot saisi en février 1991 par l'armée française en Irak, lors de la guerre du Golfe, et acheminé en France. &laqno;Deux sources tout à fait différentes des miennes semblent avoir confirmé cette information au journal Le Figaro la semaine dernière», ajoute-t-il. Selon le Figaro, deux militaires français sont prêts à témoigner dans le même sens devant la mission d'information". Dès lors, conclut Reyntjens, la France connaît ou peut connaître l'auteur ou les auteurs de l'attentat : en effet, on conçoit mal qu'on puisse prélever des missiles sol-air de stocks militaires, sans que ce retrait ne laisse une trace. Il est donc possible d'établir quand, comment, par qui ces missiles ont été acquis et de remonter ainsi la fillière.»..... Quel intérêt la France avait-elle à éliminer son allié Habyarimana, s'enerve alors le RPR Jacques Myard. Que les missiles proviennent de stocks français ne veut pas forcément dire que la France est responsable, répond Reyntjens. Mais côté français, il s'est "heurté à un mur de béton qui s'appelle secret-défense".(LIBERATION 9/4/98)
Les tireurs  Le tir n'a pu pour C.Braeckman, être le fait de militaires des FAR, jamais formés à ce type d'exercice. Elle cite un témoignage direct venant de Kigali qu'elle a pu recouper ensuite: "l'avion aurait été abattu par deux militaires français du DAMI (Détachement d'assistance militaire à l'instruction) au service de la CDR". Le témoin précise que "les deux tireurs français auraient mis des uniformes belges pour quitter l'endroit et être vus par deux soldats de la Garde nationale". On comprend dès lors, les accusations portées ensuite contre les casques bleus belges, et les témoins oculaires qui ont vu des belges sur les lieux de l'attentat. On voit aussi plus aisément le rapport de cause à effet entre cet attentat et le massacre de 10 casques bleus belges quelques heures après. Le tir n'a pu pour S.Smith non plus, être le fait de militaires des FAR. Mais il estime que la version de Braeckman manque de preuves, et lui reproche d'avoir été soutenue par la CIA et les enquêteurs belges. Il ne nie pas toutefois ce que les services secrets français eux-mêmes ne peuvent tout à fait exclure, c'est à dire la participation d'un français à l'attentat, un genre de "soldats de fortune". Ils en ont cherché mais n'en ont trouvé ni trace, ni indice, pensant pour leur part (les services secrets) que dans un tel cas, "ils sont ou très bien planqués, ou morts". Précisons que les sources de Stephen Smith viendraient du renseignement militaire français plutôt que de la DGSE: en effet, cette dernière pencherait pour la thèse de Colette Braeckman, allant jusqu'à la soutenir contre l'avis du renseignement militaire. Colette Braeckman n'a pas en juin 1994, d'idée précise sur le cadre de l'intervention de soldats français dans l'attentat (pourquoi seuls quatre leaders de la CDR étaient-ils dans la confidence ?). Elle ne croit pas que l'ordre soit venu de Paris, et penche pour une initiative "locale inquiètante", mais couverte ensuite par Paris. Cela expliquerait que la France "ait inclus dans l'Opération "Turquoise" tout ce qu'elle comptait de spécialistes des "renseignements en profondeur" et des "opérations en zône hostile" (pour récupérer les deux soldats qui auraient fait connaître leur position par radio dans le nord du Rwanda ? ou peut-être pour les faire réellement disparaître ?)". Les renseignements militaires belges et français sont d'accord sur un point: "les coupables seraient de race blanche et au nombre de deux, donc peut- être des mercenaires venus d'Europe ou d'Afrique du Sud". Vue la mission ultra-secrète confiée à ces deux hommes, on imagine mal qu'ils aient pu couler ensuite beaucoup de jours heureux.
Le lieu du tir  Il s'agit "sans conteste", du lieu-dit "Massaka" en bordure de l'aéroport grégoire Kayibanda et du camp de Kanombe où la Garde Présidentielle a ses quartiers. C.Braeckman apporte une précision de taille, mais à lire plusieurs fois tant il est vrai que mille raisons peuvent être invoquées pour expliquer pourquoi on perd parfois la raison: "Dans les trois jours qui ont suivi l'attentat, tous les témoins éventuels ont été liquidés. Plus de 3000 personnes ont ainsi été éliminées aux alentours de Massaka par les paras rwandais du camp de Kanombe." On peut répondre à C.Braeckman à la place de S.Smith, et arguer que si la Garde Présidentielle a tué 3000 personnes en trois jours, ce ne peut être pour éliminer dans une telle masse, deux ou trois témoins oculaires qui selon les récits des uns et des autres, ne se sont jamais cachés d'avoir vu "deux casques bleus belges", ce qui a d'ailleurs rendu fous de rage les soldats de la Garde Présidentielle, coupables du massacre ensuite, de 10 soldats belges de la MINUAR. Mais, c'est vrai que Massaka a été nettoyé en trois jours par la GP, et que cela demande explication. Massaka est loin du CND où sont cantonnés les 600 soldats du FPR chargés de la protection de leurs députés et ministres du GTBE. Cinq kilomètres environ. D'après les officiers de la Minuar qui les observaient ce soir-là à la jumelle infrarouge, aucun n'est sorti de l'ancien Conseil National du Développement. Ont-ils alors des raisons à la Minuar, de dissimuler le contraire ?... et la Garde Prési- dentielle n'est-elle pas manipulée depuis le début ?... pour les 3000 morts de Massaka, n'aurait-elle pas simplement commencé à appliquer un programme de génocide prévu de longue date et visant les "Inyenzi" et leurs "Ibyitso" ?...  
les mobiles  Pour Braeckman, Juvenal Habyarimana était soumis à une telle pression internationale qu'il a finalement cédé et accepté les accords d'Arusha lors de la réunion de Dar-Es-Salaam d'où il revenait le 6 avril 94. Il se serait apprêté à faire une allocution dans ce sens à la radio dès son retour à Kigali, annonçant l'application des accords d'Arusha. Les ultras n'auraient pu en accepter plus.  S.Smith pense lui, que le président avait déjà réussi à diviser son opposition intérieure et préserver le pouvoir de la présidence. De plus, personne ne connaissait l'issue de la réunion de Dar-Es-Salaam. Bien sûr, pour lui aussi, certains cadres militaires acceptaient mal les réformes promises de l'armée selon les accords d'Arusha, en particulier au sein de la Garde Présidentielle qui serait soumise à une autorité démocratique.  Parlons aussi des comptes que devront rendre dès l'application des accords, les membres de l'Akazu et en général, tout l'entourage prési- dentiel. Les traffics seront mis à jour, les détournements de l'aide internationale, les tortures et crimes contre des personnalités politiques, la situation sociale et économique du pays aussi, désastreuse depuis 1989 et la crise du café. Les vrais mobiles de l'attentat cernent fran- chement une mouvance proche des réseaux nordistes et opposée aux accords d'Arusha... celle-là même, qui va déclancher simultanément l'execution programmée, et testée maintes fois, du génocide. 
les victimes  Les figures essentielles du régime qui devaient mourir dans l'attentat n'ont pas infléchi la décision de ses commanditaires, depuis plusieurs mois opposés à la politique de "collaboration du président avec l'ennemi". C'est ce que semble penser Colette Braeckman dont le principal témoin (son nom n'a pas été révélé à cause des risques encou- rus pour sa vie), qui a imputé l'attentat à quatre membres de la CDR épaulés par le DAMI, assure que la famille du président ne savait pas qu'un attentat se préparait. A le croire, il ne faudrait donc pas chercher du côté de l'Akazu... Stephen Smith ne veut pas croire que la personnalité des victimes désignées n'ait pas pu influer sur la décision de l'attentat. Si des ultras avaient voulu éliminer le président, ils pouvaient le faire chaque jour à Kigali. De plus, la France "dans le cadre de ses institutions républi- caines", ne pouvait selon Smith, abonder dans le sens d'un attentat qui entraînât la mort des trois français membres de l'équipage.  Reste alors certains mercenaires issus de l'armée française, et travaillant pour les plus offrants, ceux ci pouvant être un petit groupe émanant de la CDR, ou des ultras de l'armée tels que les deux commandants de la Garde Présidentielle. Jean Birara, l'ancien Directeur de la Banque Centrale du Rwanda, estime dans La Libre Belgique du 24 avril 1994 que c'est "la Garde Présidentielle, commandée par le Major Léonard Nkundiye et le Colonel Mpiranya, qui a lancé les premiers Interahamwe dans les rues pour commencer à tuer". Juste après l'attentat qu'ils auraient organisé ?
 l'attentat premier rouage moteur de l'engrenage du génocide ? Le pré-rapport de "African Rights" de mai 1994, "Rwanda. who is killing, who is dying, what is to be done." corrobore une partie de la thèse de C. Braeckman. Extraits... "La séquence détaillée des évène- ments (...) constitue une forte évidence circonstancielle en faveur de la thèse selon laquelle la destruction de l'avion par la Garde Présidentielle fait partie d'un coup d'état visant à porter au pouvoir une faction politique radicale et à détruire le processus de paix et de transition vers la démocratie, l'assassinat en masse des opposants représentant l'étape suivante de cette séquence d'évènements soigneusement préparée." S.Smith reconnait que tout s'est passé très vite dans les heures qui ont suivi l'attentat, et selon des listes pré-établies des personnes à éliminer, ce qui accable les ultras du hutuisme. Mais cela ne prouve pas la préméditation ni le rapport de cause à effet selon lui: "depuis longtemps, le terrorisme d'état était érigé en service public, et des "listes noires" connues de tous, étaient prêtes des deux côtés". Si l'horreur fut ainsi déclenchée, chacun sachant que le Rwanda était prêt à s'enflammer à tout moment, ce peut tout aussi bien être à cause d'une réaction spontanée de factions entraînées pour cela, après l'attentat contre l'avion présidentiel perpétré pour Stephen Smith, par le FPR.

