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bilan 
des morts sans nombre ? 
 des noms pour les morts
les coupables
ils sont passés par ici...
ils repasseront par là... 
 la justice au Rwanda
Le cas du père Guy Theunis
 le Tribunal Pénal International pour le Rwanda
Quel génocide ?
les larmes de Romeo 
mission belge et omissions françaises 
conclusions de la mission parlementaire française 
Mars 2004 : Commission d'enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide 
inspirez, expirez ! 
des leçons du génocide ? 
Congo-Kinshasa : Dieu, que la guerre est rentable ! (conflit plus que régional)
  • autres pages traîtant des conséquences du génocide, des réfugiés, de l'impunité: 

 CHRONOLOGIE
EXODES

UN BILAN PLUS DE CINQ ANS APRES LE GENOCIDE ?

D'où viennent les chiffres les plus couramment cités ?... Comment établir des estimations reconnues comme relativement fiables par le plus grand nombre d'observateurs ?...

 "Les seuls chiffres connus sont ceux des "éboueurs" de Kigali qui ont ramassé 60.000 corps dans les bennes à ordures de la capitale, massacrés et victimes des combats mêlés, et ceux de l'ONG française Médecins du Monde qui a "traité" chimiquement environ 40.000 corps qui, portés par la rivière Akagera, avaient dérivé jusqu'au Lac Victoria et étaient venus s'échouer sur la rive nord ougandaise." (Gérard Prunier. "Rwanda 1959-1996". 1997. éditions Dagorno)
 

Selon le quotidien "Libération", "Les derniers chiffres (en mars 1998) sur la tragédie rwandaise, parfois rendus publics, parfois gardés confidentiels, admis par les organismes onusiens, les ONG et les ministères rwandais sont ceux-ci :

Les chiffres, ici encore, ne semblent dire que ce qu'on veut bien leur faire dire.

 "Il faut continuer à travailler pour pouvoir, au moins, indiquer un ordre de grandeur. Sinon, après les morts sans noms, le monde risque de s'habituer aux morts sans nombre."

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Essayons de lire ce que ces différences d'estimation entraînent "mathématiquement"...

nombre de...  optimiste "libé" logique    arguments en faveur de l'hypothèse logique
habitants: Rwanda 94  7 943 960   7 680 000  7 943 960  Le nombre d'habitants du Rwanda avant le génocide semble celui donné par Emmanuel Nkunzumwami (7.943.960 habitants), ce dernier allant jusqu'à fournir la population pour chaque préfecture du pays en cette année 1994 dans son livre "La tragédie Rwandaise". D'autre part, "Courrier International" dans son N°314 du 7 au 13 novembre 1996, situe la population du Rwanda après le génocide et après l'exode de 2 millions de réfugiés, à environ 5 millions d'habitants. Sur cette base, le génocide aurait donc, mathématiquement, fait au moins 900.000 morts, ce qui recouperait les sources de "Libération". En ce qui concerne le retour des réfugiés depuis novembre 1996, tout porte encore à penser qu'environ 200.000 réfugiés auraient disparu, au Zaïre principalement, entre novembre 1996 et juillet 1997. Le retour des réfugiés se chiffrerait alors à 1.800.000 personnes. Tous ces chiffres conclueraient enfin à un retour de la diaspora tutsi, de près de 850.000 personnes, un peu moins que le nombre cité par "Libération".
- victimes du génocide  800 000  800 000  900 000 
 - réfugiés fuyant en 94 2 000 000  2 000 000  2 000 000 
+ enfants nés en exil  (?)  (?) 50 000 
- morts du choléra  idem (?)  idem (?)  50 000 
+ retours exilés 96-97  2 000 000  2 000 000  1 800 000 
+ retour diaspora tutsi 900 000  900 000  850 000 
habitants Rwanda 98 par calcul: Total  8 043 960  7 780 000  7 693 960 
habitants Rwanda 98  réellement recensés 7 708 000  7 708 000  7 708 000 

 habitants en trop (+) ou manquants (-) par rapport aux recensés

+ 335 960 (impossible) + 72 000  (improbable) - 14 040  (probable)

Le tableau ci-dessus est ouvert à toutes précisions et mises à jour. Les témoignages et conseils avisés seront les bienvenus et guideront la suite périodique de ces pages.

La logique mathématique appliquée à l'innombrable, n'est pas le meilleur outil de l'homme pour quantifier l'innommable: rien n'oblige d'ailleurs à abuser de la règle à calcul. Mais pourquoi "Libération" passe-t-il sous silence 200.000 réfugiés portés officiellement disparus au Congo ex-Zaïre ?... Et pour ne pas en finir avec l'incertitude des chiffres, éluder les déductions simples ne clarifie pas le fil supposé des évènements: lorsque Jean Hatzfeld de "Libération" cite entre 800.000 et 1.000.000 de victimes du génocide, "dont plus de 700.000 Tutsi", il invite à déduire que 100.000 à 300.000 Hutu sont aussi morts durant les massacres d'avril à juillet 1994. Avec des chiffres aussi "parlants" abandonnés sans explication des méthodes d'estimation (ainsi, la dame de coeur laisse tomber son mouchoir afin que le galant le lui restitue dans une révérence), toutes sortes d'interprétations sont possibles: combien de ces victimes étaient des "Ibyitso" Hutu opposés à l'ethnisme, combien, des familles entières nées de mariages mixtes Hutu-Tutsi, combien, des Hutu "au nez trop fin", combien comme nous l'avons appris, étaient des vieillards et des enfants en bas-âge tués par leurs proches pour leur incapacité physique à les suivre dans l'exode et pour leur éviter une mort plus affreuse ?... On sait par ailleurs, que les Hutu "Bakiga" du nord considéraient les Hutu d'autres régions, tels les "Banyanduga" du centre et du sud, comme des Tutsi. Combien d'entre eux ont fait les frais de "dérapages" ?... Combien encore, sont morts pour avoir caché des Tutsi, ou pour avoir refusé de participer aux tueries, ou pour avoir fait de la résistance avec leurs voisins Tutsi et Twa, comme à Bisesero sur les hauteurs de Kibuye, où 50.000 Tutsi ont péri ?...

"Il est un aspect des massacres qui a été peu relevé, c'est l'aspect social. Si les Tutsi ont été tués massivement simplement parce que Tutsi, les Hutu ont été "sélectionnés" non seulement selon le critère de leur éventuelle sympathie pour l'opposition, mais selon divers critères d'excellence sociale (possession d'une automobile, bonne connaissance du français, emploi prestigieux tel que journaliste, médecin, etc., ou simplement habitude de bien s'habiller et "d'envoyer ses enfants à l'école avec des chaussures". Même le massacre des Tutsi n'est pas sans refléter lui aussi un certain aspect social, car si les "petits Tutsi" paysans des collines n'étaient guère différents des Hutu, la population tutsi urbaine était en général mieux éduquée, mieux habillée et bénéficiait d'un niveau économique et social supérieur à celui de la masse hutu." (Gérard Prunier déjà cité)
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Seule une estimation plus précise de toutes ces victimes en des lieux et des dates déterminés, permettra de faire reculer la thèse d'un double génocide qui ne sert actuellement que ceux dont il est certain qu'ils auront à divers degrés, des comptes à rendre à la justice pour le génocide des Tutsi et le massacre tout autant planifié de leurs "complices" Hutu entre avril et juillet 1994.

Dans le sens de cette plus grande précision de l'estimation des victimes, il faut citer le travail du "Centre d'Informations et d'Etudes sur le Rwanda" (CIER. 53, rue de l'Eglise St Julien. 1160. Bruxelles. Belgique) qui a entrepris depuis 1996, de mettre un nom et tant que faire se peut, un lieu de décès et sa date, une profession et son lieu d'exercice, une région natale et le "genre d'assassin" (miliciens, Garde Présidentielle, FAR...), sur chacun des 500.000 à 1.100.000 morts du génocide...

 "Notre démarche s'inscrit dans la méthode suivie par Simon Wiesenthal pour établir la vérité sur le génocide juif. Il s'agit d'une démarche longue, (...) qui permettra d'établir l'identité des victimes du génocide et des massacres survenus au Rwanda. (...) C'est donc parti. Chaque année, en mémoire de cette date fatidique du 6 avril qui a déclanché un des plus grands drames de l'humanité, le CIER publiera un répertoire des victimes du génocide rwandais." ("Pour qu'on ne les oublie pas". 1996. éditions du CIER. Bruxelles)

L'édition de 1996 recense 395 noms de victimes parmi les hauts fonctionnaires, hommes politiques, magistrats, universitaires, religieux, laïcs consacrés, étudiants et journalistes. Des exemples:

  • "N°354. Kameya André, directeur du journal "Rwanda Rushya", originaire de la commune Kibayi (Butare), tué le 16 juin 1994 par les miliciens Interahamwe." (...)
  • "N°358. Karambizi Gratien, rédacteur au journal "Imbaga", originaire de Nyakizu (Butare), tué le 9 avril 1994 à Kimisagara par des éléments de la Garde Présidentielle."

Pour celui qui ne veut pas croire que des listes existaient avant le génocide, de "personnes à contacter", cette parution devrait lever une partie des doûtes: sa lecture dessine des lieux de massacres et des dates où convergent dans la mort, là, des membres du gouvernement de transition issu des accords d'Arusha, des hommes politiques "gênants", des journalistes "irrespectueux", ici, des professeurs d'université et leurs étudiants "comme trop instruits", ou là encore, des membres de congrégations entières coupables de "droit d'asile" envers des populations de "cafards vouées aux insecticides". Même les exactions présumées de l'APR, rares à l'époque, n'échappent pas à ce type d'énonciation propice aux recoupements (par exemple, trois évêques et sept vicaires et prêtres tués à Gakurazo près de Kabgayi le 5 juin 1994. L'éditeur, par souci peut-être, d'honnêteté chrétienne, ne se donne pas le droit de citer la responsabilité de l'APR malgré sa sympathie mesurée pour le FPR).

PLUS DE 7 ANS APRES...

18 décembre 2001 : Le gouvernement rwandais publie les résultats d'un recensement sur le génocide de 1994 :

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L'estimation du nombre de coupables de génocide s'avère quant à elle, pratiquement impossible à établir. Le FPR estime que deux millions de Rwandais se sont rendus coupables d'un crime de sang, ou ont "pris part" à un meurtre collectif. Au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme (HCDH),on trouve le chiffre "réaliste".
Les hypothèses les plus fondées sont effrayantes...

 "En septembre 1994 déjà, une délégation européenne s'était rendue dans les camps de réfugiés du Zaïre. Dans un rapport demeuré confidentiel, elle ne craignait pas d'écrire "qu'il fallait compter un criminel par famille" (rapport de la mission européenne au Rwanda et dans les pays limitrophes, 21 août-3 septembre 1994). Début 1996, alors que 1,7 million de réfugiés se trouvaient encore dans les camps de Tanzanie et surtout du Zaïre, un autre rapport européen, lui aussi à diffusion restreinte, relevait avec réalisme que "le résultat du massacre a été la mort d'un million de Tutsi et de Hutu de l'opposition, tués surtout à l'arme blanche (la machette). Un très grand nombre de réfugiés ont participé directement à ces massacres. On pense que 200.000 à 250.000 hommes, femmes et même enfants, ont abattu de leurs propres mains des Tutsi et des Hutu de l'opposition." ("Terreur africaine" de Colette Braeckman. 1996. Fayard)

...et tout à la fois, porteuses d'espoir: ces chiffres ne reflètent pas cette unité du "peuple majoritaire" qui aurait été refondée sur le pacte sacré du génocide, et supposerait la réelle culpabilité de tous les Hutu. 1O% à 15% de la population totale des camps de réfugiés (1,7 million en 1996), auraient pris part aux massacres. 85% à 90% n'y auraient donc pas participé...

 Ces 200.000 supposés coupables sont-ils les 200.000 réfugiés qui manquent aujourd'hui, à l'appel du HCR ou de MSF ?... Sont-ils en majorité, des Hutu terrorisés disséminés dans la grande forêt congolaise, ou pour 50.000 d'entre eux au maximum, d'anciens éléments génocideurs des ex-FAR, de la Garde Présidentielle et des milices Interahamwe ?... Leur présence fait peu de doûte au Kivu depuis décembre 1997, période à partir de laquelle les massacres de Tutsi ont recommencé méthodiquement dans le nord-ouest du Rwanda, revendiqués par les "sauveurs" de l'ALIR, Armée de LIbération du Rwanda (qui disent revenir afin de "finir le travail" commencé en 1994).
 

...et en ce qui concerne les populations qui n'ont pas fui le Rwanda en 1994, évaluées à l'époque à environ 5 millions, force est de constater que si elles n'ont pas fui, c'est parce qu'elles n'ont pu le faire et se sont déplacées jusqu'à la ZHS, Zône Humanitaire Sûre créée dans le cadre de l'opération Turquoise (350.000 déplacés recensés alors), ou bien encore pour le reste du pays en dehors de la ZHS et des fiefs nordistes de Ruhengeri et Gisenyi, parce qu'elles sont simplement restées chez elles pour cause de conscience plus ou moins tranquille pour la majorité hutu, ou de survivance aux massacres pour l'extrême minorité tutsi d'alors. Pour résumer, 70% de la population hutu n'a pas pris le chemin de l'exode après le génocide et on peut penser que le plus grand nombre n'avait aucune raison coupable de le faire. Il n'est donc pas insensé de croire que le régime de la seconde République, dite de Ruhengeri, n'aurait entraîné dans sa folie génocidaire planifiée, qu'au grand maximum, 5% de la population hutu du Rwanda, non fuyards et fuyards confondus, soit environ 340.000 personnes. Dans lesquels il faudrait inclure toute la Garde Présidentielle, soit 1.500 hommes, tous les miliciens Interahamwe, soit 50.000 hommes au moins, les miliciens Impuzamugambi de la CDR, à peu près aussi nombreux, et une part importante des 50.000 soldats des FAR répertoriés dans les camps du Zaïre par des ONG telles que MSF. S'y ajouteraient hommes politiques, intellectuels et financiers de la propagande ethniste, ministres, préfets, bourgmestres, chefs de cellules et de collines...et autant de "superviseurs" du genre commerçants, fonctionnaires et instituteurs ou encore metayers et contremaîtres indécrotables, quelques milliers d'imbéciles encore et proches parents "embringués", et le compte serait bon.

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Il serait dès lors intéressant pour des besoins de recoupement, d'essayer de reconstituer les lieux d'exactions et les chemins de fuite de ces criminels dans la tourmente de 1994. On sait par exemple que Jean Baptiste Gatete, bourgmestre de Murambi dans la préfecture de Byumba, au nord-est du pays, est responsable avec ses miliciens, de la plupart des massacres perpétrés entre Murambi et le pont de Rusumo à la frontière Tanzanienne en avril 1994.

 "Dans la commune de Murambi (préfecture Byumba) placée sur le couloir de passage des soldats du FPR, le bourgmestre Jean Baptiste Gatete décrète l'extermination totale. Ses commandos de tueurs devancent le FPR sur le trajet de Murambi - Muhazi - Rukara (Gahini) - Kayonza - Kabarondo - Kigarama - Birenga (Kibungo) - Rukira - Rusumo, avant de se réfugier en Tanzanie avec les rescapés. ("La tragédie rwandaise". Emmanuel Nkunzumwami. l'Harmattan. 1996)

Le tableau ci-dessous reprend les communes d'origine des réfugiés rwandais des camps du district de Ngara en Tanzanie auxquels appartient le camp de Benako selon des recensements effectués sur place par le HCR en juillet 1994. (voir carte)

Préfecture de Byumba  Préfecture de Kibungo 
 Murambi 18.457   Rukira 27.114 
 Muhura 1.766   Rusumo 101.351 
 Ngarama 7.827   Birenga 22.034 
 Bwizige 488   Kigarama 14.760 
 Gituza 5.918   Kabarondo 9.688 
 Kivuye 1.259   Mugesera 1.367 
 Kiyombe 10.656   Sake 416 
 Mukarange 498   Rutonde 2.001 
 Muvumba 34.289   Kayonza 5.520 
     Rukara 7.869 
     Muhazi 2.510 
 Toutes communes Réfugiés: 81.158   Toutes communes Réfugiés:194.630 
Population globale de ces 2 préfectures avant le génocide 
 Byumba 868.514   Kibungo 726.618 
Source: "La tragédie rwandaise" déjà cité 

Au vu de la carte, on voit dans un premier temps, du 7 avril au 11 avril, des gens qui fuient leurs villages selon une ligne unique Muvumba - Murambi, mêlés aux FAR qui battent en retraîte devant l'avancée du FPR. A Murambi, Gatete rassemble ces gens après avoir "nettoyé" toute la région du sud de la préfecture de Byumba (massacres les plus relatés par la presse à l'époque, de Kizigoro, de Murambi), puis le mouvement fait boule de neige, mais très relativement. Tout d'abord, les villes sont évitées (Byumba avant, puis Rwamagana, puis Kibongo), volontairement semble-t-il. Ensuite, toutes les communes recensées dans les camps de Tanzanie appartenant à la préfecture de Kibongo, sont des lieux de tueries notoires et englobent un mouvement de ratissage d'une certaine partie du pays apparemment dévolue à Gatete et ses milices, tristement célèbres depuis 1992 pour les massacres du Bugesera. Finalement, à peine 9% des habitants de la préfecture de Byumba ont pris le chemin de l'exode pour la Tanzanie dont la moitié aurait été chassés par les combats FPR / FAR à la frontière nord-est entre l'Ouganda et le Rwanda, et 26% des habitants de la préfecture de Kibongo ont franchi le pont de Rusumo, dont près des 3/4 provenant uniquement des communes frontalières entre le Rwanda et la Tanzanie, de Birenga, Rukira et surtout Rusumo (chiffres HCR). On est loin des déclarations officielles du gouvernement du génocide, le GIR...

 "Les populations civiles se sont levées comme un seul homme pour assurer la sécurité des personnes, et démasquer les infiltrations du FPR..." (15 avril 1994. Communication du ministère rwandais des affaires étrangères aux ambassades pour colporter la version officielle des évènements. Extrait.)

"Sur ordre des bourgmestres, des préfets et du gouvernement intérimaire, tous les habitants doivent quitter le pays et fuir pour laisser le désert au FPR. (...) Les radios appellent à l'extermination des Batutsi et leurs complices hutu favorables au FPR, alors que des informations circulent sur les méthodes atroces de torture et de tuerie du FPR importées d'Ouganda, et la peur se répand dans tout le pays. Tout le monde fuit." ("La tragédie rwandaise" déjà cité)

 

En clair, la majorité des populations (75%) de ces deux préfectures seraient restées chez elles et auraient très relativement participé au génocide qui resterait alors une "affaire de spécialistes". La propagande de la haine ethniste n'aurait pas atteint son but, de faire de chaque Hutu le complice lucide de la solution finale à l'encontre des Tutsi.

Reste malgré tout posé le problème des préfectures de Ruhengeri et Gisenyi, dans le nord-ouest du pays, où des estimations restent à rassembler, similaires à celles concernant les réfugiés de Tanzanie, qui recenseraient par communes et préfectures, les populations qui ont "choisi" l'exode vers le Zaïre. Dans cette partie du pays, rares sont les Tutsi qui ont survécu au génocide, et rares sont les exterminateurs qui ont eu l'idée de rester après juillet 1994 pour en rendre compte. La Zône Humanitaire Sûre établie par l'opération Turquoise sur les préfectures de Gikonkoro, Cyangugu et Kibuye reste aussi à étudier puisque les miliciens réfugiés dans cette zône ont en toute impunité "terminé leur travail" sans que l'armée française n'intervienne à aucun moment (voir à ce propos, l'article de "Libération" sur les 50.000 morts de Bisesero. 3 avril 1998. d'après un rapport de "African Rights Watch" tardivement révélé).

 "Ici, trois mois durant, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants armés de pierres et de machettes ont opposé une résistance désespérée aux assauts de militaires, de miliciens et de civils armés. (...) L'épilogue de cette résistance héroïque est sinistre. Quand le 26 juin, des soldats français de l'opération Turquoise arrivent à Bisesero, les survivants se risquent à sortir des buissons et des ravines malgré la présence, aux côtés des Français, de miliciens en armes. Les militaires français leur promettent de revenir dans trois jours. Ils tiendront leur promesse. Mais les miliciens seront plus rapides. Les réfugiés sont à découvert, épuisés par trois mois de lutte et de privations. Près de un millier d'entre eux seront executés entre le 26 et le 30 juin." ("Libération". Marie-Laure Colson. 3 avril 1998)
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La géographie nous permet d'émettre des hypothèses assez peu aléatoires. Ainsi, les criminels de la première heure, certainement les plus acharnés et les plus méthodiques, ceux des préfectures montagneuses et volcaniques de Ruhengeri et Gisenyi n'ont jamais cru en leur défaîte et ne se sont rués qu'au dernier moment sur la frontière zaïroise proche, et les camps de Goma, du 13 au 18 juillet 1994, laissant leurs maisons ouvertes avec le grand père assis sur le pas de porte, le linge qui sèche et les bégonias en fleurs fraîchement arrosés sur les rebords de fenêtres, comme persuadés qu'ils ne passeraient que le week end à Goma... Le nombre total d'habitants de ces deux préfectures avant le génocide était d'environ 1.670.000. Une grosse moitié (peut-être 900.000) aurait bien pu passer la frontière, et au moins 50% des 200.000 à 250.000 génocideurs estimés plus haut (le rapport à diffusion restreinte de la mission européenne dans les camps du Zaïre en 1996) en feraient bien partie.

En ce qui concerne la préfecture de Kibuye, le degré "zéro Tutsi" sera pratiquement atteint et tranquillement achevé durant l'opération Turquoise (voir l'article de "Libération" plus haut), en pleine "Zône Humanitaire Sûre", et les tueurs disposeront de trois mois pour finir d'effacer jusqu'aux traces de l'existence auparavant, de Tutsi sur les hauteurs vertes de Kibuye (maisons brûlées et rasées), et pour disséminer des caches d'armes pour les jours à venir, de reconquête du pays. Ceux-là ont fui de façon moins massive et probablement assez tard, à la fin du mois d'août 1994 vers Cyangugu au sud-ouest et les camps de Bukavu, au Zaïre (peuplés d'environ 500.000 réfugiés en 1995 selon le HCR). Là encore, les recensements par communes dans les camps du sud-Kivu seraient utiles à la clarification des allées et venues des élites génocidaires. Certains indices portent à croire que ces camps auraient été majoritairement peuplés d' habitants des préfectures de Kibuye et Cyangugu, et peut-être, d'environ 230.000 déplacés de la ZHS sur les 350.000 recensés à l'été 1994. En effet, un rapport du coordinateur des opérations humanitaires de l'ONU de mars 1995 estime à 120.000 le nombre de déplacés restant dans les huit derniers camps de l'ancienne ZHS, autour de la colline de Kibeho, "parmi lesquels, une forte présence d'anciens officiels du gouvernement et d'anciens militaires" (de miliciens Interahamwe aussi). Après la "bavure grave" de l'APR et le drame de centaines de personnes massacrées ou piétinées dans une panique innommable, le camp se vide enfin. Beaucoup rentreront chez eux, plusieurs centaines seront arrêtés comme "génocidaires" et emprisonnés dans les cachots communaux. Les autres, les "irréductibles", difficiles à quantifier, profiteront de la cohue qu'ils auront provoquée pour fuir et rallier le gros de leurs tristes effectifs dans les camps du Zaïre.

En conclusion, toutes ces hypothèses souffrent d'un manque d'informations et surtout de chiffres fiables qu'il serait utile de rassembler sur des tableaux comparatifs, ou de projeter en simulations sur des cartes. Là encore, les éléments nouveaux seront les bienvenus (pour me contacter).

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LA JUSTICE AU RWANDA

Pour ce qui concerne l'actualité intérieure du Rwanda liée au génocide, en février 1997, Froduald Karamira, un dirigeant du MDR tendance "Hutu Power", fut un des 10 premiers condamnés à mort pour actes de génocide. Il avait mené avec ses miliciens, les massacres de Tutsi et de Hutu modérés en avril 1994 dans le secteur de Nyamirambo, à Kigali...

22 personnes ont été jugées parmi les cadres du génocide et ont été condamnées à mort et fusillées fin avril 1998 en "place publique". Les médias n'y étaient pas conviés. Les 22 noms n'ont pas été révélés. Toutes responsabilités confondues, ce sont à la fin de l'année 1999, 1500 suspects qui ont été jugés, et 300 qui ont été condamnés à mort. D'autres se sont pliés à la procédure dite "d'aveu exceptionnel", reconnaissant leurs crimes, demandant pardon aux victimes et dénonçant leurs complices éventuels. Ils ont ainsi pu bénéficier d'une clémence relative dans leurs condamnations (12 à 15 ans de prison au lieu de la peine de mort).

Près de 110.000 présumés coupables de tous âges croupissent après le génocide dans les 19 prisons insalubres du Rwanda et les 150 cachots communaux, souvent sans aucun chef d'inculpation. La mort et la maladie y font leur ouvrage depuis des années. Le CICR est autorisé dans les prisons pour des programmes d'assistance nutritionnelle et de réhabilitation des prisons. Les 2 prisons et les 60 cachots communaux du nord du pays ne sont plus visités par la Croix-Rouge Internationale depuis que les "infiltrations" de commandos rebelles et les massacres d'"inyenzi"(cafards) et d'"ibyitso"(complices) y ont recommencé dans le courant de l'année 1997.

"De son côté, la justice rwandaise tente d'accélérer les procès pour génocide en formant de nouveaux juristes et en réalisant des procès groupés. Mais les procédures restant fort longues, le gouvernement veut remettre en route les anciennes juridictions traditionnelles, Gacaca (lire gatchatcha) pour juger tous ceux qui ne risqueraient pas la peine de mort." (Liaison Rwanda)

Juin 2000, le cas de Monseigneur Misago : l'évêque de Gikongoro a été acquitté par le Tribunal de Kigali après neuf mois de procès. Le Procureur avait demandé la peine de mort pour crime de génocide, crime contre l'Humanité, non assistance à personne en danger et complicité de meurtre. Le président du Tribunal, Jariel Sekarusu a déclaré qu'aucune accusation n'était recevable, faute de preuves. Précisons que le Pape Jean-Paul II en personne avait adressé à l'évêque un message de soutien durant sa détention, ainsi que sa Bénédiction Apostolique. Gageons que les rescapés de Gikongoro qui ont témoigné nombreux contre lui, ne rateront pas une de ses messes lorsqu'il reprendra le gouvernement pastoral de sa communauté diocèsaine. Gageons aussi, que le gouvernement rwandais s'attend désormais à ce que le Vatican lui renvoie l'ascenseur d'une façon ou d'une autre. On n'a rien sans rien...

 

5 octobre 2001 : le temps de la justice n'est pas le temps des hommes: la population rwandaise est enfin appelée à élire durant 4 jours, 240.000 "juges" dans les 9.189 cellules du pays, et elle se déplace en masse. "Ces personnes "intègres" qui siègeront dans les juridictions d'inspiration traditionnelle Gacaca suivront, au cours des prochains mois, une formation. Les premiers procès devant les Gacaca ne devraient pas débuter avant le mois de mars 2002." (Liaison Rwanda N°37 -Nov.Dec.2001)

1er janvier 2002 : présentation à Kigali, du nouveau drapeau du Rwanda nouv.drapeau

18 juin 2002 : promesse tenue, les formations sont terminées et les juridictions "Gacaca" sont enfin inaugurées ce jour. Dans un premier temps, 12 juridictions-tests fonctionneront. A terme, 11000 sont prévues sur le territoire entier du Rwanda.

1er janvier 2003 : Le président rwandais Paul Kagame décide de la libération de plusieurs milliers de prisonniers soupçonnés de crime de génocide. Les personnes concernées par cet "élargissement", outre les personnes âgées ou gravement malades, sont des prisonniers mineurs qui avaient entre 14 et 18 ans au moment du génocide, ainsi que ceux qui ont plaidé coupable et sont en attente de leur procès. Cette liberté provisoire profiterait à plus de 20.000 personnes. Dans les collines, ces libérations réveillent les peurs des rescapés et les mémoires s'empourprent à nouveau du sang des parents "génocidés". Certains craignent que ces bénéficiaires de la grâce présidentielle viennent "finir le travail" qu'ils avaient commencé en avril 1994. On a beau leur dire que les vrais assassins et les violeurs resteront en prison, ils ont peine à le croire. Certains pensent à partir, changer de colline, pour se retrouver face à des "génocidaires" qu'au moins ils ne connaîtront pas...

6 mai 2003 : "Plus de 22.000 prisonniers rwandais accusés de participation au génocide de 1994 ont commencé à quitter les camps de rééducation, hier, pour regagner leur domicile. Cette vaste opération d'amnistie a été lancée par la Commission nationale d'unité et de réconciliation, qui a décidé de gracier les nombreux petits exécutants des massacres qui avaient ensanglanté le Rwanda. /.../ Ces prisonniers, détenus dans 18 "camps de solidarité", ont suivi 3 mois de "cours de rééducation" destinés à les préparer à leur réinsertion dans la société. Les prisons rwandaises hébergent encore 90.000 détenus, dont 90% sont accusés de génocide." (Libération d'après AFP)

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8 septembre 2005 : (Le Soir/Bruxelles) "Un religieux belge a été arrêté alors qu'il transitait par l'aéroport de Kigali, en provenance de Lubumbashi, Kalemié et Goma. Le Père blanc Guy Theunis est emprisonné et accusé de crime contre l'humanité, la plus grave accusation possible au Rwanda. Le père Theunis avait quitté le Rwanda en avril 1994, évacué par les paras belges dans les premiers jours du génocide. Présent au pays des Mille Collines, il avait été le directeur de la revue « Dialogue », où s'exprimaient de nombreux intellectuels hutus, quelquefois proches des milieux extrémistes. Mais lui-même avait été membre fondateur de l'association de défense des droits de l'homme ADL. Il semble que les autorités rwandaises lui reprochent la publication de « Dialogue » et qu'elles le soupçonnent aussi, lors de son séjour au Congo, d'avoir eu des contacts avec des ex-FAR, les anciens militaires rwandais toujours présents au Congo et dont Kigali réclame l'extradition depuis onze ans. Karel De Gucht, le ministre belge des Affaires étrangères, a exprimé son étonnement devant cette arrestation : aucun dossier contre Guy Theunis n'avait été transmis à Bruxelles."

Le Rwanda était toute la vie de Guy Theunis. Le Père blanc arrêté à Kigali est accusé de complicité de génocide et de divisionnisme.  PAR COLETTE BRAECKMAN (Le Soir/Bruxelles/13 septembre 2005)
"Voir Guy Theunis comparaître dans la tenue rose des prisonniers avant d'être ramené dans la prison centrale de Kigali est stupéfiant : ce Schaerbeekois de 60 ans, Père blanc, a été envoyé au Rwanda au lendemain de son ordination. Très vite, il s'est fait connaître par ses activités d'enseignement, mais aussi de journalisme.
Aujourd'hui désigné comme un inculpé de la première catégorie, celle des « concepteurs » du génocide, il devra comparaître devant un tribunal ordinaire. En effet, les gacaca, ces tribunaux composés de simples citoyens, ne sont pas compétents pour juger des crimes les plus graves. Lorsqu'il s'agira de présenter le cas Theunis, les avocats de l'accusation auront du mal à présenter un dossier cohérent : le plus grand crime du religieux est peut-être d'avoir trop aimé un certain Rwanda, auquel il a consacré l'essentiel de sa vie, et d'avoir trop souvent dénoncé, à des époques et sous des régimes différents, autoritarisme et dérives.
Après des études à Louvain, Guy Theunis, fils d'une bonne famille bruxelloise, suit une formation spécialement destinée aux Missionnaires d'Afrique, et il se retrouve vicaire à Cyanika, près de Butare. Par la suite, ses activités se partagent entre la Procure de Kigali, l'enseignement au petit séminaire de Nyakibanda et l'animation de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) locale.
Outre ses fonctions strictement religieuses, ce spécialiste de la Bible est, depuis 1989, passionné par la presse. Il s'est lié d'amitié avec André Sibomana, l'animateur du journal catholique « Kynyamateka ». Ce prêtre courageux, Hutu du Sud, est un infatigable pourfendeur du régime Habyarimana, dont il dénonce le népotisme, la corruption, les crimes.
Theunis accompagne Sibomana dans son combat, mais dès 1990, les deux hommes se montrent également critiques à l'encontre du Front patriotique rwandais qui, en octobre, a déclenché la guerre depuis la frontière de l'Ouganda.
Cette offensive, à l'époque, est perçue par de nombreux Hutus et par Theunis lui-même comme une invasion étrangère et non comme le retour, les armes à la main, des exilés tutsis qui avaient été chassés du pays en 1959, avec, à l'époque, la bénédiction de l'Eglise catholique.
Lorsque le régime Habyarimana s'engage dans le multipartisme, Theunis devient un ardent protagoniste du pluralisme de la presse. Il correspond avec Reporters sans frontières, tente de structurer une presse rwandaise qui se crée sur une base souvent partisane et dont certains titres, comme "Kangura", sombreront dans la haine ethnique. Désireux d'informer les expatriés (dont les ambassades qui ne mesurent guère la montée des extrémismes), Theunis traduit les journaux locaux et en reproduit, sans commentaires ni recul, des extraits dans une revue de presse, ce qui lui est aujourd'hui reproché. A la même époque, toujours avec Sibomana, il fonde l'Association rwandaise des droits de l'homme, ADL, qui enregistre et dénonce toutes les violations des droits humains. A cette époque en effet, de 1990 à 1994, les massacres se succèdent à l'intérieur du Rwanda, et les Missionnaires d'Afrique, présents sur le terrain, sont souvent les premiers à diffuser les listes des victimes, tout en dénonçant aussi les exactions attribuées au FPR.
S'il dénonce la montée des périls, Theunis, pas plus que la plupart des expatriés, ne lit dans ces événements le plan d'ensemble de ce que sera le génocide. Evacué en avril 1994, il est persuadé que l'attentat contre Habyarimana a été commis par le FPR. Une fois en Belgique, le Rwanda continue à le hanter : il contribue à la publication de « Dialogue », et avec son franc-parler habituel, témoigne devant la mission d'information française et devant le tribunal d'Arusha."
Le même jour, extrait d'un autre article de Colette Braeckman dans le même journal belge, "Le Soir"...
"Les réactions de Karel de Gucht correspondent à la gradation de l'« affaire Theunis » : après avoir exprimé son « étonnement » à l'annonce de l'arrestation du religieux belge, le ministre, vendredi dernier, a convoqué l'ambassadeur du Rwanda à Bruxelles et lui a demandé des explications.
Depuis, le père Guy Theunis a comparu à Kigali devant une juridiction gacaca, ces tribunaux qui ne sont pas composés de professionnels, mais doivent connaître de faits commis durant le génocide, à l'exception de crimes de sang. Il a été décidé de déférer le père blanc devant un tribunal ordinaire, avec une accusation d'une extrême gravité : incitation au génocide et au négationnisme. Le prêtre belge se retrouve ainsi classé dans le camp des  planificateurs, organisateurs, incitateurs, superviseurs et encadreurs du crime de génocide .
Il est le premier religieux expatrié à être ainsi mis en cause.
Même si les interlocuteurs rwandais risquent de lui rappeler le principe de la séparation des pouvoirs, M. De Gucht compte bien placer le cas de Guy Theunis au centre de la « conversation approfondie » qu'il aura à New York avec son homologue rwandais Charles Murigande, tandis que le Premier ministre Guy Verhofstadt rencontrera vraisemblablement le président Kagame. Devant les juges du tribunal gacaca, qui débattaient de son cas en kinyarwanda, le religieux belge a nié avoir propagé des écrits qui constitueraient une « incitation au génocide », assurant qu'il ne comprenait rien à cette affaire. En effet, à une ou deux reprises, le père Theunis s'était rendu au Rwanda depuis 1994 sans avoir été inquiété et son nom n'a jamais figuré sur les listes des accusés du génocide. De nouveaux éléments auraient-ils été livrés à la justice par des détenus récemment libérés, ou par des témoins comparaissant devant les juridictions gacaca ? On l'ignore encore et le seul grief ouvertement adressé au religieux est d'avoir, avant avril 1994, publié des extraits de la revue Kangura, dirigée par Hassan Ngeze (condamné fin 2003 par le Tribunal pénal international d'Arusha), dans le cadre d'une revue de presse.
L'organisation Reporters sans frontières, dont Guy Theunis avait été le correspondant en 1992-93, s'est déclarée « scandalisée » par les accusations rwandaises, et affirme que cette affaire cache probablement un règlement de comptes politique. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer l'arrestation du religieux belge, la première étant le soupçon (nourri par la sécurité rwandaise) selon lequel à Rome puis au Congo, il aurait eu des contacts avec des militaires hutus que Kigali considère comme des génocidaires, et qui sont mis en demeure de quitter les forêts du Kivu d'ici la fin septembre.
L'autre possibilité est celle d'un règlement de comptes avec l'Eglise catholique et plus largement avec tous les intellectuels, dont de nombreux expatriés, auxquels le Front patriotique rwandais reproche d'avoir entretenu, sinon suscité la haine ethnique et creusé le fossé entre Hutus et Tutsis, une attitude que la nouvelle Constitution, promulguée en 2002, qualifie de divisionniste.
Reste enfin l'expression du déplaisir que ressent Kigali à voir la Belgique demeurer le quartier général des opposants de toute nature, y compris des auteurs du génocide. Les entretiens de MM. De Gucht et Verhofstadt auront lieu dans les deux sens..."