Stephen Smith ne citera pas les renseignements militaires français quand ceux-ci prétendront qu'une offensive du FPR dans le nord du pays avait commencé trente minutes après l'attentat, et avant son annonce officielle. Mais selon Colette Braeckman, Paul Kagame était alors à Kampala et "une offensive générale du FPR n'aurait pu se déclencher sans son chef militaire". Et si ce renseignement avait eu quelque portée, l'armée rwandaise en eût été informée et la première cible du déchaînement des violences eût été le contingent des 600 hommes du FPR cantonnés à Kigali. Ceux-ci n'ont pas été inquiétés avant le 7 avril à 16h30, presque 24 heures après l'attentat. Durant ces heures, la Garde Présidentielle a paré au plus pressé mais de façon calculée et systématique, éliminant d'abord les person- nalités et ministres hutu modérés qui ne pouvaient avoir aucune responsabilité dans l'attentat mais pouvaient par contre, exiger l'application des accords d'Arusha malgré l'attentat. 

Précision importante confirmée entre autres par la Mission parlementaire française en 1998 : les forces du FPR n'ont fait route sur Kigali qu'à partir du 10 avril 1994.

Dans les heures qui suivent l'attentat, la Garde Présidentielle et les "Interahamwe" bouclent tous les quartiers de Kigali, dressent des barricades et commencent à exterminer les opposants hutu promis à des fonctions importantes dans les institutions de transition selon les accords d'Arusha, puis chassent "le belge" et entament ensuite le génocide. Des affrontements à l'arme lourde opposent des unités des FAR à la GP durant les deux premiers jours, comme si une partie des FAR sentaient le piège d'un coup d'état fomenté par la Garde Présidentielle. Le 7 avril à 17 heures, les FAR publient un communiqué de 6 points qui traîtent de retour à la discipline dans l'armée, d'un appel aux politiques pour accomplir leur devoir et appliquer les accords d'Arusha, de la création d'un comité de crise, de retour au calme et de refus du vandalisme parmi la population, et d'ordres donnés aux préfets de décréter le couvre-feu si nécessaire. Ce communiqué n'aura pas d'effet direct sur le comportement de la Garde Présidentielle et des milices associées. D'autres combats à l'arme lourde auront encore lieu le soir même entre FAR et GP, cette dernière n'étant vraiment pas décidée à s'arrêter après tous les efforts déjà accomplis pour saboter la paix et la transition. Mais peut être était-ce sa mission avant la mise en place du comité de crise, véritable junte militaire, et du GIR, tristement appelé ensuite, "gouvernement du génocide"... 

Laissons à F.X.Verschave, la conclusion de ce chapitre sur les deux thèses de l'attentat du 6 avril 1994: "Quoi qu'il en soit, à l'heure où ces lignes sont écrites, fin septembre 1994, l'on peut soutenir que la version de Colette Braeckman a neuf chances sur dix d'être exacte. Et cela pose un abime de questions. Comment, face à une telle probabilité, la première réaction d'un gouvernement républicain peut-elle être d'étouffer l'affaire et de faire pression sur un pays voisin (la Belgique) ? comment, par son absence de curiosité et d'investigation, la quasi-totalité de la presse française peut-elle être complice de cet étouffement ? comment l'opinion publique peut-elle être à ce point anesthésiée qu'elle ne mesure pas l'incroyable gravité de cette hypothèse ? Car enfin, cela signifierait que la présence militaire de la France en Afrique, ce dogme intangible, est devenue si peu contrôlée qu'elle autorise des bavures gigantesques, et qu'à une implication dans les causes lointaines du génocide rwandais, nous aurions ajouté une responsabilité majeure dans sa cause immédiate." (sources de ce chapitre: "Complicité de génocide ? la politique de la France au Rwanda" de François-Xavier Verschave. oct.94. éd. La Découverte/essais, puis "Libération", "La libre Belgique", l'universitaire Filip Reyntjens, Gérard Prunier...)

Mars-avril 2000 : un rapport émanant de l'ONU et vieux de trois ans à l'époque, met en cause Paul Kagame dans l'organisation de l'attentat du 6 avril 1994. Documents.

En 2004, ce rapport n'est plus cité : le juge Bruguières en avait instamment demandé copie à l'époque à l'ONU pour le verser au dossier d'instruction contre Paul Kagame ( après plainte pour assassinat déposée par les familles des trois membres d'équipage français du Falcon 50 morts dans l'attentat du 6 avril ). affaire à suivre...

7 avril 2004 : Paul Kagame a, lors des cérémonies de commémoration des 10 ans du génocide, accusé ouvertement la France "d'avoir sciemment entraîné et armé les troupes gouvernementales et les milices qui allaient commettre un génocide" tout en sachant "qu'elles allaient commettre ce génocide". Voilà qui conforterait la thèse de Colette Braeckman... d'autant que pour le coup, la France fait tellement obstacle depuis 10 ans à la mise en lumière de ce qui s'est passé ce soir du 6 avril 1994, qu'on peut imaginer qu'elle aurait plus à perdre qu'à gagner en se comportant de façon moins tordue...