Voici le communiqué de Reporters sans frontières...

Avec l'arrestation du père Theunis, une étape nouvelle vient d'être franchie qui dénote l'accroissement du climat de terreur régnant.
Rwanda, prière de libérer le père Theunis
Par Robert MENARD
Robert Ménard secrétaire général de Reporters sans frontières.
vendredi 30 septembre 2005
Guy Theunis, père blanc de nationalité belge, militant des droits de l'homme et ancien secrétaire de rédaction de la revue Dialogue, a été arrêté, le mardi 6 septembre, à l'aéroport de Kigali, au moment où il s'apprêtait à quitter le Rwanda. Cinq jours plus tard, il a comparu devant un tribunal populaire, en présence d'un millier de personnes. Au cours d'une audience partiale et préparée d'avance, une vingtaine de «témoins» à charge ? pour la plupart des cadres du Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir depuis 1994) ? se sont succédé à la barre. A l'issue de ce simulacre d'instruction, Guy Theunis a été qualifié de «planificateur du génocide». A ce titre, il risque la peine de mort.
Le père Theunis est un ami du Rwanda, pays qu'il a habité de 1970 à 1994 et dont il parle la langue. Brusquement, onze ans après le génocide, on lui reproche d'avoir «incité à la haine ethnique» dans la revue Dialogue et «désinformé» l'opinion publique internationale sur l'oeuvre exterminatrice qui se préparait.
Principale «preuve» à charge, un extrait d'une revue de presse animée par le père Theunis, dans laquelle on pouvait lire une traduction en français d'un texte de Kangura, un journal extrémiste hutu connu pour ses appels à la haine contre les Tutsis. Tous ceux qui ont été abonnés à la revue de presse de la revue Dialogue au début des années 90, soit une cinquantaine de diplomates, d'universitaires, de chercheurs et militants des droits de l'homme au Rwanda ou à travers le monde, savent combien elle leur était utile en leur donnant accès à des articles parus en kinyarwanda. C'est grâce à cette revue de presse qu'ils ont pu dénoncer les dérives ethnistes du régime Habyarimana et des milieux extrémistes. En faire aujourd'hui le reproche à Guy Theunis, ce serait comme accuser le mémorial Yad Vashem en Israël d'exposer des documents illustrant l'horreur de la propagande nazie.
Parodie de justice, accusations absurdes, humiliations et brimades... Depuis son interpellation à l'aéroport, le père Theunis est incarcéré à la prison centrale de Kigali, où il porte l'uniforme rose des prisonniers et côtoie des auteurs de crimes contre l'humanité dont il a dénoncé, en son temps, les agissements. Où veut-on en venir ? Pourquoi l'avoir autorisé ? à plusieurs reprises ? à revenir au Rwanda depuis dix ans, pour l'arrêter aujourd'hui ? Y serait-il revenu s'il avait quelque chose à se reprocher ? L'hostilité du pouvoir vis-à-vis de la revue Dialogue, qui a dû s'installer à Bruxelles, et dans laquelle s'expriment librement des intellectuels rwandais en exil, n'est pas nouvelle. Depuis quelques mois, les mesures d'intimidation se sont multipliées.
Au-delà du cas du père Theunis, nous constatons avec une vive inquiétude le climat de terreur qui règne au Rwanda. Des opposants au régime du général-président Paul Kagamé sont éliminés, au besoin physiquement. Une étape nouvelle vient d'être franchie avec l'arrestation du père Theunis. Ce sont désormais les ressortissants étrangers gênants pour le pouvoir qui sont visés. Le gouvernement en place à Kigali ne choisit pas ses cibles par hasard : à partir de 1992, le père Theunis avait documenté, notamment dans les colonnes de la revue Dialogue, la politique d'épuration ethnique à l'égard des Hutus mise en oeuvre par le FPR dans le nord du Rwanda qu'il occupait. C'était avant le génocide des Tutsis. Aujourd'hui, la mort de 1 million de Tutsis ne saurait servir de bouclier d'impunité aux crimes commis par le FPR, dans sa conquête du pouvoir et depuis lors. Rappelons aussi que le père Theunis revenait de Bukavu, où il participait à une médiation visant à ramener la paix dans l'est du Congo. Région où le régime rwandais entend conserver un pouvoir d'influence sans partage.
Nous sommes inquiets pour la santé du père Theunis. Cet homme n'est pas un «planificateur du génocide». Nous, qui le connaissons et l'apprécions pour le travail qu'il a accompli depuis trente ans en Afrique centrale, demandons au gouvernement rwandais de le libérer immédiatement."

Jean-Paul Gouteux (Liaison Rwanda, auteur de "La Nuit Rwandaise" sur l'implication française dans le génocide des Tutsi du Rwanda) est moins élogieux sur le personnage du père Guy Theunis...

L’implication idéologique et politique dans le génocide du père Guy Theunis de 1990 à 1994
"En 1997, devant la Commission parlementaire du Sénat belge, le père Guy Theunis, ancien professeur au Grand Séminaire du Rwanda et très proche de l’ancien régime génocidaire rwandais, affirma que « le génocide était inimaginable ». André Louis, ancien secrétaire général de l’Internationale démocratie chrétienne (IDC) fit de même. Or, ces deux personnages étaient étroitement liés aux génocidaires et en connaissaient très bien le programme. Le père Theunis avouera plus tard qu’il savait, trois semaines avant le 7 avril, le but des extrémistes de la CDR : « recommencer les massacres de 1959 ». Il ne dit pas s’il approuvait ce projet, mais tout dans l’histoire de ce personnage le laisse supposer./.../
Les Pères blancs sont à l’origine de la revue "Dialogue", l’un des principaux organes d’expression des membres de l’Église catholique au Rwanda. Son fondateur, l’Abbé Massion, était un prêtre proche des leaders du Parmehutu.
Après le génocide, "Dialogue" a été relancée à Bruxelles par le Père Theunis et un groupe d’exilés hutu rwandais. La revue se caractérise par des écrits ethnistes et révisionnistes, dont certains rédigés par François Nzabahimana, ex-ministre de Habyarimana. Celui-ci est aussi le président du très négationniste RDR (Rassemblement pour le retour des "réfugiés" et la démocratie au Rwanda) qui rassemble quelques-uns des génocidaires notoires. La dérive ethnicisante de cette revue est, on ne peut mieux, illustrée par une récente note de lecture de mon livre, "La Nuit rwandaise" (Dialogue numéro 229, juillet-août 2002, article de Shingiro Mbonyumutwa). L’auteur révèle ses obsessions racistes dans la phrase suivante : "Jean-paul Gouteux se sent aussi un bourreau de par ses frères de race, les Français....". Ramener une réaction citoyenne contre une complicité de génocide avérée de la part de l’État français, à une culpabilité liée à la "race", est tout à fait caractéristique de cette revue, arc-boutée sur l’idéologie raciale de la "cause hutu". Ajoutons que la notion de "frères de race" ne s’oppose pas qu’à la citoyenneté, elle s’oppose aussi à une vieille tradition africaine : So kwe so, "un être humain est un être humain" comme on dit en Sangho (le sangho est la langue véhiculaire de la République Centrafricaine).
"Dialogue", qui est toujours distribuée au Rwanda par toutes les procures, a refusé mon droit de réponse, comme on pouvait s’y attendre."
5 octobre 2005 : A Kigali, en prison avec le père Theunis (Le Soir)
"C'est avec philosophie que le Père Guy Theunis, 60 ans, nous parle de son séjour à la prison centrale de Kigali, où il est détenu, après avoir été arrêté le 6 septembre à l'aéroport alors qu'il se dirigeait vers l'avion en partance pour Bruxelles. Nous avons pu nous entretenir avec le père blanc devant l'entrée de cette prison, où les familles se succèdent : elles disposent chacune de trois minutes pour délivrer linge propre ou paniers repas.
Guy Theunis a été déféré devant les tribunaux ordinaires avec l'inculpation de « complicité de génocide » et est ainsi le premier religieux étranger à devoir comparaître devant les tribunaux rwandais. D'aucuns se demandent si le procès qui lui est fait n'est pas en réalité celui de l'Église, de ses ambiguïtés de naguère face aux dérives du régime Habyarimana et à l'exclusion dont les Tutsis étaient victimes. Cependant, malgré les charges très lourdes qui pèsent sur lui, Guy Theunis se montre serein. Pas parce que ses conditions de détention sont bonnes, ni parce que les autorités rwandaises ont donné leur accord de principe pour qu'il soit transféré et jugé en Belgique, mais surtout parce qu'il a la conscience tranquille. Il estime que lorsque, dans les premiers jours du génocide, il envoyait des fax détaillant les massacres ou lorsqu'il publiait sa revue de presse des journaux rwandais, citant aussi les publications extrémistes, il ne faisait que son devoir d'information.
Il nie aussi avoir jamais rencontré, au Kivu ou ailleurs, des « génocidaires » hutus aujourd'hui en passe d'être traqués et renvoyés au Rwanda. . . Même lorsque Theunis sera rentré en Belgique, le mystère entourant les raisons de son arrestation et de son inculpation demeurera entier."
13 novembre 2005 : Le père Guy Theunis sera transféré samedi 19 novembre à Bruxelles, a rapporté la presse belge citant des sources rwandaises autorisées.
Après avoir comparu devant un tribunal de la Gaçaça, le père Guy Theunis, avait été transféré à la cour d`Assises de Kigali, étant considéré comme appartenant aux criminels "de première catégorie", c`est-à-dire les "concepteurs" et "planificateurs" du génocide.
Dans une interview accordée de sa prison, le père Guy Theunis s`était étonné qu`il n`y avait personne de sa connaissance au tribunal de la Gaçaça devant lequel il a comparu, alors que cette instance de justice de proximité est censée juger les gens du village impliqués dans le génocide. Dans cette interview, il a fait savoir que les témoins au tribunal de la Gaçaça devant lequel il avait comparu étaient venus du Canada, de Belgique et de Cyangungu, et qu`il n`en connaissait aucun.
Après avoir examiné son dossier, la Haute cour de justice rwandaise a autorisé le transfert en Belgique du prêtre catholique, "la Belgique ayant déjà prouvé qu`elle ne se range pas du côté des génocidaires".
La haute cour de justice rwandaise, entend ainsi faire allusion aux procès qui ont eu lieu en Belgique dans le cadre de la loi de compétence universelle. En effet en mai juin 2001, quatre Rwandais parmi lesquels deux religieuses avaient été condamnées à de lourdes peines de prison par la cour d`Assises de Bruxelles qui les a reconnus coupables de participation au génocide. Au début de cette année, deux commerçants rwandais ont également été condamnés à de longues peines de prison pour leur participation au génocide.
Une fois transféré en Belgique, le père Guy Theunis sera jugé sur la base de loi de compétence universelle. (Angola Press - 13 novembre 2005)

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TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL POUR LE RWANDA

Avril 1998: à Arusha, en Tanzanie, la justice internationale suit son cours fastidieux. Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda instauré le 8 novembre 1994 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies avec l'adoption de la résolution 955, tient une liste "secrète" de 29 accusés dont 24 sont déjà emprisonnés à Arusha. Les noms les moins secrets sont: Jean Paul Akayezu, Théoneste Bagosora, Jean Bosco Barayagwiza, Jérome Bicamumpaka, Kantano Habimana, Gratien Kabiligi (colonel), Jean Kambanda, Clément Kayishema, Pasteur Musabe, Ferdinand Nahimana, Hassan Ngeze, François Nsabahimana, Charles Nzabagerageza, Georges Ruggiu, Georges Rutaganda, Obed Ruzindana, Pascal Simbikangwa.

Seuls les procès de Jean Paul Akayezu, bourgmestre de la commune de Taba d'un côté, et de l'autre, Clément Kayishema, préfet de Kibuye durant le génocide, Charles Rutaganda, vice-président des interahamwe, et Obed Ruzindana, commerçant à Kibuye, sont en cours quatre ans après la fin du génocide. Pour tous les accusés, l'audition des témoins pourrait prendre des années si les procès restent individuels. Le procureur du TPIR, Louise Harbour, pensait gagner du temps et comptait donner plus de sens et de clarté à la recherche de la vérité sur la planification du génocide, en proposant des procès groupés où les témoins fussent entendus une seule fois pour des situations reprises de façon similaire dans les actes d'accusation de plusieurs inculpés. Le juge Tafazzal Hossain Khan a rejeté le 2 avril 1998, cette première demande de procès collectif déposée par le parquet le 6 mars 1998.

Tous les accusés sauf Jean Paul Akayezu, ont nié dans un premier temps, qu'un génocide ait pu avoir lieu au Rwanda. Ensuite, changeant de système de défense, ils ont nié avoir participé au génocide. Jean Kambanda, premier ministre du GIR, le "gouvernement du génocide", est isolé du reste des accusés depuis son incarcération à Arusha, et n'a pas comparu du tout devant la cour. Il serait prêt à reconnaître sa propre responsabilité dans le déroulement du génocide, mais surtout à dire devant le tribunal comment les choses se sont passées véritablement, qui tirait les ficelles et certainement bien d'autres choses encore, telles que les livraisons d'armes, les noms des instigateurs du génocide qui ont fui le 9 avril avec l'Akazu et la famille du président, leurs rôles jusqu'à aujourd'hui, les connivences étrangères et confessionnelles...etc. De quoi faire enfin la lumière et briser tous les autres systèmes de défense. Espérons que le TPIR dispose de tous les moyens requis pour la réelle protection rapprochée d'un témoin soudain un peu trop capital.

Septembre 1998 : Jean Kambanda plaidera bien coupable les 3 et 4 septembre 1998 devant le TPIR mais, selon le jugement le condamnant à la prison à perpétuité, "il n'a pas proposé d'explications à sa participation volontaire au génocide, il n'a pas davantage manifesté de la contrition ou exprimé des regrets ou de la compassion à l'égard des victimes du Rwanda, même lorsque la Chambre lui en a donné l'opportunité"...

Son intention exprimée en mai, de témoigner contre ses ex-complices, chefs politiques et militaires du génocide et autres relations de tranquille préméditation hors même des frontières rwandaises, n'aura duré quant à elle, qu'un printemps. Kambanda se pourvoiera en appel.

Nota: le 3 septembre déjà, Jean Paul Akayezu était reconnu coupable de génocide, et condamné le 2 octobre à la perpétuité par le TPIR. Il fera appel, réfutant en bloc le système de défense de son avocat commis d'office et entamera une grêve de la faim pour être représenté par un avocat canadien légèrement négationiste de son choix.

Janvier 1999 : une troisième sentence devrait être prononcée par le TPIR après une dernière audience le 29 janvier 1999, à l'encontre de Omar Serushago (aussi appelé Omari Faizi), qui fut chef des Interahamwe de la préfecture de Gisenyi. Il a reconnu les faits d'organisation et execution de massacres selon des listes établies par Anatole Nsengiyumva, Félicien Kabuga et Joseph Nzirorera, plaidant coupable "volontairement et sans pression". Déjà, le 7 avril 1994, il avait participé aux massacres de Tutsi dans l'église de Nyundo, non loin de Gisenyi dans le nord-ouest du pays. Omar Serushago fait l'objet de cinq chefs d'accusation pour génocide, crimes contre l'humanité pour extermination, assassinat, torture et viols (confirmation le 29 septembre 1998, par le juge Yacov Ostrovsky. Le juge confirmateur n'a validé que cinq des six chefs d'accusation dressés par le procureur, rejetant le chef d'entente en vue de commettre le génocide, puis rejetant le chef de viol nié par l'accusé. 4 chefs d'accusation ont donc finalement été retenus contre Omar Serushago.).

Dépêches d'agence (AFP, AP, REUTERS, ARI, ...)  

5 février 1999 : Omar Serushago a été condamné à 15 années de réclusion. Il a exprimé ses remords, demandant pardon au peuple rwandais.

mai-juin 1999 : Clément Kayishema et Obed Ruzindana ont été reconnu coupables de génocide. Kayishema, ancien préfet de Kibuye, a été condamné à la réclusion à perpétuité. Ruzindana quant à lui, a été condamné à 25 ans de prison.

8 novembre 1999 : Le Rwanda suspend sa récente coopération (visite à Kibuye du Tribunal pour le procès en cours de l'ancien bourgmestre de Mabaza, Ignace Bagilishema, et nomination en octobre, d'un représentant de l'état rwandais à Arusha) avec le TPR . Ce dernier vient de statuer sur la remise en liberté pour vice de procédure, de Jean-Bosco Barayagwiza, idéologue de la CDR et initiateur de la RTLM, Radio Mille Collines, avec Ferdinand Nahimana. Jean-Bosco Barayagwiza collaborait aux activités du gouvernement du génocide et avait été officiellement reçu à Paris en mai 1994 en compagnie de Jérome Bicamumpaka, alors ministre des affaires étrangères. Le TPR a ordonné qu'on remette Barayagwiza aux autorités du Cameroun où il avait été arrêté en mars 1996, et d'où il avait été extradé vers la Tanzanie. Motif du "vice de procédure": Barayagwiza n'aurait pas été informé des charges retenues contre lui durant les 19 mois de sa détention au Cameroun, ni les 90 premiers jours de détention à Arusha...erreur pour le moins équivoque du TPR, ou simplement très grave.
nota : Une procédure (class claim) avait déjà été lancée contre lui aux USA en 1994 (selon "les Temps Modernes" maintes fois cité ici).

12 novembre 1999 : Le Rwanda lance un nouveau mandat d'arrêt international à l'encontre de Jean-Bosco Barayagwiza.

6 décembre 1999 : Le procureur du TPIR, Carla del Ponte, a officiellement demandé la révision de la décision de la chambre d'appel de libérer le présumé génocidaire, Jean-Bosco Barayagwiza, selon l'agence de presse Hirondelle.

8 décembre 1999 : La chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris a procédé à huis-clos lundi 08/12/99 à l'interrogatoire de Jean de Dieu Kamuhanda, ancien ministre rwandais, recherché pour génocide par le TPIR. La chambre d'accusation a fixé au 13 décembre l'audience de plaidoirie. C'est la première fois que la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris examine une demande d'extradition formulée par l'un des deux tribunaux chargé de juger les crimes commis au Rwanda ou en Yougoslavie. (AP 06/12/99)

même jour : Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a condamné lundi l'ancien vice-président de la milice Interahamwe et cadre important du parti MRND, Georges Rutaganda, à la prison à vie pour un chef de génocide et deux chefs de crimes contre l'humanité.

9 décembre 1999 : La chambre d'appel du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) se rendra à Arusha au début de l'an prochain pour revoir une décision ordonnant, pour vice de forme, la libération du présumé génocidaire, Jean-Bosco Barayagwiza. La chambre d'appel a déclaré mercredi qu'elle se rendrait au tribunal d'Arusha en février pour entendre les arguments présentés par le Procureur, Carla del Ponte, qui demande l'annulation ou la révision de l'ordre de libération de M. Barayagwiza, a rapporté l'agence de presse Internews. Les juges de la chambre d'appel ont également ordonné que M. Barayagwiza reste sous la garde des Nations Unies "jusqu'à nouvel ordre". (IRIN 09/12/99 )

27 janvier 2000 : condamnation par le TPIR d'Arusha, d'Alfred Musema, directeur d'une usine de thé à Gisovu, à la prison à vie pour crimes contre l'humanité, actes de génocide et viol contre une jeune fille Tutsi. Il fera appel.

9 février 2000 : Paris va livrer un ancien ministre rwandais au TPIR
(PARIS Reuters) - La Cour de cassation a approuvé la remise au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) d'un ancien ministre de ce pays, recherché pour génocide, ce qui constitue une première en France. Jean de Dieu Kamuhanda, 46 ans, ancien ministre de l'Enseignement supérieur, soupçonné d'avoir joué un rôle dans le massacre de 800.000 Tutsis et Hutus modérés en 1994 au Rwanda, avait été arrêté en novembre dernier à Bourges (Cher), sur mandat du procureur du TPIR, Carla Del Ponte, et écroué. Il nie toutes les accusations qui le visent. Son transfert au Tribunal, qui est basé en Tanzanie, à Arusha, avait déjà été approuvé par la cour d'appel le 15 décembre. La décision de la Cour de cassation le rend maintenant en principe exécutoire. La France, souvent dénoncée par les nouvelles autorités rwandaises, parce qu'elle aurait accueilli des responsables du génocide, n'avait jamais eu à traiter auparavant avec le TPIR. Jean De Dieu Kamuhanda était ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de la culture du gouvernement qui était aux affaires en 1994, entre l'assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana et le génocide. Le procureur du TPIR entend examiner les responsabilités de tous les membres de ce gouvernement. Une dizaine d'anciens ministres sont déjà incarcérés à Arusha.
8 mars 2000 : Jean de Dieu Kamuhanda est arrivé à Arusha où il sera jugé. Précisons à l'actif de la justice française, qu'un ancien officier rwandais, François-Xavier Nzuwonemeye, a été arrêté à Montauban le 15 février 2000, et risque la même extradition. Toutefois, son avocat argue d'une part d'un dossier d'accusation incomplet, et d'autre part de raisons sérieuses de santé, son client étant atteint du SIDA et demandant une garantie de soins en cas de transfert vers Arusha. Me Morain ira même jusqu'à présenter un "certificat de moralité" sous la forme d'une attestation d'un colonel de l'état-major français (de l'active !) faisant prévaloir que Nzuwonemeye avait été "utile à la France" (Liaison Rwanda se demande si c'était pendant le génocide)...
 
Autres dépêches du début de l'année 2000...
USA: arrestation de Elyaphan Ntakirutimana, pasteur de l'Eglise du Septième jour et soupçonné de génocide, qui sera extradé vers Arusha.
Angleterre: Tharcisse Muvunyi, ex-commandant militaire dans les préfectures de Butare et Gikongoro, arrêté à Londres le 6 février 2000, devrait aussi être rapidement extradé vers Arusha.
Belgique: ex-colonel de la Gendarmerie rwandaise, Augustin Ndindiliyimana, est arrêté à Termonde. Des associations de rescapés du génocide, ainsi que les familles des10 casques bleus belges massacrés au début du génocide avaient plusieurs fois tenté de le mettre en cause alors qu'il bénéficiait d'un statut de réfugié politique depuis mai 1998, et qu'il était arrivé en Belgique en 1994.
Danemark: autre ex-officier de l'armée rwandaise qui serait impliqué dans l'assassinat des 10 casques bleus belges, Innocent (comme son prénom ne l'indique pas) Sagahutu a été arrêté le 16 février.
La Haye, mai 2000 : la Cour d'Appel du Tribunal Pénal International casse le jugement de relaxe concernant Jean-Bosco Barayagwiza qui avait bénéficié d'un vice de procédure. Le TPI d'Arusha avait décidé sa remise en liberté mais le nouveau Procureur avait fait appel de cette décision. Barayagwiza sera donc bien jugé pour crime de génocide dans quelques semaines.
 
Merci à Liaison Rwanda pour son travail de compilation que l'on peut trouver dans son bulletin de liaison et d'information. (Hélas, ce site ne répond plus.)
 
Juin 2000, Arusha : c'est la troisième fois qu'un accusé plaide coupable. Le journaliste d'origine belge Georges Ruggiu, un des animateurs de la RTLM, la Radio des Mille Collines et de l'appel permanent à l'extermination de tous les Tutsi durant les quatre mois du génocide, a avoué son rôle dans les massacres de 1994. "Bien que le prévenu ait accepté de coopérer avec le Tribunal et de plaider coupable, la Procureur , après un réquisitoire très dur, a requis vingt ans de prison. Lorsque les avocats de la défense ont menacé alors de retirer "l'accord d'aveu" signé par Ruggiu, Carla Del Ponte, sans se démonter, a lancé :"dans ce cas, ce sera la prison à vie." La défense s'est calmée et le journaliste, bénéficiant de circonstances atténuantes, en a été quitte pour douze ans. /.../ Les aveux désormais engrangés rendent de plus en plus fragiles les systèmes de défense de la plupart des autres détenus -environ 35- en instance de jugement. Le procès de Ruggiu ouvre la voie à celui des animateurs de ces journaux et de ces radios qu'on a appelé les "médias de la haine"./.../ Ce travail de préparation de l'opinion aux massacres à venir, puis de mobilisation de la population pour l'execution directe du crime, a été réalisé grâce à l'intervention active d'intellectuels et de journalistes étroitement liés au régime, et dont certains avaient été formés dans des universités françaises ou nord-américaines..."(Nouvel Observateur . 22-28 juin 2000 . François Schlosser)
La suite en Septembre, pour Nahimana, Ngeze et Barayagwiza...
...plus exactement, à partir du lundi 23 octobre 2000, leur procès ayant été retardé par diverses requêtes. Les trois hommes ( Ferdinand Nahimana en tant qu'ancien directeur de la RTLM, Radio Télévision Libre des Mille collines, Jean Bosco Barayagwiza en tant que membre fondateur de la RTLM, et Hassan Ngeze comme ancien directeur de la revue Kangura ) sont poursuivis pour génocide et crimes contre l'humanité. "Le parquet affirme que la RTLM et Kangura ont été utilisés pour inciter au massacre des quelques 500.000 à 800.000 Tutsi et Hutu modérés tués dans le génocide?" (d'après l'AFP).
 
Le vendredi précédent, 20 octobre 2000, à Arusha, a vu la confirmation en appel, de la condamnation de Jean Kambanda à la "réclusion à perpétuité pour participation au génocide" par le TPR. Kambanda devient le premier chef de gouvernement condamné pour génocide.
 
21 mai 2001, un enquêteur de l'équipe des avocats de la défense auprès du TPIR circulant sous une fausse identité congolaise, démasqué à Arusha et renvoyé devant le TPIR: il s'agissait de Siméon Nshamihigo, ancien procureur dans la préfecture de Cyangugu, recherché pour génocide. Celui-là n'aura qu'une barre à traverser pour changer de banc. "Le gouvernement rwandais avait maintes fois dénoncé le fait que certains enquêteurs pour les équipes d'avocats de la défense sont des fuyards du génocide" (Libération).
 
La justice internationale n'avait pas besoin de ce type de "bavures": déjà, en mars 2001, Liaison Rwanda dénonçait des disfonctionnements du TPIR "trop importants pour être dûs au hasard":
A ajouter donc à ces disfonctionnements et à ce climat de cynisme avancé:

Faux enquêteurs pour la défense, parfois génocidaires de surcroît.

Obstructions de l'executif français au "bon déroulement" de la justice:

Effectivement, on peut chercher le hasard dans tout celà... Heureusement, l'espoir renaît lorsqu'on s'intéresse aux conclusions du rapport publié en juin 2001 par l'ICG, International Crisis Group, observatoire indépendant des conflits basé à Bruxelles : bilan "lamentable" pour 7 années de TPIR :

..... De juillet 1999 à octobre 2000, l'activité du TPIR s'est réduite au procès d'un seul accusé, Ignace Bagilishema, ex-maire de la commune de Mabanza, dont l'acquittement, le premier depuis l'instauration du tribunal, a été prononcé hier, 7 juin 2001. Le TPIR "n'a pas réussi à faire la lumière sur le plan, le mécanisme, la chronologie, l'organisation et le financement du génocide, ni à en identifier les vrais auteurs". Il n'aura tout juste servi pour l'instant, qu'à consolider la "reconnaissance internationale du génocide rwandais".

Avril à juin 2001 : beaucoup de pays peuvent s'en prévaloir à ce jour, la France par exemple: la Belgique a fait passer cette loi en 1993, dite de "compétence universelle" des tribunaux nationaux pour les crimes de guerre et crimes contre l'humanité, quels que soient leurs lieux et les nationalités et lieux de résidence des présumés criminels. C'est ainsi que la Belgique est le seul pays à ce jour, à avoir fait comparaître devant un jury d'assises populaire, quatre rwandais accusés d'avoir participé aux massacres de leurs concitoyens et par conséquent, au génocide de 1994. Aboutissement de 6 années d'instruction, d'enquête, de commissions rogatoires diligentées par Bruxelles sur le sol rwandais malgré certaines frilosités politiques flamandes (CVP), les entraves discrètes ou non de l'Internationale Démocrate Chrétienne, de l'Opus Dei, du Palais Royal... Procès exemplaire d'un universitaire, Vincent Ntezimana, d'un ex-ministre et industriel, Alphonse Higaniro, et de deux soeurs bénédictines, Soeur Gertrude et Soeur Marie-Kizito, tous reconnus coupables et respectivement condamnés à 12 ans, 20 ans, 15 ans et 12 ans de réclusion, et immédiatement arrêtés. Trois des quatre condamnés se sont pourvus en cassation. Vincent Ntezimana ne l'a pas fait.

13 juillet 2001 : les critiques nombreuses sur les lenteurs du TPIR et l'exemple de la justice belge auraient-elles dégrippé les consciences universelles : Trois anciens hauts responsables du génocide viennent d'être arrêtés en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas, soit respectivement, Emmanuel Ndindabamizi, ancien ministre des finances, Emmanuel Rukundo, ancien aumônier militaire, et Simon Bikindi, chanteur-compositeur dont les chansons diffusées sur la RTLM, appelaient à génocider dans la joie et la bonne humeur.

4 octobre 2001 : La Belgique livre Protaïs Zigiranyirazo, le célèbre "Monsieur Z", frère d'Agathe Habyarimana, membre éminent de l'Akazu, commanditaire présumé en d'autres temps, de l'assassinat de Diane Fossey, et arrêté le 26 juillet à Bruxelles pour son rôle majeur dans l'organisation du génocide.

16 novembre 2001 : confirmation à la Haye, par la chambre d'appel du TPIR, de la condamnation à la prison à vie d'Alfred Musema, ancien directeur d'une usine de thé à Gisovu, pour génocide et crimes contre l'humanité. L'accusation de viol à l'encontre d'une jeune fille Tutsi a été abandonnée.

22 décembre 2001 : la justice belge arrête Joseph Nzabirinda pour viol, génocide et crime contre l'humanité à la demande du TPIR. Il était enquêteur atitré au TPIR et faisait partie de l'équipe de défense de l'ancien préfet de Butare Sylvain Nsabimana détenu à Arusha avant d'être exclu des services du Tribunal pour avoir fourni de faux documents.

10 février 2002 : après plusieurs mois de négociations entre le TPIR et l'Italie pour obtenir l'extradition de Athanase Seromba, soupçonné de complicité dans le génocide mais placé sous la protection du diocèse de Florence, celui-ci décide de se rendre de lui-même à Arusha pour répondre de ces accusations et y plaider non coupable. Il était abbé de la paroisse de Nyange pendant le génocide.

28 février 2002 : les USA s'arrogent le droit de demander la fin des travaux des Tribunaux pour le Rwanda et l'ex-Yougoslavie vers 2007/2008, et mettent en cause au passage, "l'intégrité de leur travail". Personne n'a jamais prêté aux Etats Unis le moindre intérêt pour les tribunaux internationaux, et encore moins pour la Cour Pénale Internationale qui est en passe de voir le jour en 2002 et risquerait dans l'avenir, de leur demander des comptes à propos d'exactions ou crimes de guerre présumés commis sur les théâtres de divers conflits mondiaux...

3 avril 2002 : Où sont les accusés ? Jour historique et pétard mouillé pour le TPIR : Les 4 anciens officiers supérieurs des FAR (Forces Armées Rwandaises) accusés de génocide, d'entente en vue de commettre ce génocide et de crimes contre l'humanité, les 4 têtes les plus importantes de l'encadrement du génocide sont restées dans leur cellule. Le colonel Théoneste Bagosora, le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, le major Aloys Ntabakuze et le général Gratien Kabiligi après 5 ou 6 ans de détention à Arusha, ne semblent pas pressés de se prêter à ce qu'ils nomment un simulacre de justice et récusent tout de go les méthodes de l'accusation. Une suspension de plusieurs mois risque d'être annoncée.

11 avril 2002 : (Siège des Nations Unies, New York) Les 60 ratifications sont atteintes et même dépassées, nécessaires au lancement de la COUR PENALE INTERNATIONALE (CPI). Hans Corell, conseiller juridique des Nations Unies, eut ces mots lors de la cérémonie officielle "Une page de l'histoire de l'Humanité vient d'être tournée...". Précision nécessaire : 100 pays environ n'ont pas ratifié les statuts du traité de Rome, dont les USA, la Russie, la Chine et Israël, pour ne citer que les pays dont il n'est pas obligatoire de s'étonner du refus. La CPI sera compétente "pour instruire et condamner les auteurs de génocide, de crimes de guerre, de crime contre l'humanité, et même de crime d'agression. Cette justice pénale soulève un immense espoir : celui de lutter efficacement contre l'impunité des tyrans et des criminels de guerre..." (Pierre Hazan, Libération)

2 mai 2002 : Moins d'un mois après la naissance de la Cour pénale internationale (CPI) à l'ONU, les Etats-Unis se sont retirés du traité ayant créé le tribunal, signé par Bill Clinton en 2000. Georges W. Bush n'a jamais caché son opposition à la Cour pénale Internationale, qui pourrait nuire, selon lui, aux Etats-Unis en poursuivant des soldats américains à l'étranger. /.../ Le tribunal sera officiellement en activité le 1er juillet 2002. (AFP).

18 juin 2002 : ouverture à Arusha, du procès devant le TPIR de l'ex-ministre de l'information du GIR, gouvernement dit "du génocide", Eliezer Niyitegeka, en charge en avril-mai 1994, de la propagande anti-Tutsi, et accusé entre autre, de "génocide" et "incitation directe et publique à commettre un génocide".

12 août 2002 : l'ancien chef d'Etat-Major de l'armée lors du génocide de 1994, le général Augustin Bizimungu, est arrêté en Angola où il dirigeait un groupe de 500 des ex-FAR qui se battaient dans les rangs de l'ancienne rebellion angolaise du défunt Joseph Savimbi. Le Rwanda se félicite de cette arrestation et demande son extradition. Peine perdue : le 15 août, Augustin Bizimungu arrive à Arusha au siège du TPIR, déclarant vouloir plaider non coupable. Il est pourtant considéré par le TPIR, comme l'une des 10 personnalités les plus importantes dans la planification et l'execution du génocide ! (Liaison-Rwanda)

Vendredi 13 septembre 2002 : pas de chance pour Jean-Baptiste Gatete, ancien bourgmestre de la commune de Murande, préfecture Bytumba, un des organisateurs principaux du génocide, un des plus zélés aussi, selon les nombreux éléments à charge et témoignages recueillis contre lui, "rattrapé par la justice" et arrêté le 8 septembre dans le nord du Congo-Brazzaville, pays où il se croyait à raison puis apparemment à tort, hors d'atteinte de la justice internationale depuis 1997. "Il devrait être prochainement transféré vers le Tribunal Pénal International d'Arusha", selon Libération qui se garde bien d'employer le futur, se contentant du conditionnel pour le coup. Il faut dire que la prise est de taille, et que c'est bien la première fois que Brazzaville collabore avec le TPIR. En échange de quoi ?...

Mardi 1er octobre 2002 : "l'Union européenne a cédé aux Etats-Unis : les ministres des affaires étrangères des Quinze réunis hier à Bruxelles se sont dits prêts à accorder aux diplomates et soldats américains un statut d'exception qui leur évitera d'être justiciables de la nouvelle Cour Pénale Internationale (CPI)." (Libération du 1/10/2002)
"De fait, il y avait le feu à la maison : la Grande-Bretagne, mais aussi l'Italie ou l'Espagne jugeaient "légitime" le souci de l'administration Bush d'éviter aux ressortissants américains les foudres d'une justice internationale soupçonnée par avance d'être partisane face à la seule superpuissance mondiale. L'Allemagne se montrait intransigeante, refusant que les Etats-Unis bénéficient d'un statut particulier. Au milieu, la France cherchait à éviter un affrontement avec les américains sur ce terrain.../../ Très hostile à la CPI, la Maison Blanche continue d'exiger de "tous les pays", un accord bilatéral exemptant les américains de cette juridiction./../ La Roumanie -candidate à l'UE- a été le premier pays européen à céder à cette demande. Prenant acte de leurs divisions, les Quinze ont donc décidé d'encadrer les accords que les états membres seront libres de conclure ou non avec les américains. Ils ont cependant eu un -dernier- petit sursaut de résistance en refusant d'étendre l'immunité à tous les ressortissants américains, comme le réclame Washington : elle sera limitée aux soldats de la paix et aux personnes jouissant d'une immunité diplomatique (diplomates, membres du gouvernement, etc.). Ensuite, ces accords devront exclure la réciprocité : autrement dit, ils ne pourront dispenser des Britanniques, par exemple, de répondre de leurs crimes devant la CPI. Enfin, les américains accusés de crimes relevant de la CPI devront être jugés aux Etats-Unis." (Libération du 1/10/2002)
Le même jour, les Etats-Unis annonçaient qu'ils ne se contenteraient pas de cette dérogation partielle, exigeant désormais l'immunité pour tout citoyen américain sans exception. Quand on donne le doigt, on peut perdre le bras...
 