27 avril 2007 : Seuls les français savent ce qui s'est passé selon un nouvel article de Colette Braeckman... Aujourd'hui chargé de la démobilisation et de la réinsertion des anciens militaires rentrés du Congo, le général Rwarakabije participait à l'époque au « comité de crise » mis sur pied par le colonel Bagosora dans les heures qui suivirent l'attentat. Evoquant les premières minutes qui suivent la chute de l'avion, le général rappelle que « si la Mission des Nations unies au Rwanda gardait l'aéroport, toute la zone était protégée par le bataillon d'artillerie anti-aérien. Nos meilleures unités se trouvaient là et je ne vois pas comment une équipe de tireurs inconnus aurait pu s'infiltrer sur les lieux. Dès la chute de l'avion, la garde présidentielle s'est précipitée dans le jardin de la villa, et elle en a interdit l'accès à la Minuar. Seule une petite équipe de militaires français, dirigée par le colonel Grégoire de Saint Quentin, qui se trouvait tout près, a pu arriver sur place. Eux seuls pourraient dire ce qui s'est passé, parce que le colonel français a tout de suite ramassé des débris encore brûlants. Par la suite, les Forces armées rwandaises ont collecté plusieurs pièces, dont des douilles, et en mai, lorsque le lieutenant-colonel Rwabalinda s'est rendu en mission à Paris, il a remis tous ces objets au général Huchon, chef de la coopération militaire à l'Elysée ».

Autrement dit, si une boîte noire a jamais existé, c'est à Paris qu'elle se trouve encore. Rwarakabije insiste : « Le colonel de Saint Quentin doit s'expliquer et les Belges doivent dire pourquoi ils n'ont pas pu accéder à l'épave de l'avion. »
Le colonel français ne risque pas de s'exprimer de sitôt: convoqué au tribunal pénal international d'Arusha, il est couvert par le « secret-défense » et protégé par l'Etat français...

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25 août 2009 : Plus de 15 ans ont passé depuis le génocide et voilà un coup de théâtre qui n'ébranlera pas les convictions des uns et des autres mouillés ou non, mais fera tout de même sourire ceux à qui personne n'a jamais fait croire que le FPR aurait pu être derrière l'attentat du 6 avril, ni que les casques bleus belges auraient pu être leurs complices...

 LE CARNET DE COLETTE BRAECKMAN
Le blog de notre envoyée spéciale en Afrique (le soir.be)
Témoin-clé de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana, l’opérateur radio se rétracte
posté le 25 août 2009
« Les gorilles ont perdu, les bergeronnettes ont gagné le match. (…) Ce jour est inoubliable pour nous et notre ethnie. Si le président est tué, nous sommes sûrs de la victoire. (…) La réunion de Mulindi est annulée, je vous remercie et vous félicite pour l’opération d’hier. (…)Nous félicitons les groupes d’action en profondeur. (…)Toutes les unités doivent se mettre en état d’alerte car la guerre commence. »
Dès le 7 avril 1994 vers 8 heures du matin, les messages commencent à s’accumuler sur les bureaux des officiers chargés du renseignement à Kigali. Ils ont été interceptés à Gisenyi par le centre d’écoute de Mutotori chargé de capter les communications radio du Front patriotique rwandais et ils sont on ne peut plus clairs : en langage codé, les « gorilles » désignent les Hutus, les «bergeronnettes » sont les Tutsis. Les seconds, depuis leur quartier général de Mulindi, revendiquent ce qu’ils présentent comme un haut fait d’armes : avoir abattu, dans la soirée du 6 avril, l’avion qui ramenait de Tanzanie le président du Rwanda Juvenal Habyarimana et son collègue le président du Burundi Cyprien Ntaryiamira. L’un des messages relève aussi l’aide apportée par la communauté belge dans la réussite de cette mission. Comment les officiers de l’armée rwandaise, qui prennent connaissance de ces communications radio, pourraient ils douter du fait que leur ennemi, le Front Patriotique rwandais, dirigé par Paul Kagame, se prépare à reprendre la guerre après avoir assassiné le président hutu ? comment ne pourraient ils pas soupçonner les Belges, et en particulier les Casques bleus qui font partie du contingent de la MINUAR (Mission des Nations Unies pour le Rwanda), d’avoir prêté main forte à cette opération ? la veille déjà, quelques minutes après le crash de l’avion présidentiel, les coupables avaient été désignés : une personne qui, dans l’enceinte de l’ambassade de France, répondait aux appels de civils inquiets, avait assuré que les Belges avaient abattu l’avion du président. Cette information sera répercutée durant la nuit par la radio des Mille Collines et elle mènera, le matin suivant, à la mort des dix Casques bleus belges qui étaient chargés d’assurer la protection du Premier Ministre Agathe Uwilingyimana. Depuis lors, ces messages radio captés à Gisenyi fondent la conviction de millions de Rwandais qui accusent le FPR d’avoir « déclenché » le génocide en assassinant le président Habyarimana, ils sont l’argument principal d’innombrables ouvrages écrits sur le sujet (dont celui de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, éditions Fayard) et surtout, ils forment la pièce principale du mandat d’arrêt lancé par le juge français Jean-Louis Bruguière à l’encontre de neuf hauts dirigeants rwandais accusés de l’attentat.
Des messages manuscrits et non pas captés
Le problème, c’est que ces messages radio, d’une importance capitale, n’ont pas été captés émis par le FPR et captés sur les ondes : ils ont été lus et diffusés au départ de textes manuscrits que le colonel Anatole Nsengyumva, le commandant militaire de Gisenyi, tendait à l’opérateur radio en le priant de les transmettre comme s’il s’agissait de retranscriptions ! Autrement dit, ces messages sont des faux et leur diffusion relève d’une manœuvre d’intoxication dans le cadre de la « guerre psychologique » ! Après quinze années de silence, Richard Murenzi, l’opérateur radio de Gisenyi, a enfin rompu le silence. Il l’a fait après avoir rencontré au Tribunal pénal international d’Arusha notre collègue Jean-François Dupaquier, journaliste indépendant et expert auprès du Tribunal. « Témoin protégé », Murenzi avait été convoqué lors du procès du colonel Bagosora, désigné comme le cerveau du génocide. Par la suite, il a accepté de sortir de l’anonymat et de confier son témoignage à Dupaquier afin que ce dernier le communique au juge d’instruction français Marc Trevidic qui a pris la relève de Jean-Louis Bruguière. Dupaquier a communiqué, en exclusivité au Soir et au Nouvel Observateur, le DVD de l’entretien qu’il a eu en mai 2009 avec Richard Murenzi. Murenzi, né en 1960, était un auxiliaire précieux pour les forces armées rwandaises : ayant vécu jusqu’en 1985 à Lubumbashi (Katanga) avec ses parents, il s’exprime parfaitement en français et aussi en swahili, la langue utilisée à l’époque par le Front patriotique rwandais dont la plupart des membres avaient été réfugiés en Ouganda. Originaire de Mukarange, une petite commune du nord du Rwanda, l’homme avait la confiance des officiers les plus importants issus de cette même région, dont venaient aussi le président Habyarimana et son épouse, le général Augustin Bizimungu qui allait prendre la tête des forces armées rwandaises, l’homme d’affaires Félicien Kabuga, le commandant de gendarmerie André Bizimana, le colonel Juvenal Bahufite, qui commandait le secteur de Gisenyi et surtout son successeur, le colonel Anatole Nsengyumva. Murenzi occupait une fonction essentielle : protégé sinon surveillé jour et nuit par des gardes du corps, cet opérateur radio, qui se définit lui-même comme un « radio espion » était chargé d’écouter les messages émis par le Front patriotique rwandais depuis la frontière ougandaise ou depuis son quartier général de Mulindi et d’en informer l’armée rwandaise. La tâche n’était pas uniquement technique : Murenzi, à deux reprises, durant trois semaines puis durant un mois, avait suivi une session de formation organisée par les militaires français qui assistaient l’armée rwandaise. Ces conseillers avaient inculqué les techniques de la guerre psychologique : «chaque fois que vous écoutez un message radio, soyez attentifs à la voix de celui qui parle, au flux, à la tonalité, afin de détecter les mensonges éventuels. »
La guerre psychologique ou l’art de mentir
« La station de Gisenyi », raconte Murenzi, « jouait un rôle de premier plan : nous jouissions de la confiance des militaires et même de celle du Président de la République car à plusieurs reprises, l’interception des communications avait permis de déjouer des opérations militaires. L’espionnage radio permettait de contrecarrer les attaques du FPR contre le pays… » Si Murenzi savait comment déjouer les manœuvres du FPR, il avait lui aussi appris à se servir de la guerre psychologique : « les Français appelaient cela la guerre révolutionnaire, ils assuraient que la guerre médiatique était la plus importante. Nous avons appris à émettre de faux messages destinés à tromper l’ennemi et à encourager nos militaires au front. » Le matin du 7 avril 1994, alors que le Falcon du président Habyarimana a été abattu la veille au dessus de Kigali, Murenzi participe à une grande opération de «guerre psychologique » : il lit sur les ondes, comme s’il venait de le décrypter, plusieurs messages manuscrits que le colonel Nsengyumva lui a fait passer et qui désigne le FPR et les Belges comme les auteurs de l’attentat. Même devant les juges d’ Arusha le « témoin protégé » n’avait pas lâché ce secret là. S’il s’est décidé à parler aujourd’hui, c’est assure-t-il à Dupaquier, « parce qu’il est temps, malgré les risques, de dire toute la vérité. » Vivant désormais à Kigali, son anonymat ayant été éventé, comment savoir si le témoin n’a pas été « retourné » par les autorités rwandaises actuelles ? a-t-il été sommé de révéler un secret qui réduit à néant l’acte d’accusation du juge Bruguière ou aurait-t-il été prié une fois de plus, de pratiquer la » guerre psychologique », c’est-à-dire cet art du mensonge qui lui avait été si bien enseigné ? Seule une comparution devant le juge d’instruction et une enquête sérieusement menée pourront authentifier totalement ce témoignage capital.
« Il allait se passer quelque chose »
Pour Murenzi, l’assassinat du président Habyarimana n’a pas représenté une surprise : la veille déjà, dans l’après midi du 6 avril, alors qu’ils travaillaient à la radio, le colonel Nsengyumva lui avait confié «qu’il allait se passer quelque chose ». L’opérateur radio, qui évoluait dans le sillage des militaires du Nord, le groupe dit des « Bakiga », avait depuis longtemps décelé un malaise : « le président était mis sous forte pression, et on craignait de le voir céder, accepter le partage du pouvoir, ce que l’armée considérait comme une trahison. » Les accords d’Arusha en effet prévoyaient non seulement que des ministres désignés par le Front patriotique rwandais participent au gouvernement, mais aussi que les deux armées, les troupes gouvernementales et les « rebelles », soient intégrées. Dans ce contexte, les officiers originaires du Nord comme le colonel Bagosora et ses compagnons redoutaient d’être mis à la retraite et rapidement évincés. Pour Murenzi, il est évident que les officiers qui prévoyaient d’éliminer le président disposaient des moyens nécessaires : « Je savais que l’armée rwandaise disposait de missiles sol air. Des officiers dont le lieutenant Bizimuremye s’en étaient vantés devant moi, assurant que si une attaque aérienne devait être lancée au départ de l’Ouganda, ils avaient les moyens d’y répondre car des militaires français leur avaient livré des missiles capturés sur le terrain durant la guerre du Koweit en 1991 et qui avaient été abandonnés par l’Irak. » (Cette information rejoint les affirmations faites à l’époque par le professeur belge Filip Reyntjens, qui, sur base de renseignements fournis par les militaires belges, avait déclaré que les missiles utilisés provenaient de la première guerre du Golfe…) Le témoignage de Richard Murenzi « il s’agît d’un coup d’Etat qui, finalement, a plus profité au FPR qu’à ses auteurs eux-mêmes… »rejoint l’opinion de nombreux témoins qui se trouvaient à Kigali en avril 1994 : pour eux, l’assassinat du président Habyarimana était un coup d’Etat, ourdi par des militaires extrémistes, qui considéraient que leur chef avait trahi et qu’il devait être remplacé. Un avis qui, à l’époque, était partagé par le général Dallaire, le « patron » de la Minuar. Lorsque, dans la nuit du 6 au 7 avril, il rencontra le « comité de crise » qui s’était formé autour du colonel Bagosora, il eut le sentiment d’assister à un coup d’Etat mené par les extrémistes. Si Richard Murenzi est entendu par la justice française, ses révélations porteront un coup supplémentaire à l’instruction du juge Bruguière, déjà hypothéquée par la rétractation des deux principaux témoins, Abdul Ruzibiza et Emmanuel Ruzindana car l’ancien opérateur radio assure que la principale preuve à l’encontre du FPR a été fabriquée de toutes pièces…