16 mai 2003, Arusha : Après une année fastidieuse d'effets de manches (décidément, ces procès sont interminables !), la sentence est tombée pour l'ex-ministre de l'information du GIR, gouvernement dit "du génocide". Ce sera la prison à vie pour Eliezer Niyitegeka, en charge en avril-mai 1994, de la propagande anti-Tutsi, et accusé entre autre, de "génocide" et "incitation directe et publique à commettre un génocide"

1er septembre 2003, TPIR Arusha : après 9 ans, le bilan du Tribunal est mince : 12 condamnations et 1 acquittement pour environ soixante accusés emprisonnés à Arusha. Budget 2002-2003 : 177 millions de dollars. Effectifs : 900 employés.

15 septembre 2003 : prise de fonction du nouveau Procureur du TPIR, Hassan Bubacar Jallow, qui succède à la Suissesse Carla del Ponte, cette dernière étant en charge désormais, du seul TPIY et non plus des deux tribunaux pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda.

2 novembre 2003 : ouverture à Arusha, des procès de Casimir Bizimungu, ex-ministre de la Santé, Jérome Bicamumpaka, ex-ministre des Affaires Etrangères, Justin Mugenzi, ex-ministre du Commerce, et Prosper Mugiraneza, ancien ministre de la Fonction Publique. Leur procès devrait se dérouler jusqu'en avril 2004, chacun des accusés ayant à répondre de 10 chefs d'accusation de génocide et de crime contre l'Humanité.

2 années passent...Suivre l'actualité du TPIR avec Hirondelle.org

15 avril 2005 : Maître Raphaël Constant, tête de pont de la défense de Théoneste Bagosora, a trouvé la machette philosophale: Les bras nous en tombent...
"Le génocide n'a pas eu lieu puisqu'il n'a jamais été démontré par la cour !..."
Ah, si seulement les gens d'esprit pouvaient garder leurs idées pour eux de temps en temps...Mais voilà : l'orgueil prend des proportions trop jubilatoires pour qui se bombarde avocat du diable.
Survie / à fleur de presse / la France au Rwanda...

La défense du colonel Bagosora plaide non coupable, 15/04/2005 (Patrick de SAINT-EXUPÉRY, Le Figaro) 

« Engagé au tribunal international d’Arusha depuis plus d’un an, le procès du colonel Théoneste Bagosora, tenu par l’accusation comme le “cerveau du génocide” des Tutsis du Rwanda, est entré dans une phase critique. Depuis près d’une semaine et sur fond de négationnisme rampant, la défense est entrée en scène. Principal conseil du colonel Bagosora, qui plaide non coupable, l’avocat français Raphaël Constant n’a pas hésité, dans sa déclaration liminaire, à mettre en cause la réalité du génocide de 1994 : “Le procureur n’a jamais démontré (qu’il y a eu génocide) onze ans après”, a-t-il lancé face à la cour. Pour les inculpés, emprisonnés à Arusha, et pour les personnalités rwandaises recherchées en raison de leur participation présumée au génocide, ce procès est celui de la dernière chance. La liste des personnalités qu’entend citer à décharge la défense témoigne du caractère à haut risque de cette phase du procès. Y figurent : Jean-Michel Marlaud, aujourd’hui ambassadeur de France à Auckland (Nouvelle-Zélande) après avoir été le représentant de Paris à Kigali en 1994, Johan Swinnen, ambassadeur de Belgique en RDR (ex-Zaïre) après avoir été le représentant de Bruxelles à Kigali en 1994, le colonel Jean-Jacques Maurin, ancien coopérant militaire français auprès de l’armée rwandaise, le colonel Luc Marchal, ancien chef des Casques bleus belges au Rwanda et Jacques-Roger Booh-Booh, ancien représentant du secrétaire général de l’ONU à Kigali. Début janvier, le conseil du colonel Bagosora, qui se revendique de “l’école Vergès d’avant Barbie”, se réjouissait de la coopération de Paris qui avait promis pour “bientôt” une rencontre avec Jean-Michel Marlaud et le colonel Jean-Jacques Maurin. Dans une tribune publiée le 11 avril dans Le Figaro et titrée “Paris n’est pas responsable du génocide”, Jacques-Roger Booh-Booh, a, lui, confirmé vouloir témoigner prochainement devant le TPIR après s’être tu “par humilité”, soutient-il, pendant dix ans.

Voici dix jours, lors d’une conférence organisée à Paris, la probable ligne de défense du colonel Bagosora a été exposée par plusieurs personnalités s’affirmant “experts” et ayant participé à la rédaction d’un livre collectif intitulé Silence sur un attentat. Cet ouvrage, inspiré par les milieux négationnistes, vise à faire porter la responsabilité du génocide sur la rébellion rwandaise qui, selon les auteurs, serait à l’origine de l’attentat du 6 avril 1994, acte déclencheur du génocide et non acte fondateur. Au nombre des “experts” cités à l’appui de cet ouvrage figurent Me Raphaël Constant, le conseil à Arusha du colonel Bagosora, et Jean Degli, un ancien avocat de la défense à Arusha, récemment privé d’agrément pour malversation. Le mystère de l’attentat du 6 avril, qui fut le signal déclencheur du génocide, n’a jamais été levé. En charge d’une instruction à Paris, le juge Bruguière piétine. “Bruguière ne semble pas pressé de faire avancer le dossier”, affirme Me Laurent Curt, avocat de Jacqueline Héraud, partie civile et veuve du commandant de bord du Falcon 50 abattu le 6 avril 1994. Les inculpés d’Arusha, qui ne font jamais mention du mot “génocide”, observent “une journée de deuil en mémoire des victimes” le 6 avril, date de l’attentat et veille du début de l’extermination. »

Nous citons intégralement cet article de Patrick de Saint-Exupéry qui résume parfaitement les différentes manœuvres négationnistes du génocide qui fleurissent chaque année en avril à l’occasion de son anniversaire. Les secteurs les plus rances de la Françafrique y rejoignent le cercle non repenti de ses organisateurs et concepteurs, délivrant son fiel au procès d’Arusha.

Tandis qu’à Paris le juge Bruguière continue de jouer l’Arlésienne. Cette année, ce lobby a recruté l’ex-représentant de l’ONU et de Boutros Boutros-Ghali à Kigali, en 1994 : Jacques Roger Booh-Booh, inlassable serviteur de la dictature camerounaise et grand ami de la dictature Habyarimana. Tandis que le général Dallaire, chef des Casques bleus, cherchait à alerter les Nations Unies sur le génocide imminent, puis en cours, Booh-Booh abreuvait New York de messages lénifiants. Ce personnage minable règle maintenant ses comptes avec l’officier canadien, l’un des rares responsables à avoir, durant les faits, manifesté des sentiments humains. Que la Françafrique ait été obligée de sortir Booh-Booh de son néant pour publier un torchon (Le patron de Dallaire parle. Révélations sur les dérives d’un général de l’ONU au Rwanda) aux éditions confidentielles Duboiris (cf. Billets n°128, À fleur de presse), à fort relent barbouzard, montre qu’elle n’a plus beaucoup de cartouches dans son fort Turquoise.

François-Xavier Verschave, dimanche 1er mai 2005

8 février 2007 : le Tribunal Pénal International pour le Rwanda a prononcé à ce jour 27 condamnations et 5 acquittements. Fin décembre 2008, il devrait terminer tous les procès en première instance.

18 décembre 2008, ARUSHA (Fondation Hirondelle) - Le colonel Théoneste Bagosora, 68 ans, ancien directeur de cabinet du ministre de la défense rwandais, accusé d’avoir été le «cerveau» du génocide de 1994, a été condamné jeudi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à la détention à perpétuité. . Le tribunal n’a cependant pas admis que les quatre accusés de ce procès se soient livrés à une "entente en vue de commettre le génocide". L’avocat de Bagosora, Me Raphael Constant, a également souligné le fait que son client n'avait été reconnu coupable d’aucun des assassinats qui lui étaient reprochés pendant les premiers jours du génocide. Bagosora était jugé depuis avril 2002 avec trois autres responsables de l’armée rwandaise. L’un d’entre eux, le général Gratien Kabiligi, commandant des opérations militaires, a été acquitté. Les deux autres, le major Aloys Ntabakuze, ex-commandant du bataillon de parachutistes, et le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, responsable des opérations militaires dans la région de Gisenyi, ont également été condamnés à la perpétuité, la peine la plus importante admise par les Nations unies. Les trois condamnés, détenus depuis plus de dix ans, ont dès la fin de l’audience dit leur intention de faire appel et leurs avocats se sont montrés confiants. Me Peter Erlinder, avocat de Ntabakuze a souligné que sur 45 faits reprochés à son client seuls 3 avaient entraîné sa condamnation. Raphael Constant a, en première réaction, estimé que ce jugement « remettait en cause l’historiographie du Rwanda ». Pour sa part, le représentant du Rwanda, Aloys Mutabingwa, a estimé que la justice a été rendue pour ce qui est de Bagosora, Nsengiyumva et Ntabakuze. Le diplomate s'est cependant dit "surpris" par l'acquittement de leur co-accusé.

TPIR/MILITAIRES I - LES DIFFICULTES A PROUVER L’ENTENTE EN VUE DE COMMETTRE LE GENOCIDE (ANALYSE)

Arusha, 24 décembre 2008 (FH) - Un an avant la fin prévue des procès en première instance, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) n’ a toujours pas réussi à reconstituer la trame du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Quand, comment, où et par qui le plan du génocide - si plan il y a eu - a-t-il été préparé ? Autant de questions auxquelles le procureur n’a pas encore répondu d’une façon qui puisse convaincre les juges du TPIR.

Pourtant, la semaine dernière, le tribunal a signé une de ses grandes œuvres en rendant son jugement très attendu dans le procès Bagosora et consorts. L’ex-directeur de cabinet au ministère de la Défense, le colonel Théoneste Bagosora et deux de ses co-accusés ont été condamnés à la prison à vie tandis qu’un autre officier a été acquitté. Les trois condamnés, tous originaire de Gisenyi, comme l’ex-président Juvénal Habyarimana, l’ont été, dans une certaine mesure, pour les crimes de leurs subordonnés.

Selon ce jugement, Bagosora porte la responsabilité de l’assassinat du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana, des dix Casques bleus belges, de certains dirigeants politiques, ainsi que les massacres de Tutsis à des barrages routiers dans la ville de Kigali et dans la région de Gisenyi. Mais il a été acquitté du chef d’entente en vue de commettre le génocide. Aussi, Me Raphaël Constant, l’avocat français de Bagosora, qui savait le combat perdu d’avance, a de quoi se féliciter en dépit de cette lourde peine. « C’est une remise en cause de toute l’historiographie du Rwanda », estime le défenseur qui a toujours rejeté la thèse de la planification.

Le procureur est handicapé par une interprétation stricte par les juges de la compétence temporelle qui va du 1 er janvier au 31 décembre 1994. Selon la jurisprudence du tribunal, aucune condamnation, même pour entente en vue de commettre le génocide, ne peut être prononcée sur la base de faits antérieurs à janvier 1994. Le procureur a beau expliquer que l’entente est un crime continu dans le temps : les juges exigent qu’il prouve l’existence de ce complot en 1994.

Après cet échec, il reste pour le procureur une autre occasion de prouver l’entente : le procès chaotique de trois anciens dirigeants du MRND, Mathieu Ngirumpatse, Edouard Karemera et Joseph Nzirorera. Si dans l’affaire Bagosora, le procureur avait tenté d’apporter la preuve d’un complot entre responsables militaires, dans le procès MRND, il soutient la réalité d’une entente entre dirigeants politques. Mais là encore, même si la chambre doit encore se prononcer, nombre d’éléments de preuve apportés sont antérieurs à janvier 1994. Comme la création de la milice Interahamwe qui, selon l’accusation, procédait de cette entente.

Cette notion de planification est, rappelons le, fondamentale. Si le TPIR n'arrive pas à la prouver, il laissera la porte ouverte à tous les négationnistes. Selon la Convention de 48 sur le génocide, la planification est en effet constitutive du crime. Déjà dans un rapport datant de 2001, l’organisation International crisis group (ICG) déplorait l’échec du TPIR à faire la lumière sur le plan du génocide. PB/GF© Agence Hirondelle

Merci, Maître Raphaël Constant, merci "l'école Vergès d'avant Barbie": avec ce procès en incompétence temporelle, c'est un petit pas pour l'homme de robe, mais un grand pas pour le crime contre l'humanité qui vient d'être accompli. On n'ose imaginer le jugement en appel de tous ces enfants de choeur...

30 décembre 2008 (FH) - Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est dans une situation inconfortable, entre sa volonté de juger équitablement toutes les personnes qu’il accuse d’avoir organisé le génocide de 1994 et le souhait des Nations unies de le voir terminer son travail au plus tôt. Le Conseil de sécurité des Nations unies, qui l’a créé en 1994 a reconnu en juillet dernier que sa tâche ne serait pas achevée d’ici la fin de cette année comme c’était prévu. Il lui a accordé comme à son homologue de l'ex Yougoslavie, une prolongation d’un an, jusque fin 2009, mais l’élan semble avoir disparu. Même si le greffe insiste sur l’obligation d’accélérer les procédures, certains magistrats semblent avoir perdu leur motivation. Déjà, de nombreux juristes se sont orientés vers d’autres prétoires. Les juges semblent en faire autant. Sur 18, quatre ont démissionné, trois autres s’apprêtent à le faire. Pour satisfaire ses commanditaires, le président du tribunal, sir Dennys Byron, avait annoncé en octobre que l’année à venir serait la plus efficace avec 38 jugements en 14 mois. Récemment, il a du revenir sur ses affirmations, et se limiter aux présentations des preuves avant la fin de l’année 2009 pour les dix accusés qui restent encore à juger. Ce qui revient à admettre que les procès se prolongeront au delà. Depuis sa création en 1994 et sa première audience en 1997, le tribunal a jugé 47 personnes. Les chambres ont jusqu’à présent refusé que certains de ces accusés soient présentés devant la justice rwandaise. Le Rwanda et le bureau du procureur semblent encore croire à cette solution mais les juges, qui en sont à leur cinquième rejet, auront du mal à se dédire. PB/GF © Agence Hirondelle

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4 juillet 2007 : la justice belge est passée à propos du massacre des 10 casques bleus belges à Kigali le 7 avril 1994, cause du désengagement de la MINUAR au début du génocide, et raison première de la mise sur pied d'une commission d'enquête diligentée par le Sénat belge en 1997...

Un officier rwandais coupable de la mort de 10 Casques bleus Belges

BRUXELLES, 4 juil 2007 (AFP)

La cour d'assises de Bruxelles a reconnu coupable mercredi l'ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga du meurtre à Kigali, au début du génocide de 1994, de 10 Casques bleus belges, mais l'a acquitté pour celui du Premier ministre rwandais de l'époque, Agathe Uwilingiyimana.

Lors d'une délibération de cinq heures trente à huis clos, les 12 membres du jury populaire ont jugé que M. Ntuyahaga avait commis des "homicides intentionnels" en faisant arrêter, à l'aube du 7 avril 1994, les dix paracommandos belges qui protégeaient le Premier ministre Agathe Uwilingiyimana et en les amenant dans un camp militaire où ils ont été lynchés.

Les jurés ont en revanche acquitté M. Ntuyahaga, 55 ans, pour la mort de Mme Uwilingiyimana, tuée à son domicile dès que son escorte a été désarmée.

Sous mandat de la mission des Nations unies au Rwanda (Minuar), les parachutistes devaient escorter la chef du gouvernement jusqu'à la radio, où elle voulait lancer un appel à l'unité nationale, quelques heures après l'attentat qui coûta la vie au président Juvénal Habyarimana.

La procédure belge veut que la peine de M. Ntuyahaga ne soit prononcée qu'à l'issue d'une seconde délibération à laquelle participeront le jury, la présidente du tribunal et ses deux assesseurs, après un nouveau réquisitoire du parquet et une ultime plaidoirie de la défense.

M. Ntuyahaga, qui a toujours nié toute responsabilité dans les crimes qui lui étaient reprochés, risque la prison à vie. Le jugement est sans appel, il peut seulement être cassé pour vice de procédure par la cour de cassation.

La justice belge jugeait M. Ntuyahaga en vertu d'une loi de compétence universelle qui permet de juger les auteurs présumés de crimes contre l'humanité à condition qu'il y ait un lien avec la Belgique.

Vingt ans pour le meurtre de Casques bleus au Rwanda 

LIBERATION, 6 juillet 2007,

La cour d’assises de Bruxelles a condamné hier l’ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga à vingt ans de prison pour le meurtre de dix Casques bleus belges et d’un «nombre indéterminé» de Rwandais durant le génocide de 1994. Le massacre des soldats belges avait provoqué le retrait de l’essentiel des forces de l’ONU.

Le procureur fédéral avait réclamé la perpétuité, mais la cour a reconnu à l’ex-major des circonstances atténuantes, soulignant qu’il avait «sauvé la vie de certains Tutsis, par amitié». Il a par ailleurs été acquitté du meurtre du Premier ministre rwandais Agathe Uwilingiyimana, faute de preuves.

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Nous oublierons vite les larmes du major général Roméo Dallaire, ancien commandant des forces de la Minuar durant le génocide, entendu comme témoin au procès de Jean Paul Akayesu en février 1998 ...

"Il a détaillé dans un français chantant ses relations avec les autorités rwandaises d'alors et avec les rebelles du Front patriotique rwandais, séparées par une zone démilitarisée dans le nord du pays. (...)