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Décembre 2009 - Retour sur un attentat, le dossier qui accuse les extrémistes Hutu. La revue Continental n°87 a pu consulter en exclusivité le rapport du comité d'experts rwandais chargé d'enquêter sur l'attentat du 6 avril 1994. Par le nombre de témoignages recueillis auprès d'anciens militaires du régime Habyarimana, cette enquête contribue à étayer une thèse diamétralement opposée à celle soutenue depuis dix ans par le juge français Jean-Louis Bruguière. Une piste qui ne mène pas à Kigali, mais bien à Arusha [ndlr donc chez les auteurs du génocide].

2010 - Le rapport rwandais sur l'attentat . Depuis 2007 une commission enquête sur l'attentat au Rwanda. La sortie de son rapport est repoussée vraisemblablement à cause de l'arrestation de Rose Kabuye. Après la levée du contrôle judiciaire de Rose Kabuye, les premières informations filtrent en décembre 2009. Ce rapport est disponible sur le site de la commission d'enquête citoyenne dans sa page qui rassemble la quasi totalité des rapports concernant le génocide au Rwanda.

11 septembre 2010: une équipe de 17 enquêteurs français, conduite par les juges Trévidic et sa collègue Natahlie Poux, arrivent à Kigali

 Des juges français enquêtent sur le crash au Rwanda de 1994 par Hereward Holland, KIGALI (Reuters) -

Seize ans après l'attentat déclencheur du génocide rwandais, de la mousse et des oiseaux se nichent dans la carcasse du Falcon 50 de l'ancien président rwandais hutu Juvenal Habyarimana. Depuis le 6 avril 1994, les vestiges de l'avion sont restés là où ils étaient retombés après l'attentat qui a cristallisé les tensions entre la France et le Rwanda. Les relations diplomatiques entre Kigali et Paris ont été rompues en 2006 lorsque le juge Jean-Louis Bruguière a lancé des mandats d'arrêt contre neuf proches de Paul Kagame dans le cadre de l'enquête. Kagame, l'actuel président tutsi du Rwanda, a accusé le gouvernement de François Mitterrand d'avoir entraîné et formé les milices hutues qui ont tué 800.000 personnes en 100 jours après l'attaque de l'avion. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rétablies l'année dernière et une équipe d'enquêteurs français se trouve actuellement au Rwanda pour réexaminer une dizaine de témoignages afin de déterminer l'origine exacte des tirs. Une enquête du gouvernement rwandais publiée en 2010 accuse des extrémistes évoluant dans le cercle restreint d'Habyarimana d'avoir abattu l'avion afin de saborder un accord sur la répartition du pouvoir. "Nous avons demandé que des experts viennent au Rwanda. C'est important de connaître la vérité de cette histoire", a dit Lef Forster, avocat d'une proche de Kagamé, Rose Kabuye. Kabuye, visée par une mandat d'arrêt d'Interpol, a été arrêtée en Allemagne avant d'être libérée et de revenir au Rwanda. "Depuis des années, tout a été fait pour prouver leur culpabilité et rien n'a été fait pour trouver les vrais responsables de l'accident", a déploré Forster dans une mission catholique située à 14km de Kigali où un témoin des Nations unies affirme avoir vu la trajectoire des missiles.Derrière Forster, l'un des enquêteurs scrute avec des jumelles la piste d'atterrissage de l'aéroport tandis que des experts géomètres utilisent des cartes et du matériel pour confirmer l'origine des missiles.

Enquête indépendante Selon l'enquête rwandaise, connue sous le nom de rapport Mutsinzi, les Forces armées rwandaises (FAR) hutues se trouvaient dans les baraquements de Kanombe situés à proximité de l'aéroport. "L'assassinat du président rwandais Habyarimana est l'oeuvre des extrémistes hutus conscients que la mort de leur propre leader allait torpiller l'accord de partage de pouvoir connu sous le nom des accords d'Arusha", indique le rapport. Le rapport du juge français Jean-Louis Bruguière de 2006 impute pour sa part la responsabilité de l'attentat à Kagame désireux selon lui de provoquer des représailles entre Tutsis et Hutus.Le ministre de la Justice Tharcisse Karugarama a indiqué que la nouvelle enquête des juges français aurait dû être réalisée beaucoup plus tôt. S'il croit au contenu du rapport Mutsinzi, Karugarama estime qu'une enquête indépendante va apporter de la crédibilité aux découvertes rwandaises."Nous avons maintenant une enquête judiciaire menée par un juge qui n'est pas rwandais donc les résultats devraient avoir plus de poids en terme d'interprétation politique que le rapport Mutsinzi", a-t-il dit à Reuters. Les juges français Marc Trévidic et Nathalie Poux sont accompagnés de cinq experts, d'un magistrat du parquet, de deux policiers, des avocats des neuf proches de Kagame. Selon le procureur de la République Xavier-Rolai présent au Rwanda, le rapport de l'enquête pourrait être terminé d'ici mars 2011. Marine Pennetier pour le service français (Source : reuters.com - 19/09/2010 - 09:31)

22 septembre 2010: Abdul Ruzibiza meurt apparemment d'une maladie du foie. Marc Trevidic, nouveau juge chargé du dossier était allé l'entendre en Norvège en juin 2010.

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10 janvier 2012 : Le rapport d'expertise ballistique sur le crash de l'avion présidentiel commandé par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux "fuite" avant l'heure...

INFO OBS. Rwanda : révélations sur l'attentat qui a été le signal du génocide (10/01/2012 à 10h01, mis à jour le 11/01/2012 à 16h41) Par Christophe Boltanski L'attaque de l'avion qui a coûté la vie au président Habyarimana pourrait ne pas avoir été commise par les tutsis.

Quand le président rwandais, Juvénal Habyarimana, décolle de Tanzanie, le 6 avril 1994, il fait déjà nuit. Du fait de l'heure tardive et de l'insécurité qui règne dans son pays, son équipage français a tenté de le convaincre d'attendre le lendemain pour repartir. En vain. Le dirigeant hutu est pressé de quitter le sommet de Dar es-Salaam où, sous la pression, il a dû promettre d'appliquer enfin l'accord de paix prévoyant le partage du pouvoir avec la rébellion tutsie. Il doit aussi ramener chez-lui son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, également présent à la réunion. A 20 heures 21, le Falcon annonce son approche à la tour de contrôle de l'aéroport de Kigali. Il apparaît tout phare allumé dans le ciel d'encre lorsqu'une balle traçante file à sa rencontre, décrit une courbe, puis redescend. Une seconde flamme orange part du sol et, cette fois, atteint sa cible. A 20 heures 25, l'avion explose en vol et s'écrase près de la résidence présidentielle. Le corps déchiqueté de Juvénal Habyarimana sera retrouvé dans ses propres jardins, ainsi que les dépouilles des trois Français membres d'équipage, Jacky Héraud, Jean-Pierre Minaberry et Jean-Michel Perrine.

Une thèse mise à mal D'où le missile est-il parti ? La question peut paraître anecdotique, voire dépassée, dix-huit ans après les faits. Elle est pourtant l'une des clés de l'attentat qui a coûté la vie au dirigeant hutu et donné le signal du génocide de 800.000 Tutsis. Pour le juge Jean-Louis Bruguière, qui a le premier instruit l'affaire, sans jamais se rendre sur place, la roquette a été tirée par des rebelles du Front populaire rwandais, le FPR de Paul Kagamé, depuis Masaka, une colline boisée, située à quelques 4 km de l'aéroport. Le but ? Déclencher un processus de guerre pour faire tomber le régime. Contrairement à leur prédécesseur, les deux magistrats qui ont repris depuis quatre ans l'instruction, Nathalie Poux et Marc Trévidic, sont partis du terrain et non de déclarations recueillies pour l'essentiel auprès d'opposants en exil à Paul Kagamé. Sept experts ont été dépêchés sur place : trois spécialistes en aéronautique, deux géomètres, un balisticien et un acousticien. Leur rapport qui sera remis cet après-midi aux parties fragilise un peu plus les conclusions du juge Bruguière déjà mises à mal par la rétractation de plusieurs témoins. Selon nos informations, ils ont pu établir que l'avion qui volait alors à très basse altitude a été touché sur son flanc gauche à proximité du lieu du crash, soit à plus de trois kilomètres de la "ferme" de Masaka, point de départ présumé du missile. Cela supposerait alors que le tireur a accroché le Falcon alors qu'il arrivait dans sa direction, puis l'a laissé passer et l'a abattu par derrière. Les experts ont également étudié deux témoignages anciens, passés à l'époque inaperçus.

Carte : le crash de l'avion de Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 (Mehdi Benyezzar-Le Nouvel Observateur)

Deux témoignages clés Le premier émane du dr Pasuch Massimo, un médecin militaire belge membre de la MINUAR, la mission des Nations unies, qui résidait dans un camp des Forces armées rwandaises (FAR) à Kanombe, près de la piste d'atterrissage. L'homme a été auditionné par l'auditorat militaire de Bruxelles quelques mois après l'attentat. Le 6 avril au soir, il se trouvait dans son living quand il a "entendu un bruit de souffle", puis a aperçu "un éclairage filant orange" et enfin "une boule de feu qui s'écrasait sur la parcelle du Président ".
Le second témoin est un Français, Grégoire de Saint-Quentin, lieutenant-colonel des troupes de marines. Assistant militaire auprès des FAR, il logeait lui aussi à l'intérieur du camp de Kanombe, dans la dernière ligne de maisons. "Vers 20 h 30, j'ai entendu le départ des coups, puis l'explosion, raconte-t-il sur PV à Jean-Louis Bruguière, le 8 juin 2000. Puis, j'ai vu une boule de feu dans le ciel ". Cet homme devenu depuis général a été auditionné une nouvelle fois par le juge Trévidic, le 7 décembre dernier. Il a confirmé avoir "entendu deux départs de coups" qu'il situe à 500 ou 1000 mètres de sa villa. Et d'ajouter : "C'était suffisamment proche pour que je crois qu'on attaquait le camp".
L'expert en acoustique a étudié avec précision la configuration du lieu, la température, les conditions climatiques, afin de connaître les modalités de propagation du bruit, ce soir-là. Il apparaît hautement improbable que les deux militaires aient pu percevoir le souffle de missiles tirés à 3,750 k de là, au lieu dit de la ferme de Masaka. Et surtout, la vitesse de la lumière étant un million de fois plus rapide que celle du son, les deux hommes auraient dû voir l'avion exploser avant d'entendre les roquettes. Conclusion : les tireurs se trouvaient à proximité, voire à l'intérieur, du camp de Kanombe, tenu par des officiers rwandais pour la plupart hostiles au règlement de paix qui imposait la fusion des rebelles et de l'armée régulière. Cette autre piste n'a jamais véritablement été explorée par le juge Brugière : celle d'un coup d'Etat perpétré par des extrémistes hutus déterminés à empêcher l'application du traité d'Arusha et à en finir une bonne fois pour toute avec lesTutsis.