"Que savez-vous de Jean-Pierre?", vient de demander Me Nicolas Tiangaye. Le 11 janvier 1994, alerté par un informateur désigné par ce prénom, Romeo Dallaire envoie un fax aux Nations unies où Koffi Annan, l'actuel secrétaire général, est alors en charge des missions de la paix. Des extrémistes hutus sont en train de préparer l'extermination des Tutsis, prévient l'officier canadien. Son informateur a précisé que des miliciens interahamwe se vantent de pouvoir tuer 1 000 Tutsis toutes les vingt minutes. La Minuar, chargée de maintenir la paix au Rwanda jusqu'à des élections, peut-elle, doit-elle intervenir? De New York, la réponse arrive, négative: une intervention serait incompatible avec le mandat donné par le Conseil de sécurité. L'histoire est connue, mais, assis là même où des dizaines de rescapés du génocide sont venus témoigner, Romeo Dallaire se tait. Le juge Laity Kama, président du TPR, intervient: "Est-ce classé secret?" Le témoin acquiesce. Il a lourdement chargé la communauté internationale, décrivant l'impossible situation dans laquelle lui et ses troupes se retrouvèrent à partir du 6 avril. A un moment, Me Tiangaye, qui fut autrefois l'avocat de l'ex-empereur Bokassa, lui a demandé si une force avec un réel mandat aurait pu arrêter les massacres: "Absolument", répond ce militaire de 51 ans, rentré psychologiquement brisé du Rwanda. (...) Pendant quatre mois, Roméo Dallaire est, comme il le dit, "techniquement sans mandat", dirigeant des troupes qui n'ont jamais été équipées à temps pour une mission de paix, et qui sont encore moins préparées à faire face à ce qui allait être le troisième génocide du siècle. "On n'avait même pas les ressources pour s'autodéfendre", dit-il, rappelant que les Etats contribuaient à la mission de paix sur la base du volontariat. En juin, l'opération Turquoise, l'intervention humanitaro-militaire française, lui complique encore la tâche. Tout ce qui est proche des Français, et notamment les contingents de l'Afrique francophone de la Minuar, est alors considéré comme ennemi par les troupes rebelles de Kagame. Au moment même où il a besoin de reconstituer ses forces, Dallaire est obligé, pour les protéger, de faire partir une partie de ses troupes. De façon générale, les relations de la force internationale avec les militaires français sont "complexes". Dallaire se refuse évidemment à critiquer directement un Etat, même s'il admet que l'opération Turquoise a permis aux dirigeants rwandais "de ne pas mourir au champ d'honneur" et de fuir. Ce qu'il a sur le coeur depuis quatre ans, c'est que l'on ne peut pas regarder une population se faire massacrer et rester "amorphe": "Il a toujours été facile d'accuser les Nations unies, mais ce n'est pas un Etat souverain. C'est nous. Tous." Visiblement ému, il ajoute: "Si nous ne sommes pas intervenus, nous avons tous une part de responsabilité dans la continuation du génocide." Les juges et l'accusation ne lui poseront que quelques questions. Le TPR sera le premier tribunal international à interpréter la Convention de 1948 et à rendre une décision sur le crime de génocide. Alors, on lui fait préciser s'il pense que les massacres étaient organisés. Dallaire s'emporte: "Tuer un million de gens et être capable d'en déplacer 3 ou 4 millions est tout de même une mission significative. Il fallait qu'il y ait une méthodologie." " ("Libération" 26 février 1998)

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MISSION PARLEMENTAIRE D'INFORMATION SUR LE RWANDA

Avril 1998: Ces accents sincères, à peine retenus, d'une franchise toute québécoise, nous invitent à la comparaison: le parler franc n'est pas français en la circonstance, pas plus que la remise en question la plus infime. La mission parlementaire d'information sur le Rwanda en est un exemple: les politiques n'ont rien à se reprocher, les militaires sont contraints au silence, les députés de la mission n'écoutent pas les historiens spécialistes du Rwanda et ne supportent pas que la France soit mise en cause. Quant à la caravane médiatique, elle passe: un soupçon de Balladur et une pointe de Léotard sur canapé de 20 heures, un coulis de "Papamadit" (surnom de Jean Christophe Mitterrand, ancien responsable de la cellule africaine de l'Elysée de 1986 à 1992) en guise de dessert, et personne n'est finalement passé à table. A quand la mission parlementaire d'enquête avec d'autres révélations exceptionnelles ?

A la différence de la France qui n'a pas envie que l'on sache, la Belgique a démontré son besoin de savoir en créant une commission d'enquête sénatoriale dont le rapport fut rendu et publié en décembre 1997. Dix soldats belges de la Minuar sont morts torturés et mutilés dès le premier jour du génocide, et leur pays leur devait cette enquête. Le comble serait qu'ils fussent morts pour la France... (580 pages à lire pour le silence quasi-unanime observé en France lors de leur sortie).

mercredi 16 décembre 1998: La mission parlementaire française a rendu son rapport hier. Dans ses conclusions, le rapport, entériné par un vote majoritaire contre les voix de l'ensemble de l'opposition, souligne les erreurs de la France au Rwanda sans toutefois l'impliquer de façon directe dans le génocide, ni dans l'attentat du 6 avril 1994 qui reste un mystère et pour lequel le rapport souligne une "tentative de désinformation" dont les rapporteurs ont failli être victime, une "manip" selon Stephen Smith (Libération 16/12/98, Attentat de 1994: les photos baladeuses) "..."manip" qui a trouvé du même côté des militaires ou des agents de services français et des extrêmistes hutu" à propos de possibles pièces à conviction tardivement retrouvées à Paris et impliquant le FPR dans l'attentat. Quelle est donc la forêt cachée par cet arbre tordu ?

Les parlementaires stigmatisent à l'unanimité la "défaillance" de l'ONU, "l'héritage colonial de la Belgique" et "l'obstruction" des Etats Unis, opposés à toute interposition militaro-humanitaire pour arrêter le génocide. Dans son résumé du rapport devant les médias, Paul Quilès, président de la commission, reconnait les dérives racistes de l'ancien régime rwandais soutenu jusqu'au bout par Paris alors que l'épuration ethnique avait commencé et que le génocide se préparait sous la protection française. Sur ces points, l'opposition se cabre, prête au crépage de chignon pour l'honneur de la France: "Notre pays peut et doit être fier de l'action qu'il a conduite dans ce malheureux pays". Quel intérêt l'opposition aurait- elle à couvrir ce qui est reproché au domaine réservé de Mitterrand ? aucun. Et à couvrir les "réseaux" d'une possible diplomatie parallèle ? là, on comprendrait mieux.

  "Ellipse"

 Editorial de Jacques Amalric dans Libération du 16 décembre 1998.

"Même s'il exonère la France de l'accusation de complicité de génocide, le rapport de la Mission parlementaire d'information sur le Rwanda ne jette pas un voile pudique sur ce qu'il faut bien appeler les graves fautes de la politique de coopération française avec un régime qui s'est révélé génocidaire. Bien que formulées avec une prudence plus que diplomatique (tout ce qui n'est pas prouvé de manière "irréfutable", est réfuté), ces critiques sont accablantes pour la politique française des années 1990-1993 : en se lançant dans une coopération militaire croissante avec un régime autocratique et ethnique, la France a choisi de sous-estimer les risques de génocide qu'elle connaissait et a feint de croire que le régime qu'elle soutenait pouvait s'amender. En même temps, obnubilée par une conception politique de la francophonie, elle a présenté, pour mieux s'y opposer, la lutte légitime des exilés tutsi (anglophones par la force des choses) comme une agression extérieure.

"La France a accepté elle même de se laisser piéger", écrivent les auteurs du rapport. Sans doûte. Mais la formule est un peu courte. Il est regrettable que la mission parlementaire passe sous silence les responsabilités politiques de l'engagement croissant de la France aux côtés du régime Habyarimana dans la période cruciale 1990-1993, c'est à dire des années Mitterrand durant lesquelles, la pratique du domaine réservé jouait à fond. Nécessité bi-partisane ? Plurielle ? Volonté de ne pas toucher aux dossiers noirs du Mitterrandisme ? Souci de ne pas provoquer de trop violentes réactions des militaires qui n'ont fait qu'obéir à des ordres ou que réagir aux situations impossibles dans lesquelles on les avait plongés ? Il y a sans doûte un peu de tout cela dans l'art de l'ellipse dont font preuve les rapporteurs. Mais ces efforts se révèlent un peu vains à l'usage, tant le rapport établit sans contestation possible le calendrier d'une dérive qui n'a pu être voulue qu'en haut lieu. On peut être sûr qu'il va relancer l'ardeur des chercheurs et on voudrait être certain que cet exercice parlementaire, même avec ses limites, ne fait qu'inaugurer une nouvelle et salutaire pratique démocratique."

 

Prendre du recul est souvent bénéfique. Prenons donc le "Thalis" pour Bruxelles et observons ce rapport vu de la fenêtre de Colette Braeckman, journaliste du journal "Le Soir" souvent citée ici...

 Edition du 16/12/98 - © Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles.

COLETTE BRAECKMAN.

"Le rapport qui lave plus blanc"

L'initiative de Paul Quilès, président de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale qui lança la mission d'information parlementaire, était avant tout un contre-feu: face aux enquêtes et aux révélations qui se multipliaient dans la presse et qui risquaient de déboucher sur un &laqno;Rwandagate» à la française, face aux revendications de chercheurs comme Claudine Vidal, ou d'organisations non gouvernementales qui relayaient les inquiétudes citoyennes, il était urgent d'agir. D'examiner si oui ou non la France pouvait être accusée de complicité, ou en tous cas de laxisme, face au génocide rwandais, à ses préparatifs, à son déroulement, à ses conséquences. Une telle initiative parlementaire, qui avait pour objet de passer au crible une action gouvernementale liée à des sujets aussi sensibles que la diplomatie et la Défense, était en soi une première.
 
Mais la principale valeur de l'exercice, c'est qu'il ait pu avoir lieu! Car, pour le reste, les parlementaires français se sont montrés beaucoup moins fouineurs que leurs homologues belges du Sénat, qui avaient planché durant de longs mois sur la tragédie rwandaise. Bien des témoins, qui auraient pu leur faire des révélations gênantes (des survivants rwandais entre autres) ont été écartés ou écoutés en hâte, au profit de thèses plus rassurantes, qui accablaient le Front patriotique, évoquaient la politique actuelle de Kigali ou analysaient les très réelles carences de l'ONU, de la communauté internationale, de la Belgique... En outre, afin de prévenir tout risque, la plupart des auditions de militaires se déroulèrent à huis clos, tandis que le capitaine Paul Barril, dont le nom fut souvent cité dans les couloirs et qui se trouva dans la région des Grands Lacs aux moments les plus cruciaux, ne fut pas invité à témoigner publiquement.
 
Certaines des conclusions du rapport sont étonnantes: elles confirment ce que l'on savait déjà, à savoir la succession des erreurs commises par l'ONU, comme la mauvaise conception de l'opération de maintien de la paix, le refus de reconnaître la mise en oeuvre d'un génocide, le sauve-qui-peut généralisé»... Les parlementaires français battent également leur coulpe sur la poitrine des Belges, en soulignant que le contingent de Casques bleus belges suscitait la méfiance en raison du soutien historique apporté par les Belges à la minorité tutsie», alors qu'en Belgique, précisément, c'est l'appui à la cause des Hutus qui avait fait l'objet de critiques! Si les diverses responsabilités internationales sont brillamment détaillées, le rapport infirme l'une des principales accusations qui pèsent sur la France, étayée par de nombreux témoignages: les livraisons d'armes à l'armée gouvernementale après le début du génocide, et en violation de l'embargo international.
 
Pour les parlementaires, rien de tout cela n'a pu être démontré, ni les promesses faites en mai 1994 par le général Jean-Paul Huchon à un émissaire de l'état-major rwandais ni le témoignage du colonel Luc Marchal qui observa des déchargements d'armes... Pas vu, pas pris: tout ce qui n'a pas pu être démontré noir sur blanc n'a pas existé...
 
Une seule conclusion s'impose: la véritable histoire de la guerre, du génocide, de l'implication de la France et des autres puissances reste à écrire, au-delà de l'exercice de style actuel...
 

Trop de questions restent posées. Quant à "inaugurer une nouvelle et salutaire pratique démocratique" avec de telles missions d'information, souhaitons qu'à l'avenir, il ne leur faille pas la peur d'un "Rwandagate" et la pression gênante de la presse, des chercheurs et des associations citoyennes pour mener leurs investigations quatre ans après une tragédie prévisible, donc évitable.

COMMISSION D'ENQUETE CITOYENNE

Entre ces deux paragraphes, 5 années de conscience tranquille s'écoulent en France...

janvier 2004, 10 ANS APRES LE GENOCIDE : après tant d'années de lâcheté hémicyclique, il ne fallait plus compter sur le politique en France pour connaître le rôle de ce pays exemplaire dans la préparation et le déroulement du génocide des Tutsi du Rwanda. Il faut rappeler qu'à ce jour, la Belgique, les USA et les Nations Unies ont demandé pardon au peuple Rwandais, contrairement à la France, pourtant de loin la plus concernée.
Extraits de la déclaration des associations et personnalités instigatrices du projet de commission d'enquête citoyenne...
"Nous disposons de nombreux éléments donnant à penser que notre pays a continué d'apporter, alors que l'exécution d'un génocide ne faisait plus aucun doûte, un soutien diplomatique, militaire, financier et de propagande à l'appareil génocidaire (le gouvernement intérimaire, l'armée, les milices, reconnus coupables du génocide par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda). Puisque notre Assemblée Nationale s'est autocensurée, il faut donc prendre le relais. Nous, citoyens français, n'acceptons pas cette forme de négationisme, de manque de contrôle et d'impunité dans notre appareil d'Etat. Puisque les actes et décisions des autorités françaises sont mis en oeuvre en notre nom, nous avons le droit, plus encore le devoir, de veiller à ce qu'ils ne soient pas en contradiction avec les principes fondateurs de la République..."
mars 2004 : Une commission d'enquête citoyenne se chargera donc de cette mission, mise sur pied par les associations Aircrige, la Cimade, Appui-Rwanda et Survie. "Ces associations et un certain nombre de personnalités et de citoyens français ont décidé de constituer une Commission d'Enquête Citoyenne, qui examinera du 22 au 26 mars 2004 l'ensemble des éléments à sa disposition faisant peser sur la France le soupçon d'une complicité multiforme avec l'un des crimes les plus graves du XXème siècle."

Une pétition circulera pour l'occasion en France, relayée par de nombreuses associations sensibles au génocide et à la mémoire des victimes ou simplement sensibles à la révélation nécessaire de vérités mises sous le boisseau présidentiel et sous le coude de son bras armé, le "Secret Défense". Les conclusions de cette commission seront limpides : la France devra un jour répondre de ses actes autrement que par une mission d'information parlementaire baclée et des cris d'orfraies françafricaines outrées...

16 février 2005 : plusieurs plaintes ont été déposées contre X pour complicité de génocide au Rwanda par des plaignants rwandais, X regroupant pour la procédure plusieurs personnes dont la plainte cite pour la première fois l'appartenance au contingent des forces françaises de l'Opération Turquoise. Lire à ce propos, la revue de presse très riche constituée par la Commission d'Enquête Citoyenne...

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FAIRE LE POINT ?...

L'indifférence. Il est quelques journalistes qui, sur le métier de l'horreur, sans cesse remettent leur ouvrage d'investigation. Ceux-là nourrissent de leurs articles à Arusha, au Rwanda, au Palais Bourbon, en Belgique, le feu de l'actualité bien sûr, mais aussi celui de la sensibilisation permanente au devoir de mémoire. En l'occurence, ils se battent avec le temps, lequel pourrait bien jour après jour, s'arranger un peu plus d'une banalisation annoncée du génocide.

Au sein de certaines ONG et d'associations des droits de l'homme, il en est qui empêchent aussi le négationisme de se développer et interpellent écoeurés les "grands de ce monde" afin que la honte leur empourpre un moment les joues... mais le pouvoir est lourd à porter, et son inertie n'en est que plus grande, au point parfois de ne plus bouger le petit doigt.

L'écoeurement est certainement le sentiment que partagent le mieux les rescapés du génocide rwandais et tous ceux qui ont fait un bout de chemin humanitaire avec eux depuis quatre ans. Mais que peuvent donc leur inspirer d'autre, l'inaction et les promesses non tenues de la communauté internationale, les atermoiements de la justice, les protections dont jouissent les cadres du génocide, l'indifférence générale ?

Rwanda, le génocide annoncé

"Koffi Annan se souviendra probablement longtemps de son voyage au Rwanda. De passage en mai dernier (1998) au pays des Mille Collines, le secrétaire général de l'ONU a été vivement pris à partie par les rescapés du génocide. Ceux qui avaient échappé à la boucherie du printemps 1994 ne pardonnaient pas à celui qui dirigeait à l'époque les opérations de maintien de la paix de l'ONU l'impuissance des Casques bleus face à l'un des plus terribles massacres de cette fin de siècle. Ils ne pouvaient accepter que près d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants (essentiellement des Tutsi) aient été passés au fil de la machette, parfois à quelques mètres des postes de l'ONU. (...) On sait aujourd'hui que les responsables de l'ONU ne pouvaient ignorer ce qui se préparait au Rwanda. Mais les messages du chef des Casques bleus, le général Dallaire, à son chef Koffi Annan, notamment sur l'armement des Hutu et les préparatifs d'un génocide imminent, sont demeurés sans suite. Pis : l'assassinat de dix soldats belges a précipité le retrait des "soldats de la paix" et encouragé les tueurs à poursuivre leur besogne impunément." ("Le Nouvel Observateur". N°1785. 21 au 27 janvier 1999. article de René Backmann)

A ce sujet, 3 ans plus tard, le 9 décembre 2001, la Société pour les peuples menacés (organisation internationale de défense des droits de l'homme siégeant en Allemagne), jugera Koffi Annan indigne de son prix Nobel de la Paix, l'accusant de démission devant les massacres du Rwanda et de Srebrenica. S'agissant du Rwanda :"il a reçu 3 mois avant les massacres des informations précises sur le génocide prévu, qu'il a retenues, empêchant du même coup des interventions en vue de l'eviter..." et selon cette organisation, "il s'est tu chacun des 100 jours durant lesquels jusqu'à un million de Rwandais ont été assassinés".

 

Il faudrait traîter de tant de choses encore, du mwami Ruganzu I Bwimba qui se sacrifia vers le 15 ème siècle pour libérer son royaume, rite du "héros libérateur" qui selon Lugan, "sera régulièrement observé à chaque épisode difficile de l'histoire du Rwanda", du langage biblique et prophétique utilisé par les extrêmistes Hutu, des termes agricoles utilisés pour définir les actes de massacre (couper, débroussailler, arracher la mauvaise herbe...), du surréalisme général des génocidaires, de leur humour dans les pires moments (RTLM), du parallèle wallon-tutsi / flamand-hutu comme clé possible de l'ethnisme, de l'attirance intacte des exilés rwandais de tous bords pour la Belgique et son milieu associatif social-chrétien, de la façon dont l'antisémitisme viendra jusqu'au Rwanda comme le modèle "éprouvé" d'un ethnisme qui se plaira à assimiler un jour les Tutsi aux juifs d'Ethiopie pour mieux les exterminer, et l'autre jour aux nazis pour les accuser cyniquement de génocide envers les Hutu,... et de tant de choses encore....comme de la probabilité très sérieuse des responsabilités politiques et complicités militaires de la France dans le génocide de 1994.