11 janvier 2012: Contrairement au Juge Bruguière qui n'a jamais connu le Rwanda qu'à travers le prisme de la raison d'état , son successeur Marc Trevidic livre ce jour les conclusions d'un rapport balistique après l'ouverture par ses services en avril 2010, d'une nouvelle enquête d'expertise visant à déterminer dans la mesure du possible et une fois pour toutes, les lieux d'où ont été tirés les missiles qui ont abattu le Falcon du président Habyarimana..."L'impact du missile sur la carlingue de l'avion et l'analyse acoustique ont été décisifs pour déterminer l'origine des tirs et écarter l'hypothèse Massaka." (Libération / Maria Magalardis)

 Jeudi 12 janvier 2012 (LE SOIR - BRUXELLES) :

RWANDA, attentat de 94: l’enquête des experts démontre un vaste « enfumage » Paris de notre envoyée spéciale

En désignant l’enceinte du camp Kanombe de la garde présidentielle, bastion du pouvoir hutu, comme le lieu d’où ont été tirés les deux missiles qui ont abattu l’avion du président rwandais Habyarimana le 6 avril 1994, les experts convoqués par le juge d’instruction Marc Trevidic ont secoué l’opinion française.

Depuis une quinzaine d’années en effet, les ordonnances de son prédécesseur Bruguière, largement relayées par des livres et des articles, avaient accrédité l’idée d’un attentat commis par le Front patriotique rwandais (FPR, tutsi), qui aurait ainsi déclenché le dernier génocide du siècle dernier.

Au lendemain de la communication du rapport d’expertise, qui exonère le FPR de cette accusation, les avocats des neuf personnalités rwandaises incriminées par le juge Bruguière, Mes Lev Forster et Bernard Maingain, ont tiré ce mercredi à Paris les premières conclusions de ce revirement de l’enquête. La première, c’est qu’ils espèrent que leurs clients, de hautes personnalités du régime de Kigali, dont l’actuel ministre de la Défense James Kabarebe, bénéficieront d’un non-lieu lorsque, dans trois mois environ, toutes les conclusions du rapport d’expertise auront été tirées. La seconde constatation, c’est que l’enquête sur le terrain a été minutieuse et complète : six lieux de tirs possibles ont été visités, 56 missiles ont été examinés avant que le SA16 d’origine russe soit désigné comme l’arme du crime. Une arme sophistiquée, dont la manipulation exige une très longue pratique. Ce constat rejoint déjà la remarque de l’un des avocats de la famille Habyarimana, qui a rappelé que les Forces armées rwandaises n’avaient pas été formées au maniement de ces engins sophistiqués…

Désinformation. Les avocats estiment encore que la déconstruction de l’enquête du juge Bruguière est désormais entamée. Rappelons que le célèbre magistrat avait instruit uniquement à charge et refusé de se rendre sur le terrain, au contraire de Marc Trevidic, qui fut longtemps son disciple. Cette déconstruction passe par la remise en cause des témoins (dont la plupart, comme Abdul Ruzibiza ou Emmanuel Ruzindana se sont rétractés), mais aussi par le dévoilement des véritables réseaux de désinformation ayant opéré en marge de l’« enquête » : des universitaires comme André Guichaoua ou Claudine Vidal ont apporté leur caution scientifique, des journalistes comme Pierre Péan ont vulgarisé la version, tandis que de nombreuses pièces du dossier démontrent une totale proximité entre enquêteurs, témoins, traducteurs et magistrat.

C'est ainsi que Pierre Payebien, l’enquêteur principal de Bruguière, a utilisé comme traducteur Fabien Singaye, un ami de Jean-Luc Habyarimana et beau-fils de Félicien Kabuga, le financier du génocide. Singaye avait été présenté à Payebien par l’ex-gendarme de l’Elysée Paul Barril, omniprésent dans les opérations de diversion. Ce réseau de connivences, cet « enfumage » du dossier selon les termes de Me Maingain, a d’ailleurs incité les avocats à déposer plainte pour « tentative d'escroquerie à jugement » et subornation de témoins.Le rideau de fumée s’est étendu à la Belgique et Me Maingain a rappelé le rôle joué par le professeur anversois Filip Reyntjens qui aurait entre autres conseillé l’enquêteur Payebien.

Les manœuvres ne sont sans doute pas terminées : on peut s’attendre à de prochaines « révélations » sur de possibles infiltrations de combattants du FPR à l’intérieur même du camp Kanombe. Les avocats ont aussi tenu à rappeler que les dix Casques bleus belges, massacrés au camp Kigali, ont été parmi les premières victimes de la désinformation : c’est une source française qui avait désigné les Belges comme les auteurs de l’attentat.

L’ex-gendarme Paul Barril, omniprésent et jamais interrogé Ancien gendarme de l’Elysée, le capitaine de gendarmerie Paul Barril n’a jamais été auditionné dans le dossier rwandais où il fut cependant omniprésent. A la veille du 6 avril 1994, il est vu à Kigali, puis au Burundi. Durant le génocide, il se rend en mission dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales et en juin, au lendemain de la publication d’un article dans Le Soir évoquant la responsabilité de ressortissants français dans l’attentat, il apparaît sur France 2. Il brandit alors la boîte noire du Falcon de Habyarimana, que la société Dassault reconnaîtra comme un simple coupleur d’antennes.

Mais cette manœuvre permet à Paul Barril d’assurer que l’armée rwandaise dispose de preuves établissant la responsabilité du FPR dans l’attentat. Les opérations de diversion ont commencé. Par la suite Barril assurera avoir retrouvé les missiles, dans le cadre d’une mission dont l’avait chargé Mme Habyarimana.

Plus tard, il fournira traducteur et témoins au juge Bruguière. Paul Barril avait aussi travaillé pour François de Grossouvre, le conseiller de François Mitterrand pour l’Afrique, retrouvé « suicidé » dans son bureau de l’Elysée le 7 avril 1994.

L’ex-gendarme, qui connaissait très bien Hubert Vedrine, le secrétaire général de l’Elysée à l’époque, sait probablement beaucoup de choses à propos du Rwanda. Mais on ne lui a jamais demandé de s’exprimer sous serment sur ce sujet. COLETTE BRAECKMAN

L'affaire est donc entendue. Mais si aucun militaire rwandais des FAR n'était formé pour tirer ce genre de missiles SA16 soviétique, quel commando pouvait alors aller et venir dans le camp Kanombé comme bon lui semble et, connaissant le maniement de ces lance-missiles et le plan de vol, aurait pu abattre l'avion présidentiel sans avoir à aucun moment affaire à la Garde Présidentielle dont les éléments étaient rassemblés en grand nombre à Kanombé ? Cela nous ramène-t-il au point de départ : en 1994, Colette Braeckman avançait que les missiles avaient été tirés pour le compte du CDR par 2 militaires français du DAMI déguisés en casque bleus belges, version soutenue aussi à l'époque par la CIA, les enquêteurs belges et la DGSE contre le renseignement militaire français...ce qui expliquait à l'époque l'assassinat, le lendemain 7 avril 1994, de 10 casques bleus belges.

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31 janvier 2012: un expert réapparait, Philip Reyntjens, qui prétendait déjà en 1996, puis devant la mission d'information parlementaire sur le Rwanda en 1998, que les missiles SA 16 Gimlet qui avaient abattu l'avion présidentiel "provenaient d'un lot saisi en février 1991 par l'armée française en Irak, lors de la guerre du Golfe, et acheminé en France"...

Attentat de Kigali: “la vérité a gagné”?

Point de vue - LEMONDE.FR - 31.01.12 - 09h19   par Filip Reyntjens, professeur à l'Université d'Anvers et auteur de "Rwanda. Trois jours qui ont fait basculer l'histoire" (Paris, L'Harmattan, 1995)

Le 10 janvier dernier, les juges Trévidic et Poux ont communiqué aux parties un rapport d'expertise sur la destruction en vol, le 6 avril 1994, de l'avion présidentiel rwandais, événement déclencheur du génocide.

Il ne s'agit pas d'un rapport des juges, mais d'un important élément versé au dossier d'instruction qui contient de très nombreuses autres informations.

Il n'est pas étonnant que les avocats des personnes mises en examen, sept officiers de l'armée rwandaise, aient relevé, lors d'une conférence de presse, les éléments du rapport qui semblent favorables à leurs clients, qu'ils en aient donné une lecture sélective et qu'ils aient affirmé que “la vérité a gagné”.

Il est normal également que le gouvernement rwandais ait accueilli le rapport avec satisfaction et affirmé que cette “vérité scientifique” met un terme aux accusations portées contre lui.

Ce qui est nettement moins normal est la façon dont la presse et certains autres commentateurs ont immédiatement tiré des conclusions péremptoires et définitives, alors qu'ils n'avaient pas lu le rapport, couvert par le secret de l'instruction, et qu'ils ne pouvaient se baser que sur ce que les avocats des mis en examen en aient dit et, peut-être, sur leur propre intime conviction. Ils font ainsi dire au rapport ce qu'il ne dit pas, en l'occurrence que l'attentat a été commis par les FAR de Habyarimana.

Des propos parfois très durs et définitifs ont été tenus. Ceux qui ont osé suggérer que le FPR pourrait être derrière l'attentat sont accusés de négationnisme et ceux qui n'adhèrent pas à ce qui semble être soudainement devenu politiquement correct sont violemment pris à partie, voire même intimidés. Ainsi, les avocats des mis en examen annoncent qu'ils vont porter plainte pour "tentative d'escroquerie au jugement en bande organisée". Certaines de ces affirmations pourraient bien avoir pour but d'orienter la suite de l'instruction, puisque, maintenant que "la vérité est connue", il serait plus difficile pour les juges de conclure à une autre vérité.

Ayant fait des recherches sur cette affaire, j'ai été fort sollicité par les médias qui souhaitaient entendre mes commentaires. J'ai systématiquement refusé de me prononcer, puisque je ne pouvais commenter un rapport que je n'avais pas lu. Maintenant que le rapport d'expertise est disponible grâce à une fuite dont j'ignore l'origine, une analyse peut être proposée. Elle débouche sur des conclusions bien moins tranchées que celles qu'on a pu entendre ces dernières semaines.

Le rapport d'expertise tente de donner des réponses à deux questions principalement : l'endroit d'où les missiles ont été tirés et le type des missiles utilisés. Deux données techniques autorisent les experts à désigner les endroits de tir les plus probables: d'une part, le point d'impact du missile qui a touché l'avion, d'autre part des données acoustiques sur le bruit du souffle de départ des missiles que des témoins ont entendu.

Notons que l'expert acousticien ne s'est pas rendu sur les lieux, mais a effectué une simulation sur un terrain militaire en France. Quant à l'endroit où l'avion a été touché, les experts se basent sur une approche normale, alors que l'avion aurait pu être dévié de sa trajectoire par le premier missile ou que le pilote aurait pu effectuer une manœuvre d'évitement, possibilité d'ailleurs signalée dans le rapport.

Sur cette double base technique, l'expertise privilégie deux endroits à l'intérieur du domaine militaire de Kanombe, le cimetière et une position en bas du cimetière, tout en notant que la zone Masaka se situe dans le prolongement des endroits retenus. Les experts estiment également que la position de Masaka est la meilleure de celles étudiées et que celles retenues offrent une probabilité d'atteinte de l'avion moins élevée, mais qu'elle était suffisante pour que, sur les deux missiles tirés, l'un d'eux puisse toucher l'avion.

Plusieurs points doivent être notés à ce sujet. D'abord, contrairement à ce qu'ont affirmé de nombreux commentateurs, ces endroits ne se trouvent pas à l'intérieur du camp militaire de Kanombe (ce qui en toute probabilité désignerait les FAR), mais à la lisière d'un vaste domaine militaire d'une centaine d'hectares. Ce domaine n'était ni clôturé ni gardé. Les experts estiment en outre que le périmètre de lancement pourrait s'étendre vers l'Est ou le Sud, de l'ordre d'une centaine de mètres voire plus, ce qui situerait l'endroit de tir en dehors du domaine militaire. Ensuite, deux importants témoins cités dans le rapport ont vu les traînées des missiles à travers la baie vitrée à l'arrière de la maison qui est située à la limite du domaine et qui est orientée vers la vallée de Masaka.

Dans une déposition faite devant l'auditorat militaire belge le 13 avril 1994, une semaine après les faits, le colonel médecin Daubresse déclare qu'il a vu "regardant en direction de l'est (c'est-à-dire les environs de Masaka), monter de la droite vers la gauche, un projectile propulsé par une flamme rouge-orange" à une distance maximale de cinq km et une distance minimale de un km (les deux endroits retenus par les experts se situent à 116 et 203 mètres respectivement de la maison). Cette observation est confirmée le même jour par son collègue le colonel médecin Pasuch. Ces deux témoins ne situent donc pas le départ des missiles à l'intérieur du domaine militaire, mais dans la direction de la vallée de Masaka.

Enfin, puisque le lieu dit "La Ferme" dans la vallée à côté de Masaka a été cité comme lieu de départ des missiles, il est étonnant qu'aucun témoin de Masaka n'ait été entendu par les experts ni dès lors que leurs déclarations aient été vérifiées du point de vue acoustique. Or en octobre 1994 des témoins de Masaka m'ont dit avoir vu les missiles partir des environs de "La Ferme", et cela à un moment où ni eux ni moi ne nous rendions compte de l'enjeu que constitue l'endroit de départ des tirs. On constate donc que l'expertise technique ne correspond pas forcément aux observations de témoins oculaires, et il appartiendra à l'instruction d'évaluer la force probante de ces données contradictoires.

Quant aux missiles utilisés, le rapport d'expertise conclut, par un processus d'élimination, à la probabilité qu'il s'est agi de SA16 d'origine soviétique. Les experts soulignent que leur conclusion n'est pas influencée par la découverte, près de "La Ferme" quelques semaines après l'attentat, de deux tubes de lancement de missiles SA16. Les experts notent que 50 à 60 heures de formation sont nécessaires pour pouvoir se servir de ces armes et qu'un novice ne peut pas mettre en œuvre un tel système. Or les anciennes FAR ne possédaient pas de missiles sol-air (elles avaient en vain tenté d'en acquérir), alors que le FPR s'en était servi pendant la guerre.

Le juge Bruguière avait déjà établi que les missiles dont les lanceurs ont été trouvés près de "La Ferme" avaient été vendus par l'Union soviétique à l'Ouganda. Mes sources haut placées dans l'armée ougandaise affirment qu'ils faisaient partie d'un lot plus tard cédé au FPR. Ces quelques constats montrent simplement que ceux qui ont affirmé qu'avec le rapport d'expertise, "la vérité est connue" aiment les histoires simples. Même si je pense toujours que les faisceaux d'indications désignent plutôt le FPR que les FAR comme auteur de l'attentat, je ne prétends pas connaître la vérité. Ce sera aux juges Trévidic et Poux de décider, à l'issue de leur instruction, sur base de tous les éléments du dossier et surtout (?) en toute indépendance, si oui ou non il sera nécessaire de transmettre le dossier pour poursuites éventuelles. Puisque le gouvernement rwandais a salué le sérieux des deux juges, il faut espérer que leur décision mettra fin à une controverse vieille de près de 18 ans.