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Nous n'avons pas tiré de leçons du génocide. Pour preuve, "La Lettre de Reporters Sans Frontières" du 15 juin 1998...

 "Rwanda : le "Sauveur" de la haine.

La rebellion, composée de miliciens interahamwe et de soldats des ex-forces armées rwandaises (ex-FAR) qui s'opposent au pouvoir du Front Patriotique Rwandais (FPR), s'est dotée d'un journal, "Umucunguzi" (le Sauveur, en kinyarwanda).

C'est l'AFP qui a révélé l'existence de cette publication distribuée sous le manteau à Kigali. Sur la première page du numéro 4, un dessin montre une famille hutu. La mère se demande "comment les choses vont-elles évoluer si la guerre est si chaude et que le gouvernement continue à le cacher ?". Son enfant répond "laisse-moi, il faut que j'aille guetter les Inyenzi (cafards en kinyarwanda, désignant les Tutsi)". Selon "Umucunguzi", les massacres lors du génocide de 1994 sont en réalité "une psychose telle que la population crut à un plan de massacre du plus grand nombre possible de Hutu".

Les projets politiques et militaires de la rebellion, baptisée Armée de Libération du Rwanda (ALIR), sont clairement explicités dans un article titré "Quand va-t-on reprendre le pays ?", accompagné d'une carte du Rwanda tendant à prouver que l'ALIR est implantée sur la moitié du territoire. La rédaction du journal est composée de dix personnes utilisant des noms de guerre tels que Emile Nkumbuye ("le nostalgique" ou "j'ai envie de rentrer"), Christophe Bazumvaryari ("quand comprendront-ils ?") et Albertine Ntampaka ("pas de discussion"). Les appels à la violence et les termes choisis pour désigner les Tutsi ont un goût de déjà vu."

S'ils reviennent pour "finir le travail", qui se lèvera cette fois pour les arrêter ?

Octobre 1998 : la situation explosive qui prévaut depuis deux mois au Kivu, sert les intérêts sécuritaires du Rwanda. Les Banyamulenge en rupture avec Kinshasa sont idéalement placés pour prendre à revers les bases arrières de l'ALIR situées au Nord-Kivu, ce que peut-être, ils ont déjà fait. Mais comment savoir quand la presse ne semble pas en mesure de rendre compte de cet aspect "mineur" des tensions au Congo ex-Zaïre ?

21 Novembre 1998 : extraits d'un rapport des Nations Unies (dépêche Associated Press). "...malgré un embargo international imposé au Rwanda, les anciennes forces gouvernementales et les miliciens hutu continuent de recevoir des armes de la région, qu'ils utilisent dans la guerre civile au Congo voisin." (...) "...Les nouveaux liens entretenus entre le président congolais Laurent-Désiré Kabila, les miliciens interahamwe et les anciens soldats de l'armée rwandaise ont conféré une légitimité aux forces responsables du génocide au Rwanda."

De même, une commission internationale d'enquête des Nations Unies présidée par l'ambassadeur d'Egypte Mahmoud Kassem, dans un rapport publié à Genève, accuse les "rebelles hutu rwandais" de faire du trafic de drogue à grande échelle (entre l'Inde, l'Afrique du Sud et l'Europe, et aussi l'Amérique latine, l'Afrique australe et l'Europe) pour financer leurs opérations et incursions au Rwanda et asseoir leurs positions en RDC, au Nord-Kivu (région des volcans et des gorilles). Le traffic incriminerait "...des membres éminents des ex-FAR et des interahamwe établis à Mombasa et Dar es-Salam (...) et sont en partie destinés à financer des achats d'armes". (dépêche AFP, 21 novembre 1998)

PREMIERE GUERRE MONDIALE AFRICAINE ?...

Le conflit armé ouvert en RDC depuis l'été 98 met en présence officiellement, la RDC et le Zimbabwe d'un côté, et le Rwanda et l'Ouganda de l'autre. Les uns bénéficieraient d'appuis de l'Angola, du Congo-Brazzaville, de la République Centrafricaine et du Soudan et du renfort surarmé de 10.000 soldats des ex-FAR et interahamwe, les autres de l'appui du Burundi et du renfort bien sûr, des rebelles congolais banyamulenge. Koffi Annan, secrétaire général des Nations Unies, et Blaise Compaoré, président de l'OUA, ne désespèrent pas d'obtenir un cessez-le-feu après la promesse signée par les belligérants "officiels" d'une cessation immédiate des hostilités le 28 novembre 1998 lors du vingtième sommet franco-africain.

Avant le prochain sommet de l'OUA à Ouagadougou début 1999, Kabila cessera-t-il d'appeler son peuple à l'éradication de tous les Tutsi présents sur le sol congolais ? La radio d'Etat congolaise s'adressant aux auditeurs de la ville de Bunia, conseillait en septembre 1998, d'utiliser "des machettes, des lances, des flèches, des fers à repasser, du fil de fer, des pierres..." pour tuer les Tutsi. Le 19 novembre suivant, le Rwanda dans un communiqué prêtait les mêmes propos à Kabila, spécifiant: "Les preuves de ces massacres sont aussi multiples qu'horribles, fosses communes à Kisangani, massacre de 101 personnes à Kalémié, et de 81 à Vyura, tueries à Kinshasa et ailleurs..." (AFP, 19 novembre 1998)

D'après Pasteur Bizimungu, Président de la République Rwandaise interviewé le 24 novembre 1998 par le quotidien français "La Croix", "...Même l'ex-président rwandais Juvenal Habyarimana, n'a jamais lancé ce genre d'appel." à l'épuration ethnique et selon lui, dans l'est de la RDC "...Il y a un nouveau génocide de Tutsi dont on ne parle pas".

Habyarimana était plus malin : il parlait de travail à des groupes de supporters de foot-ball. Tout fout le camp.

Juillet 1999, Accords de Lusaka : pour un cessez-le-feu et un réglement du conflit en RDC.

Noël 1999, 2 dépêches : Des rebelles hutu rwandais ont tué au moins 29 personnes lors d'une attaque contre un camp de déplacés tutsi congolais. L'attaque a eu lieu à Mutura, un petit village frontalier situé à environ 80 km au nord-ouest de Kigali. Les victimes sont principalement des civils tutsi. Des médecins de l'hôpital de Ruhengeri ont affirmé qu'au moins douze personnes avaient été grièvement blessées. Les rebelles, au nombre d'une cinquantaine sont venus de RDC jeudi 24/12. (AP 24/12/99)...

...Précisions sur l'attaque des rebelles hutu : le Major Emmanuel Ndahiro, porte-parole de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) a confirmé l'attaque du 24/12 faisant "31 morts et 8 blessés". En revanche, il ne s'agirait pas de Mutura, mais de Tamira, un village du district de Gisenyi. Les assaillants seraient des ex-membres de FAR et des milices interahamwe, armés de machettes et de couteaux. Il a ajouté que des poches de résistance des rebelles subsitaient dans les forêts du Masisi (en RDC) malgré les opérations de "nettoyage" menées par l'APR. Cela fait plus d'un an qu'une telle attaque n'avait pas eu lieu au Rwanda. (PANA 25/12/99)

4 avril 2000, Kampala : l'ensemble des belligérants du conflit en RDC signent un nouvel accord reprenant les termes non respectés jusqu'ici, des accords de Lusaka.

16 août 2000 : Nouveau sommet et nouvel échec à Lusaka. Le président Kabila semble bloquer le processus des accords de paix et endosse la responsabilité de cet échec, d'autant plus que les mouvements rebelles et le Rwanda proposaient un retrait des troupes de 200kms sur tous les fronts. Kabila a également récusé le médiateur Masire, ancien président du Botswana. (Liaison-Rwanda)

15 octobre 2000 : Le Conseil de Sécurité de l'ONU prolonge de deux mois seulement la mission de ses quelques 250 observateurs militaires en RDC, en offrant aux belligérants une dernière chance de faire la paix.

17 janvier 2001, non pas deux mois, mais trois mois plus tard: assassinat au Palais de marbre de Kinshasa, du président auto-proclamé de RDC, Laurent Désiré Kabila. Tué par son aide de camp, d'une rafale de mitraillette. Quarante ans jour pour jour, noteront les amateurs d'amalgame, après l'assassinat de Patrice Lumumba... 10 jours après la mort de son père, Joseph Kabila prête serment et lui "succède".

28 février 2001 : début du retrait partiel des troupes ougandaises et rwandaises après le sommet de Lusaka du 17 février dont les résultats ont été jugées "positifs" par Paul Kagame qui, le 2 février aux USA, avait rencontré Joseph Kabila (entrevue organisée par la Maison Blanche).

15 mars 2001 : l'ensemble des acteurs du conflit s'engagent à retirer leurs troupes sur 15 km de part et d'autre de la ligne de front. Aux observateurs militaires de la MONUC (Mission d'Observation des Nations Unies au Congo) de vérifier dans les 14 jours, la réalité de ces retraits...

25 février 2002 : après une année sans retrait effectif des forces étrangères alliées à l'un ou l'autre camp, le "dialogue intercongolais" débute à Sun City, en Afrique du Sud, composé de 350 représentants congolais toutes tendances confondues, à l'exception du chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba qui se désolidarise des quotas de représentativité établis pour ce sommet. Ce dernier est planifié sur 45 jours et doit déboucher sur la composition d'un gouvernement de transition chargé de préparer le Congo à des élections libres.

21 mars 2002 : après rupture du "dialogue" durant une semaine (nouvelle offensive rwandaise à l'est de la RDC, forte de 10.000 hommes selon les déclarations outrées de l'Ambassadeur de France à l'ONU Jean-David Levitte, mais officiellement revendiquée par les forces rebelles du RCD), et malgré la prise consécutive de la ville de Moliro (frontière RDC-Zambie), les pourparlers reprennent entre les 350 représentants qui ne vont pas, on s'en doûte, jusqu'à afficher un optimisme démesuré après un mois de discussions presque stériles. Pendant ce temps, l'Ambassadeur de France à Kigali se voit convoquer par le gouvernement rwandais qui semble décidé à lui demander quelques explications sur cette prétendue "violation majeure des accords de cessez-le-feu par le Rwanda", termes employés le 15 mars devant les Nations Unies par Mr Levitte qui concluait ainsi sa déclaration : "il est inadmissible que la MONUC ne soit pas en mesure de nous donner des indications sur ce qui se passe à Moliro !". Ah, si la France avait eu ce lyrisme héroïque à l'encontre de la MINUAR entre janvier et avril 1994 à Kigali !...

15 mai 2002 : La cour d'appel de Kigali a rejeté la demande de mise en liberté de l'ex-président rwandais Pasteur Bizimungu et de son ancien ministre des Travaux Publics, écroués depuis le 23 avril pour "atteinte à la sûreté de l'Etat". Pasteur Bizimungu avait annoncé la création du Parti pour la démocratie et le renouveau. Rappelons qu'il avait été contraint à la démission de la Présidence en Avril 2000, et qu'il était à l'époque, hostile à la présence aux cotés des rebelles du RCD, des troupes rwandaises en République Démocratique du Congo, et partisan de négociations entre les forces rebelles et Kinshasa (La Cour Suprême du Rwanda rejettera aussi son ultime demande de remise en liberté le 30 juillet, ainsi que celle de son ancien ministre des Travaux publics, Charles Ntakirutinka écroué aussi depuis le 21 avril 2002).

30 mai 2002 : "bavure ou crime prémédité ? une seule chose est sûre : des dizaines de Congolais ont été froidement massacrés, parfois dans des conditions atroces, les 14 et 15 mai derniers à Kisangani, dans l'est du Congo-Kinshasa....

 L'ONU accusée d'"observer les cadavres"

L'UE exige le départ des Rwandais.

Le massacre de Kisangani pose avec une acuité renouvelée la question du rôle des Nations Unies en RDC. Que font les Casques Bleus de la Monuc, à part "observer les cadavres" ? malgré les admonestations régulières du Conseil de Sécurité, la troisième ville du pays reste sous la coupe des rebelles du RCD qui n'ont pas désarmé. Surtout, leurs mentors rwandais, en apparence absents, stationnent dans les faubourgs de la ville, prêts à intervenir. Au point que Paris et les Quinze n'ont pas hésité à pointer du doigt la responsabilité des troupes rwandaises dans le massacre de Kisangani et à exiger leur départ.
Kigali, qui nie avec la dernière energie toute présence armée à Kisangani, accuse Paris et l'UE de conspiration, de concert avec Kinshasa qui a déposé plainte devant la Cour Internationale de la Haye, pour les "représailles disproportionnées et ciblées" perpétrées à Kisangani.
Cette nouvelle "péripétie" sanglante de la "Première Guerre Mondiale africaine", selon l'expression d'un diplomate, confirme une chose : le régime rwandais, lâché par l'Ouganda qui a poussé ses propres rebelles à se rallier à Kinshasa le mois dernier, est de plus en plus isolé. Il semble décidé à faire le ménage dans les zônes qu'il contrôle et à éliminer tous les éléments hostiles à sa tutelle. D'autres Kisangani sont à craindre. (Christophe Ayad. Libération)
 

28 juin 2002 : après le vote d'une résolution du Conseil de Sécurité en ce sens, le rapporteur de l'ONU Asma Jahangir a enquêté à Kisangani du 16 au 21 juin. Ses conclusions sont qu'à la mi-mai 2002, au moins 150 congolais ont été tués par les rebelles du RCD-Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie), soutenus par le Rwanda , en représailles à une mutinerie de la population contre les rebelles, eux-mêmes en conflit depuis 1998 avec Kinshasa. (selon AFP)

Ce drame (selon Liaison-Rwanda), serait la conséquence d'une mutinerie non pas de la population, mais de membres dissidents du RCD se réclamant du RCD-Originel, qui ont occupé la radio de Kisangani dès le 14 mai, exigeant un retour aux principes de départ du mouvement rebelle, critiquant au passage la main-mise du Rwanda sur leur mouvement. Le 18, la mutinerie était réprimée de la façon que nous savons désormais, au mépris total des Droits de l'Homme. Il s'agit bien là, de crimes contre l'humanité.

18 septembre 2002 : Le scandale international lié au massacre de Kisangani aura peut-être poussé Kigali à se retirer plus vite du Congo : L'armée rwandaise a commencé hier son retrait de l'est de la RDC. Aux termes de l'accord signé à Prétoria le 30 juillet entre les présidents Joseph Kabila de RDC et Paul Kagame du Rwanda, les forces rwandaises, soit plus de 20.000 hommes, devaient quitter la RDC avant fin octobre. En échange, Kinshasa s'est engagé à regrouper et désarmer les interahamwe (miliciens Hutu rwandais et bras armés du génocide de 1994) présents sur le territoire de la RDC. A signaler que les troupes ougandaises se sont aussi engagées à se retirer de RDC, à l'exception des contreforts des monts Ruwenzori ( accord entre les présidents Joseph Kabila et Yoweri Museveni signé le 7 septembre à Luanda), et que le 14 septembre, le Zimbabwe et le Malawi prévoyaient eux-aussi d'avoir complètement retiré leurs troupes du Congo pour la fin octobre. Le Conseil de Sécurité promet dans le même temps de doubler les effectifs de la MONUC pour accompagner l'accord signé entre la RDC et le Rwanda (AFP + Liaison Rwanda). ça s'arrose, non !?... Et bien, non, figurez-vous : voilà le genre de bonnes nouvelles complètement passées sous silence par la majorité des médias !...

vendredi 28 mars 2003 : Kigali accuse Kinshasa d'avoir violé l'accord de paix de Pretoria et de ne pas avoir tenu ses engagements malgré le retrait des troupes rwandaises du territoire de la RDC. Les miliciens interahamwe n'auraient pas été désarmés à ce jour, et les autorités congolaises continueraient à livrer des armes aux miliciens génocidaires qui combattent aux côtés de leur armée tant que n'aboutissent pas les négociations du dialogue intercongolais en Afrique du Sud. Le Rwanda menace d'intervenir.

jeudi 3 avril 2003 : "Après quatre ans et demi d'une guerre qui a fait plus de 2,5 millions de morts, le Congo est désormais doté d'une Constitution et de textes fondant une transition de deux ans vers des élections./.../ Les 362 délégués du dialogue intercongolais ont signé hier à Sun City, en Afrique du Sud, pays où se sont déroulées ces difficiles négociations, un document qualifié par le président Thabo Mbeki, "d'historique" pour l'avenir de la RDC. /.../ Joseph Kabila promulguera la nouvelle constitution le 6 avril à Kinshasa, et arbitrera les conflits de pouvoir entre les nombreuses factions politico-militaires du pays. Hier, les partis de l'opposition n'étaient toujours pas parvenus à un accord pour désigner leur représentant, qui occupera l'une des quatre vice-présidences du gouvernement de transition.Pour sa part, la composante "Société civile" se déchirait pour les douze postes des "institutions citoyennes" qui lui sont dévolus. /.../
D'autre part, Kinshasa ne contrôle toujours pas l'est de la RDC, et affirme que Kigali à réintroduit des troupes en RDC. Le Rwanda dément. Le président Kabila réclame aussi le départ des troupes ougandaises du Nord-est de la RDC où elles contrôlent la ville de Bunia dans l'Ituri." (Libération + AFP)
mardi 8 avril 2003 : massacre de 1000 Hema en Ituri. L'ouganda est montré du doigt, et soupçonné de porter la responsabilité des massacres en se dotant du concours opportuniste de "milices ethniques" qui attisent les conflits entre les ethnies Hema et Lendu.
"L'armée ougandaise s'est en quelque sorte attribué l'Ituri, région congolaise frontalière riche en or, pétrole, bois et uranium. La terreur que font régner ces milices sous la houlette de l'Ouganda, ont en 4 ans, selon des mouvements de défense des droits de l'homme, provoqué l'exode hors d'Ituri, de 500.000 personnes, et le massacre de 50.000 autres./.../Parlant d'épuration ethnique, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (la plus importante rebellion congolaise soutenue par le Rwanda) a accusé l'armée ougandaise. /.../ L'Ouganda, qui participe en ce moment à des pourparlers de paix sous l'égide de la Commission de pacification d'Ituri, nie évidemment toute implication.
Quelques 2000 soldats ougandais sont toujours stationnés en Ituri à la demande des Nations Unies, avec mission...d'y empêcher les affrontements ethniques." (Libération / Marie-Laure Colson)
Résumons : pour continuer à profiter des richesses d'Ituri, les forces ougandaises d'interposition ont tout intérêt à attiser les braises ethniques pour rester en Ituri "aussi longtemps qu'il le faudra"... Bientôt ces pratiques n'étonneront plus personne : c'est cela, le pire.
Il faut préciser pour ne pas faire de jaloux, qu'à Genève, le réseau national des ONG des droits de l'homme (je cite Libération sans comprendre ce que recouvre ce "réseau"...) accusait hier le Rwanda d'orchestrer des affrontements entre rebelles et milices, comme il y en a encore eu dimanche à Bukavu (Sud-Est), afin de "briser la dynamique de réunification du pays". Faut-il s'en étonner ?... Pas plus.