Pour quelles raisons prétendre tout et son contraire à propos de l'origine de ces 2 missiles même si 16 ans séparent les 2 versions de cet expert ? pourquoi accorde-t-il aujourd'hui plus de crédit au juge Bruguière (missiles vendus par l'Union Soviétique à l'Ouganda, pays soutenant le FPR), qu'il n'en accorda, en 1998, aux services du renseignement militaire belge et américain (missiles saisis par l'armée française en Irak en 1991) lors de ses dépositions devant la commission d'enquête du Sénat belge et devant la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda ?...

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31 mai 2012: l'attentat, toujours l'attentat ...Voici de la lecture pour Filip Reyntjens, du document à expertiser, analyser, remacher mille fois : voilà qu'en fait de missiles soviétiques ou bien saisis en Irak, il pourrait s'agir simplement de missiles Mistral, au nombre de 15, armes françaises en possession de l'armée rwandaise et répertoriées par la Minuar avant le génocide...

Un document compromettant enterré dans les archives de l’ONU 31 mai 2012 à 22:06

La liste des armes de l’armée rwandaise, dans laquelle apparaissent les missiles français, a été établie avant le génocide, puis a été oubliée durant deux décennies. Par LINDA MELVERN

C’est une simple liste qui énumère des stocks d’armes, sans aucun commentaire. Depuis près de vingt ans, elle se trouvait dans les archives des Nations unies, à New York. Aujourd’hui, soudain exhumé de l’oubli, ce document relance quelques questions troublantes sur le rôle de la France dans l’attentat qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Ce soir-là, l’avion présidentiel amorce sa descente sur Kigali, lorsqu’il est abattu par deux tirs de missiles sol-air. L’attentat ne sera jamais revendiqué mais, dans les heures qui suivent, une machine de mort se met en marche : le génocide des Tutsis vient de commencer, il va durer trois mois et faire près d’un million de victimes. Le président assassiné était hutu, et c’est au nom d’une prétendue «vengeance spontanée», que les ultras du camp présidentiel vont justifier le massacre systématique de la minorité tutsie, collectivement accusée du meurtre du chef de l’Etat. En réalité, depuis cette époque, deux camps s’opposent : ceux qui croient que Habyarimana a été assassiné par certains de ses proches, inquiets de le voir accepter de partager le pouvoir, et ceux qui pensent qu’il a été tué par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement de guérilla tutsi avec lequel Habyarimana était justement pressé de faire la paix. Or, depuis vingt ans, ceux qui accusent le FPR assènent de manière répétée que l’armée rwandaise ne disposait pas de missiles avant le génocide et ne savait pas s’en servir. Contrairement aux rebelles du FPR.

Démentis. C’est cet argument qui risque d’être mis à mal par le document exhumé des archives de l’ONU. Car la liste qui détaille les stocks d’armement à la veille du génocide révèle que l’armée rwandaise était alors en possession d’une quantité «indéterminée» de «missiles sol-air de type SA-7» et de «15 missiles sol-air Mistral». Des armes d’origine française. Même si rien ne permet à ce jour d’attester que ce sont ces missiles-là qui ont servi à l’attentat, l’information est en contradiction flagrante avec les nombreux démentis et déclarations officielles qui se sont succédé depuis plusieurs années, affirmant que «le camp hutu n’avait pas de missiles», ainsi que l’a encore répété en janvier le socialiste Hubert Védrine, secrétaire général de la présidence de la République au moment du génocide. François Léotard, lui, était ministre de la Défense. Le 7 juillet 1998, lors de son audition par une mission d’information parlementaire sur le rôle joué par la France au Rwanda entre 1990 et 1994, il certifie lui aussi qu’«aucune information n’atteste la présence de lanceurs sol-air dans l’équipement des FAR [Forces armées rwandaises] entre 1991 et 1994». La présence de missiles Mistral dans l’arsenal de l’armée gouvernementale avait pourtant déjà été mentionnée. Mais jamais attestée de source officielle onusienne avant que soit lancé le massacre des Tutsis. Ce sont des observateurs militaires de la Minuar, la mission d’observation de l’ONU envoyée au Rwanda quelques mois avant le génocide, qui ont compulsé la liste des stocks d’armes dans le cadre des inspections qu’ils effectuaient en attendant l’application des accords de paix. Début mai, le général Roméo Dallaire, à l’époque commandant en chef de la Minuar, a confirmé l’authenticité de cette liste qui, après inspection des stocks, a été finalement rédigée… le jour même de l’attentat.

Menace. Mais alors pourquoi l’ONU n’a-t-elle jamais fait mention de cette liste ? Très vite, le document se noie dans d’autres urgences, à une époque où l’origine des missiles n’est pas encore un enjeu. Une copie atterrit bien à New York, quelques semaines après le déclenchement du génocide. La liste est notamment transmise à la délégation américaine auprès de l’Organisation des nations unies. Ensuite, elle se trouve annexée à un autre document : une synthèse de huit pages datée du 1er septembre 1994 et intitulée : «Ancienne armée rwandaise : capacités et intentions». A cette date, le génocide a été arrêté. Les inquiétudes se sont déplacées : le reliquat de l’armée gouvernementale et des miliciens impliqués dans le massacre ont fui le Rwanda et se trouvent en exil dans l’ex-Zaïre (l’actuelle république démocratique du Congo). D’où ils menacent de déclencher une offensive contre le Rwanda, passé sous le contrôle du FPR. A la quatrième page de la synthèse, des missiles en possession de l’armée rwandaise sont à nouveau évoqués, mais cette fois dans le contexte de la menace qu’ils font encore peser sur la région. Le document est transmis à Kofi Annan, alors à la tête du département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, puis au représentant de l’ONU à Kigali. A la suite de quoi, il est enregistré dans les archives. La liste et la synthèse sont apparemment vite oubliées. L’attentat d’avril 1994 n'aura jamais fait l’objet de la moindre enquête internationale. Il aura fallu attendre 1998 pour qu’une information judiciaire soit ouverte en France. Le juge Jean-Louis Bruguière privilégie alors la thèse des missiles appartenant au FPR et accepte d’emblée l’idée que les forces armées rwandaises n’en avaient pas.

Puis, à partir de 2007, le dossier est confié aux juges Marc Trévidic et Nathalie Poux. Contrairement à leur prédécesseur, les deux magistrats se rendent, en septembre 2010, sur le site du crash. Mais le rapport d’expertise de cette mission exclut lui aussi dès le début qu’un missile Mistral ait pu être utilisé dans l’attentat, puisque « la première commande à l’export » date de «1996» - avant cette année-là, la France n’était pas autorisée à exporter ces armes.

Les missiles qui figurent sur la liste de la Minuar auraient-ils alors été fournis en dépit de l’interdiction officielle ? Au nom du même raisonnement (l’interdiction d’exportation en vigueur), un «rapport d’enquête» de l’armée belge daté du 1er août 1994 écartait lui aussi par principe la piste des Mistral.

Toutefois, les auteurs précisaient en conclusion que si jamais leur utilisation dans l’attentat du 6 avril 1994 était finalement avérée, une telle information «impliquerait la complicité des autorités d’une nation qui en possède ou en produit». 

Voilà qui donne à réfléchir...

Chronologie du génocide / Nota : L' animation interactive qui suit veut montrer et démontrer. Pour la séquence de Kigali comme pour celle du Rwanda, à droite des 15 textes de chronique, 15 cartes évolutives prennent place, qui donnent une idée par leurs changements jour après jour, de ce qui est arrivé du 6 avril 1994 au 17 juillet 1994. Pour le coup, cela vaut la peine de charger le plug-in "Shockwave". Je n'en abuse pas dans ce "mini-site", mais le gain de place est évident, et le traîtement multimédia du sujet vraiment utile à la compréhension. Alors, chargez ! (cette note attentionnée date de 16 ans. N'en tenez pas compte : le plug-in doit être aujourd'hui dans tous les navigateurs...)

DE KIGALI A GOMA (chronologie interactive)

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