Janvier 2008 : les années passent et le chaos reste entier dans l'est de la RDC. Un article du Nouvel Obs (N°2253 des 10-16 janvier 2008) tente de faire le point sur la situation au Nord-Kivu...

 NORD KIVU : PIRE QUE LE DARFOUR

Au Congo-Kinshasa, les élections -à peu près correctes- et l'émergence au forceps d'institutions données pour "démocratiques" avaient suscité l'espoir que le cauchemar de la guerre de 1996-2003, la plus meurtrière au monde depuis celle de 1939-1945 (4 millions de victimes directes et indirectes), appartiendrait à l'Histoire. Mais les racines du mal n'ont jamais été extirpées. Ce sont toujours les contrecoups du génocide rwandais de 1994 - le clivage Hutu-Tutsi -, le même état prédateur, l'insatiable voracité de tous - y-compris des pays voisins - pour les trésors du sol et du sous-sol congolais qui ont remis à feu et à sang la province orientale du Nord-Kivu, d'où la guerre de 1996 était partie. La milice hutu, héritière des "génocidaires", refuse de désarmer. Idem pour l'armée tutsi du général Nkunda, au nom de la défense d'une minorité qu'il dit menacée "d'extermination", notamment par sa rivale hutu. L'une et l'autre font régner la même terreur. Par exemple, on a officiellement recensé 2700 viols pour les dix premiers mois de l'année 2007 dans cette seule province. Enfin, l'armée congolaise, qui fanfaronnait après les succès initiaux de la grande offensive lancée pour "mater" Nkunda, s'est volatilisée aux premiers vrais combats, pour préférer, comme toulours, pillages, viols, et parfois trahisons.
Les populations fuient pour échapper aux tirs et aux exactions de tous bords. Sur les 4 millions d'habitants du Nord-Kivu, 800 000 sont désormais des réfugiés, dont la moitié depuis le début de l'année dernière. Quand ils sont trop proches des combats, les anciens camps se vident. De nouveau, des milliers d'abris de fortune surgissent autour de Goma, la capitale régionale, où s'entassent ceux qui cherchent à se rapprocher des secours qui peinent à atteindre l'arrière-pays à cause de l'insécurité. Une épidémie de choléra s'étend. " La situation actuelle au Nord-Kivu est pire qu'au Darfour", affirme la responsable onusienne de l'information dans la province.
Les crises humanitaires en Ogaden, dans le sud de la Somalie et dans l'est congolais partagent certaines caractéristiques : populations affaiblies depuis longtemps et infrastructures embryonnaires. Surtout, toutes trois sont la conséquence directe non pas de la guerre tout court mais des crimes de guerre des belligérants. Cependant, si l'on est loin de maîtriser les deux premières, les perspectives de la troisième sont moins sombres : la communauté internationale ne reste pas inerte au Nord-Kivu. Son bras armé sur place, le contingent de 19 000 hommes de la mission de l'ONU, protégera le régime quoi qu'il arrive. Le Rwanda et l'Ouganda, qui avaient fait main basse sur la moitié du Congo lors de la dernière guerre, ont été instamment priés de ne pas jeter de l'huile sur le feu. Condoleezza Rice a consacré l'essentiel de sa dernière et très brêve visite - une journée - en Afrique à la crise congolaise. La République Démocratique du Congo recèle 10% des réserves mondiales de cuivre, 30% de celles de cobalt et pléthore de diamants, manganèse, uranium, coltran... René Lefort (Nouvel Obs N°2253 des 10-16 janviers 2008)
... un point consensuellement axé sur les marionnettes régionales plutôt que sur leurs ficelles discrètement tirées, mais un point malgré tout. Sur le sujet du Congo-Kinshasa, cette page en manquait depuis 2003. Reste à s'émerveiller sur le silence international fait depuis 10 ans autour de quelques 4 millions de victimes.

4 décembre 2008 : on parle désormais de guerre sans fin du Kivu. Les meurtrissures au Congo n'ont plus de dimension tant elles dépassent l'entendement...

 En quinze ans de conflit, près de 500 000 victimes...

Congo : le viol comme arme de guerre.

Il a suffi d'une allusion à son bébé, d'un simple compliment sur sa belle mine pour qu'elle jette un regard hébété et éclate en sanglots. Une explosion de cris, de gémissements, de larmes. «Je ne connais pas son père, je n'ai pas de soutien. Comment va-t-il être accepté ? Qui va le faire vivre ?» Neema Mujirwa tient son fils enveloppé dans son pagne, à l'ombre d'un avocatier. Elle l'a porté pendant des semaines dans la brousse, avant d'échouer ici, à l'hôpital de Panzi, près de Bukavu. Cet enfant qui babille dans ses bras, c'est tout à la fois son fardeau, son lien avec la vie, son amour, sa honte, le legs de sa captivité, le signal de sa délivrance. Elle a accouché seule dans la forêt, sous les yeux de ses tortionnaires. «Ils ont coupé le cordon et ils ont commencé à me tabasser; ils m'ont laissée presque morte, puis m'ont chassée.»
Elle vient de passer neuf mois dans la forêt, prisonnière des interahamwés, les ex-génocidaires hutus. Des soldats perdus qui, dix ans après avoir fui le Rwanda, sèment toujours la terreur dans l'est du Congo. «Ils sont arrivés la nuit, ils étaient vingt, ils ont découpé mon papa à la machette et m'ont emmenée avec d'autres filles.» Des parents paysans, un visage d'enfant, Neema, 18 ans, habite Ihembe, un village isolé du Sud-Kivu. Ses ravisseurs la violent en chemin, recommencent au camp, continuent le lendemain. Ils la prennent cinq, six fois nuit et jour. Ils la frappent, la torturent. «Ils faisaient fondre du plastique sur ma peau.» Elle montre des taches blanches le long de son bras. Ils ne lui donnent rien à manger. Elle ramasse des baies dans les bois. Quand ils font une razzia, ils la ligotent à un arbre.
Ils finissent par tuer trois de ses cinq codétenues. Neema, elle, est condamnée à errer avec son nourrisson dans la jungle. «Je ne savais pas où aller. J'ai vu de loin un papa. Il m'a emmenée, m'a bien accueillie.» Durant sa longue marche, elle croise un membre de son village qui cherche du coltan, ce minerai précieux convoité par toutes les milices. Il la raccompagne chez elle. Elle trouve une maison vide. Sa mère a pris la fuite. Il ne reste rien. «On avait sept vaches, cinq chèvres. Tout a été pillé.» Elle apprend l'existence d'un hôpital qui soigne les femmes victimes de violences sexuelles, retraverse la brousse à pied. Cela fait quatre jours qu'elle est ici. Elle souffre de maux de tête continuels, de palpitations, de douleurs dans le vagin. «Ma vie est gâchée. J'étais encore vierge. Qui va vouloir de moi ?» Un seul soulagement : «J'ai découvert que d'autres ont subi le même sort que moi.»
Elles sont des dizaines, voire des centaines de milliers dans son cas. Combien précisément ? Impossible de le dire. Une certitude : au coeur de l'Afrique des Grands Lacs, le viol est devenu «une arme de guerre», selon le docteur Denis Mukwege. Un crime «massif, systématique», qui frappe des territoires entiers. Dans son établissement de Panzi, le gynécologue congolais accueille dix nouvelles patientes chaque jour, 3 600 par an. «On ne peut pas en prendre plus, faute de lits. On soigne les malades. Les autres, on n'en entend plus parler.» Si les exactions se multiplient avec les combats au Nord-Kivu, elles perdurent ici, au Sud, malgré une très relative accalmie. «Rien qu'en 2007, période plutôt tranquille, on a recensé sur les deux provinces 45 000 victimes. Et encore, ce sont celles qui ont eu le courage de le dire !» En quinze ans de conflit, leur nombre pourrait avoisiner les «500 000», selon ce médecin.
Leurs agresseurs ne se contentent pas de violer, ils infligent toutes sortes de sévices. Mutilations, coups, brûlures... Des femmes arrivent à Panzi dévorées par l'infection, dégoulinantes d'urine. «Leur vagin a été déchiré lors d'un accouchement effectué dans de mauvaises conditions, ou encore percé avec un couteau, un bâton, un fusil», dit le docteur Foma Younga. Financé par la Commission européenne et la Communauté des Eglises pentecôtistes d'Afrique centrale, l'hôpital est l'un des seuls de la région à pouvoir les opérer.
Mwanjaza, 22 ans, est arrivée ici en même temps que Neema, à moitié nue, les pieds gonflés par trois semaines de marche. Le 18 juin au soir, son mari, contremaître, était de garde sur un chantier. Elle avait convié trois voisines dans sa maison, à Saké, près de Goma, quand des hommes armés ont fait irruption. «C'étaient des Hutus. Ils ont crevé les yeux d'une femme avec la baïonnette en lui criant : «C'est toi qui as mangé toutes les richesses du Congo», ils ont arraché les tresses d'une autre. La troisième était enceinte. Ils l'ont piétinée jusqu'à ce qu'elle avorte. L'enfant et la maman sont morts.» Après trois mois de captivité, elle est parvenue à s'échapper. Elle n'ose pas retrouver son mari. «Je ne suis pas sûre qu'il m'accepte avec ça.» Son corps décharné souligne un début de grossesse.
«Ca n'a rien à voir avec une pulsion sexuelle, c'est du terrorisme», s'écrie Christine Schuler-Deschryver. Elle est née sur les bords du lac Kivu. Son père, un planteur belge, a fondé le parc national de Kahuzi-Biega, célèbre pour ses gorilles. Lorsque cinq grands singes ont été abattus, elle a reçu des centaines de mails outragés. «J'ai répondu : «Et alors ?» Il est plus facile de trouver des fonds pour les animaux que pour les femmes du Kivu.» En 1998, sa meilleure amie a été forcée par vingt hommes et tuée de «140 coups de poignard». Elle a cru à «un cas isolé». Puis elle a rencontré Isabelle, dont elle conserve précieusement la photo. Violée, elle aussi. «Elle avait six mois. Un tas de pus. J'ai failli ramener son cadavre au gouverneur et lui demander : «Il en faut combien ?». Depuis, elle aide celles qu'elle appelle les «survivantes». Elle avoue être sous antidépresseur à force de les écouter. «On en devient fou !» Des histoires «sorties d'une imagination démoniaque», comme celle de «la femme léopard», surnommée ainsi parce que son corps servait de «cendrier», ou de cette mère nourrie par ses ravisseurs avec la chair de ses enfants.
Comment expliquer de tels actes, perpétrés souvent en présence ou avec la participation forcée des familles ou des voisins ? Et pourquoi toujours les mêmes cruautés, comme si elles relevaient d'un rituel ou d'une mise en scène ?
Dans cette partie du monde, le viol peut être aussi bien le fait d'un soldat gouvernemental, d'un rebelle, d'un parent, du pasteur ou du voisin tant il a été banalisé.
Mais les interahamwés sont ceux qui y recourent le plus massivement, comme naguère au Rwanda, lors du génocide des Tutsis. «60% des femmes nous disent que leurs agresseurs parlaient le kinyarwanda», précise Christine Schuler-Deschryver. Derrière ce déchaînement de violence, elle décèle une campagne délibérée, une volonté de détruire une société, de pousser des populations à l'exode. «Ces viols, note-t-elle, sont le plus souvent commis dans les endroits pourvus en minerais, comme le coltan. Tout est lié aux ressources.» Un avis partagé par le docteur Denis Mukwege : «Cette barbarie obéit à un mobile économique : la conquête d'un territoire et de ses richesses.»
Chaque attaque contre un village jette ses habitants sur les routes. La victime, devenue pour tous «la femme du Rwandais», la plupart du temps répudiée avec ses enfants, est la première à partir, suivie du mari honteux, des veuves, des paysans, qui n'osent plus cultiver leurs champs. Des zones entières sont désertées, abandonnées aux milices. Dans l'est du Congo, on marche partout, dans tous les sens, parfois depuis des mois, voire des années, avec à chaque déplacement le risque d'être agressé, de tout perdre à nouveau. Un mouvement perpétuel, au gré des combats, sans but, sans direction.
Quand elle en a la force, Merciane Mwakichoho cultive les parcelles des autres. Après sept heures de labour, elle touche 500 francs congolais, moins de 1 euro. Un visage émacié, de rares cheveux, elle vit, à 48 ans, chez sa mère, à Kamanyola, une bourgade de la plaine du Ruzizi faite de cases en brique crue, bordée de maïs, d'arachides et de bananiers. Son époux était présent, en 1996, quand elle a été «prise de force» par des soldats dans les champs. «Au retour à la maison, il m'a dit : «Je ne t'aime plus. Tu peux suivre ceux qui t'ont violée.»» Aurait-elle pu se remarier ? Eclat de rire général autour d'elle. «Qui va la prendre ?» Merciane évoque la «honte», les «doigts» pointés sur elle. «Je suis restée avec mes sept enfants, la grossesse de ces militaires et la maladie.» Depuis, elle souffre du sida, tout comme sa voisine, Mawazo Mwafundiko, 46 ans, violée elle aussi, en 2004, par des hommes armés «qui parlaient la langue rwandaise». Son mari l'a chassée avec ses dix gamins avant de prendre la fuite. Les deux femmes ne reçoivent ni soins ni médicaments. Elles n'ont pas les moyens de prendre le bus jusqu'à l'hôpital le plus proche. Elles ne peuvent pas davantage payer l'école à leur progéniture. Kamanyola compte 300 enfants abandonnés, voués à l'opprobre, comme leurs mères. «Les filles, on peut les engrosser, pas les épouser», dit une habitante. Quant aux garçons, ils finissent souvent enrôlés de force dans les milices.
Une association locale, Grenier - Groupe d'Education, de Nutrition et d'Intensification des Elevages ruraux -, tente de les secourir (ongdgrenier@yahoo.fr). En 2003, elle a créé pour eux une école gratuite. Dans les classes désertes, les bancs sont en terre. «On nous a volé nos chaises», plaide une responsable, Marie-Claire Ndondo. Les élèves ont été renvoyés chez eux il y a un an. «On a dû fermer par manque d'argent, poursuit-elle. On donnait aussi aux mamans des semences de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture). Mais cette saison, on n'en a pas reçu. On ignore pourquoi.»
Les viols sont commis la plupart du temps en toute impunité. A Bukavu, il y a bien un département de la police chargé de la lutte contre les violences sexuelles, dirigé par une femme, le major Honorine Munyole. «On a 201 dossiers depuis le début de l'année», dit- elle en ouvrant son registre. Sous ses doigts défilent des noms, des dates, des âges : 16 ans, 7 ans, 4 ans, 13 ans... «La majorité des victimes sont des enfants, explique-t-elle. Les adultes, quand il s'agit d'eux-mêmes, ont honte ou peur de porter plainte.» Elle n'a aucun moyen d'affronter les interahamwés : «On ne possède même pas de véhicule.» Ses policiers viennent de faire deux jours de marche pour interpeller un suspect.
Mais il lui arrive d'attraper l'agresseur lorsque c'est un civil ou un soldat congolais. «Tu te souviens des quatre messieurs qui avaient pris une fille de 12 ans en septembre ? lance-t-elle à sa collaboratrice. Juste après l'avoir violée, le plus vieux est décédé. Tu as arrêté les trois autres.» Elle ajoute, cette fois d'une voix grave : «Ils ont donné beaucoup d'argent et ils ont été libérés. Ils sont allés chercher la victime dans le village. On a dû la cacher.» Très rares sont les condamnations en justice. «Si le jugement n'intervient pas vite, soyez sûr que la personne sera relâchée ou parviendra à s'évader.» La plus menacée, c'est encore elle-même. «Je ne me promène jamais la nuit tombée, dit Honorine Munyole. Je ne peux pas
Christophe Boltanski - Le Nouvel Observateur

17 janvier 2009 : fin de la guerre sans fin ?...

RDC : des rebelles tutsis annoncent "la fin de la guerre"

Emmenés par le général Bosco Ntaganda, des commandants dissidents de la rébellion congolaise s'engagent à un cessez-le-feu auprès du gouvernement.
Les rebelles tutsis du Conseil national pour la défense du Peuple (CNDP) ont annoncé, vendredi 17 janvier au soir, "la fin de la guerre" et se sont engagés à la cessation des hostilités avec le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC).
Les dirigeants du CNDP ont fait cette annonce à Goma, capitale de l'est de la RDC, en présence du ministre de l'Intérieur Célestin Mbuyu et du commandant des forces armées rwandaises.
"Nous, membres de l'état-major des forces du CNDP, au nom des officiers et des combattants, devant Dieu et le peuple congolais tout entier, l'Afrique et le monde, déclarons solennellement (...) à partir de ce jour, 16 janvier, 2009, à 15 heures, la cessation des hostilités entre le CNDP et les FARDC (Forces armées de RDC)", a dit le colonel Esaïe Munyakazi, porte-parole des rebelles.
"Intégration dans l'armée nationale"
Emmenés par le général Bosco Ntaganda, les membres de l'état-major du CNDP ont en outre indiqué que leurs hommes étaient à la disposition du haut commandement des forces gouvernementales "en vue de leur intégration dans l'armée nationale".
Ntaganda, chef militaire du mouvement, a rompu le 5 janvier avec son fondateur, le général Laurent Nkunda. On ignore si ce dernier a approuvé ou non le cessez-le-feu. Cependant, après son limogeage, Laurent Nkunda avait affirmé que Bosco Ntaganda n'avait "plus d'ordre à donner" au sein du mouvement.
Les combattants du CNDP ont mis les forces gouvernementales en déroute, à la fin de l'année dernière, dans la province orientale du Nord-Kivu, où les combats ont fait 250.000 déplacés.

NOUVELOBS.COM | 17.01.2009 | 17:03

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L'AUTEUR

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